Je
m'apprêtais à lui répondre, toujours un peu sonnée par le choc,
lorsque Cynthia en profita pour m’asséner le coup de grâce.
-
Faites attention Monsieur, lui dit-elle de sa petite voix narquoise,
Melly est une grosse nympho, vous risquez finir comme Tim, dans son
téléphone en fond d’écran et en positon vibreur. Je vous laisse
imaginer où elle le place ensuite !
Par
malheur, je vis le regard de Monsieur Flitcher se diriger droit sur
mon portable qui avait glissé à côté de moi. L’image de Tim à
moitié nu étincelait sur l’écran haute définition. Je me
précipitai pour le prendre, mais il l’avait déjà dans les mains.
Toute
la classe éclata de rire.
-
He ! Parker ! M’interpella Tim toujours hilare, même pas
en rêve tu verras sous la serviette ! J’ai pas pour habitude
de nager parmi les thons.
Sur
ces mots, il mit une main aux fesses de Cynthia, de façon à bien me
faire comprendre qu’il était avec elle.
Ma
tête allait exploser, j’avais envie de vomir, de me cacher dans un
trou de souris. Même mes larmes refusaient de sortir tellement
j’avais honte. Honte de moi, de mon corps qui ne me
plaisait pas, honte de mon attitude si servile, honte de ces
sentiments que j’avais éprouvés pour ce connard qui n'hésitait
pas à me rabaisser plus bas que terre alors que j’y étais déjà.
Honte de me faire piétiner devant ce joli trentenaire de M. Flitcher
qui avait toujours été si gentil avec moi.
-
Je crois que c’est à vous, dit-il en me tendant mon portable,
l’air aussi gêné que moi.
Je
le saisis rapidement et le fourrai dans ma poche. Acceptant le bras
que le prof me tendait, je me relevai tant bien que mal. L’estomac
en vrac, la tête bourdonnante, je jetai un rapide regard sur
l'ensemble de la classe. Ils s’esclaffaient continuant de
plaisanter sur mon infortune et mon amour pour Tim.
Certains mimaient même des gestes obscènes avec leur téléphone.
Seuls Lyne qui me regardait avec des yeux tristes, navrée de ne
pouvoir me sortir du pétrin cette fois-ci et M. Flitcher qui
essayait à grand peine de rétablir le calme dans la classe ne
participaient pas à cette curée dont j’étais la victime.
Je sentis que la limite était atteinte, mes larmes allaient
désormais déborder pour de bon. Avant qu’elles ne m’inondent
dans des sanglots inconsolables, qui finiraient d’enlever le peu de
crédit qu’il me restait, je détournai la tête et me précipitai
en courant dans le couloir.
Les
joues en feu, les yeux trempés par mon humiliation, je fonçais
droit devant moi. La tête baissée espérant échapper aux regards
assassins des quelques autres élèves qui auraient pu se trouver là
par hasard. Je ne voyais et ne voulais plus rien voir d’autre que
la porte de sortie du bâtiment. Et bien entendu, je ne le vis
pas ! Il était là, au milieu du passage, au milieu
de MON passage, de ma fuite vers l’apaisement. Le choc fut rude !
Je l’avais percuté de plein fouet, me retrouvant fort heureusement
dans ses bras sinon, c’était à nouveau la chute assurée. Je
relevais la tête prête à l’invectiver, mais je n’en fis rien.
Un frisson étrange me parcourut de la tête aux pieds.
Stupéfaite,
je le dévisageai bêtement. Ce bel inconnu, ce beau brun ténébreux
qui me regardait moi, blottie contre son torse chaud et musclé,
humant avec délectation son parfum enivrant. La bouche ouverte,
encore hoquetante de mes sanglots, à quelques centimètres seulement
de ses lèvres si attirantes,
comme hypnotisée, j’avançais ma bouche près de la sienne.
Bon
sang, mais je débloquais complètement, maintenant, j’étais
attirée par un mec que je ne connaissais même pas ? J’allais
finir par croire que Cynthia avait raison, j’étais une nymphomane
qui s’ignorait, une malade psychiatrique ?
C’était
qui d'ailleurs ce gars ? je ne l’avais encore jamais vu
jusque-là !
-
Ça va ? Demanda-t-il gentiment. Qu’est-ce qui fait donc
pleurer une aussi jolie fille ?
Ok,
j’ai compris, un de plus qui se foutait de moi ! Décidément,
si même les inconnus s’y mettaient !
Ce
fut trop pour moi. Trop pour une seule journée, cette
fois la colère me submergea. Je lui jetai un regard mauvais, le
poussai violemment pour m’extirper de ses bras et courus vers les
toilettes bien résolue à m’y enfermer pour le restant de mes
jours. Mais à peine eus-je posé la main sur la porte que celle-ci
alla s'exploser contre la paroi voisine.
Le bruit
résonna un moment contre les murs aux peintures jaunes écaillées.
Le soupirail qui donnait sur l'extérieur vibra encore un peu, puis
s'arrêta. Ouf, j’avais eu peur qu’il ne lâche et se casse.
J'espérais que ce vacarme n’allait pas attirer le gardien, ou un
prof qui passerait par là.
Je
restais un moment interdite, j’ignorai être aussi forte lors de
mes colères ! Il faudrait que je m’en souvienne la prochaine
fois que Cynthia reviendrait me chercher des noises.
Je
pris plus délicatement une autre cabine en otage, m’y enfermai et
laissai aller mes sanglots jusqu’à l’épuisement total.
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