Chapitre 1-2 Déconvenue


  - Houaaaaa.... Il est trop craquant, je fonds littéralement. Ho, Tim, TIM, TIM, je t’aime, je t’aime, JE T’AIMEEEE, me mis-je à crier dans le couloir en tournoyant sur moi-même.
  Je tenais mon téléphone à bout de bras tel un trophée lorsque mon regard  s’arrêta net sur  Cynthia.
  Toute la joie qui m’avait envahie quelques secondes plus tôt venait de s’évaporer, laissant la place à une lourde boule de plomb dans mon estomac. Mes joues s'empourprèrent en un clin d’œil. Je déglutis difficilement. Comment avais-je pu être assez stupide pour me croire seule ici, dans les couloirs du bahut, au beau milieu de l'après-midi ?
  Cynthia la pimbêche de la classe, comme je l’appelais, me regardait d’un œil mauvais, un sourire cruel cloué sur la bouche. En deux pas elle fondit sur moi tel le faucon sur le lapereau. Elle m’arracha mon téléphone, eu un moment de blocage, puis éclata d’un rire moqueur !
  - Ma pauvre Melly ! Mais laisse tomber, c’est pas un mec pour toi ! Tu t’es vue ? T’as aucune chance !
  - Ho, c’est bon, Cynt ! S’interposa Lyne, fous-lui la paix.
  Cynthia n’osa pas s’opposer à son capitaine. Elle aussi était pom-pom girl et magnifiquement proportionnée. Mais contrairement à Lyne, elle profitait au maximum de ses atouts physiques et de sa notoriété pour humilier les autres dès qu’elle le pouvait.
  Elle haussa les épaules, se retourna vers Lyne et me jeta mon téléphone.
- Pfou, Lyne, je ne comprendrais décidément jamais ce que tu fais à traîner avec cette fille. Elle secoua la tête l’air dépité, puis ajouta : du social sans doute !
  Et elle éclata de rire en repartant, sûrement fière de cette dernière raillerie.
  J’étais tétanisée. Les larmes commençaient à embuer mes yeux.
  - Je suis morte ! Elle va détruire ma vie ! Elle va propager la rumeur dans tout le lycée. Je ne pourrai plus jamais me montrer. Il va falloir que je change d’établissement, que je...
  Lyne me prit par les épaules et me regarda dans les yeux.
  - Stop !  Arrête ! C’est rien ! T’es amoureuse d’un mec, il n’y a rien de honteux ! Il n’y a rien de plus naturel !  
  - Oui, rien de plus naturel ! L’hideuse Melly, amoureuse de Tim !!! Ironisais-je
  - Arrête, déjà, tu n’es pas moche ! Tu es même vachement jolie, et en plus, tu es bourrée de charme ! Contrairement à pas mal de filles et notamment cette brune ! Dit-elle en pointant du menton la direction qu’avait prise mon ennemie ! Et puis ne t’inquiète pas, dès que je la verrai, je lui dirai de te laisser tranquille avec cette histoire. Elle n’osera pas aller contre moi, elle sait qu’elle risquerait de finir sur la touche.
  Un flot d’élèves commençait à se déverser par les portes d’entrée, la sonnerie n’allait pas tarder à retentir.
  - Allez, grouille, prends tes affaires, on va être en retard en maths, m’ordonna mon amie.

 

  Je la suivis sans grande conviction. J’avais la nausée. Je tentai de me persuader que Lyne avait raison, mais quelque chose en moi me disait que cette fois mon compte était bon. Je n’aurais plus qu’a déménager, je terminerais mes études dans un lycée pourri et finirais balayeuse ! Belle perspective d’avenir !
  Je traînais les pieds, je n’avais aucune envie d’affronter le regard moqueur de Cynthia. Il restait encore quelques élèves retardataires dans le couloir, mais eux courraient pour entrée en cours avant de finir chez le conseiller d’éducation. Alors que moi,  plus la porte de la salle de classe se rapprochait, plus j’avais envie de faire demi-tour. Lyne avait déjà franchi le seuil et se dirigeait vers sa place. La tête basse, fuyant le regard des autres, je fixais mes converses bleues avec une intensité telle que j’aurais pu les faire fondre. Je ne voulais qu’une chose : passer inaperçue ! Mais même mon pantalon slim me semblait énorme. Ce qui devait être le cas, car la porte à peine franchi, monsieur Flitcher le prof de maths m’interpella.
  - Bonjour Mlle Parker, me dit-il avec un gentil sourire.
  Je relevai la tête pour lui répondre et c’est alors que ce qui devait arriver arriva :  mes jambes s'emmêlèrent dans le sac de Jessica Johnson qui l’avait de toute évidence poussé là exprès. J'eus beau essayé de me retenir, en tentant de larges moulinet de mes mains, entraînée par mon élan, je basculai en avant et m'étalai de tout mon long entre les tables de cours.  Dans la chute, ma tête heurta violemment un des pieds du bureau de celle-ci, m’arrachant un crie de douleur.
Rassemblant le peu de dignité qu’il me restait, je m'asseyai par terre tant bien que mal, sous les rires moqueurs de mes camarades.  
- Bon sang que ça fait mal ! soufflais-je les larmes aux yeux.
  Ce n’était décidément pas ma journée. Je portai la main à ma tête une bosse se profilait déjà sous mes doigts. Heureusement, mon cuir chevelu avait tenu bon et ne semblait pas entamé. J’aurais eu l’air encore plus bête avec du sang partout !
  Monsieur Flitcher se précipita vers moi, me tendant la main pour m’aider à me relever.
   - Ça va Melly ? Demanda-t-il.

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