Bon
sang, les éléments se liguaient contre moi ! Mais je n’allais
quand même pas en rester là ! Je décidai d’explorer les
lieux, de voir si une lueur filtrait par une fenêtre où j’aurais
peut être aperçut quelque chose,
ou vu quelqu’un ! Mais rien ! pas une lueur, pas un volet
entrebâillé. Je cherchais donc une autre porte, une ouverture, un
soupirail n’importe quoi que ce fût. Ce n’était pas facile, il
faisait nuit noire, et aucun réverbère n'illuminait ce coin.
Faire
de la lumière, ça aussi c’était quelque chose qu’il faudrait
que j’apprenne à faire !
Je
connaissais la formule en latin du petit sorcier à lunette dont
j’étais fan, mais dans notre monde, elle ne m’était d’aucune
utilité ! C’était de l’atlante dont j’avais besoin !
Alors,
je tâtonnais, je scrutais, à la recherche de n’importe quoi !
Il me fallait quelque chose, un indice sur l’occupation ou
non des lieux par mon “ex futur amoureux” ! Mon ex futur
amoureux, mon ex futur amoureux ! Pffff, même pour moi ces mots
paraissaient ridicules.
Je
suis ridicule ! Ma pauvre Melly, qu’est-ce que tu peux être
bête !
Après
tout, c’est moi qui lui avais demandé de me raccompagner. C’était
moi qui avais tout foutu en l’air en écrivant pouffiasse sur le
4x4 de Tim... Je m’en voulais désormais énormément. Je marchai
comme ça la tête basse, me dirigeant vers la rue illuminée à
l’entrée de l’impasse.
Lorsque
j’arrivai sous les lampadaires, la réalité me sauta aux yeux.
J’étais devant la pizzeria que je connaissais ! C’était le
même bâtiment ! Quelle belette je faisais ! Évidemment !
Jakob m’avait dit qu’il venait d’Italie. La maison entière
devait appartenir à son oncle !
En
même temps, pour ma défense, j’imaginais mal un puissant
enchanteur se contenter d’un métier de pizzaïolo !
Bon,
j’en aurais le cœur net.
Elle
était ouverte, j’y entrai.
-
Bonsoir.
La
salle n’était
pas très pleine. Quelques têtes s’étaient retournées à mon
entrée, puis avaient rapidement repris leur repas sans plus
s’occuper de moi.
Un
jeune homme d’une vingtaine d’années s’avança vers moi. Brun,
le teint mat, la caricature de l’archétype italo-américain. Même
son accent sonnait aussi faux que ceux surjoués dans le Scarface
d’Hawaks. Un film de 1932. Je l’avais étudié l’année
précédente. Il y démontrait que les Italiens étaient tous des
gangsters à éradiquer des États-Unis où ils ne s’intégraient
pas.
-
Buena sera signorina, je vous installe à une table ? Me
demanda-t-il avec un sourire ultra bright qu’il voulait sans doute
séduisant.
La
gomina plaquée sur ses cheveux peignés en arrière me donnait plus
envie de vomir qu’autre chose. Son costume blanc, ses chaussures de
vieux mac des années cinquante, tout en lui me déplaisait. Mais je
lui répondis tout de même par un sourire forcé. Moi aussi, je
voulais des infos, et j’étais prête pour cela à faire semblant
d’accrocher aux œillades peu discrètes de ce jeune dragueur.
-
C’est gentil, mais non, je cherchai juste à joindre un ami à moi
qui me semble-t-il habite dans le coin. Vous le connaissez peut-être.
Il conduit une Camaro rouge feu.
Le
serveur eut un mouvement de recul et perdit son sourire.
-
Heu... vous voulez parler de Jakob, me demanda-t-il sans aucun
accent.
J'acquiesçai
d’un mouvement de tête.
Le
serveur se retourna inquiet. Je suivis son regard. Un homme nous
observait depuis le comptoir.
Il
avait les cheveux entièrement blancs, une barbiche droite et pointue
de la même couleur. Un bon mètre quatre-vingt-cinq, le buste fier,
la tête haute, il semblait tout droit sorti de l’aristocratie. Il
était vieux, cela ne faisait aucun doute, mais il m’aurait été
impossible de lui donner un âge. Il nous toisait de loin. Je fus
parcourue par un frisson de crainte similaire à celui que j’avais
ressenti lors de ma première rencontre avec Jakob. L’attirance en
moins bien sûr. Cela me glaça le sang. Il cligna des yeux et se
retrouva à côté de moi.
Je
sursautai.
Bon
sang, c’était un vampire où quoi pour se déplacer si vite ?
Pour
le coup, j’avais vraiment la trouille.
-
Je... j’ai dû me tromper, désolée, tentais-je en voulant
m’éclipser le plus rapidement possible.
Il
tendit le bras dans ma direction pour me retenir, mais ne me toucha
pas.
-
N’ayez pas peur Melly. Je ne vous veux aucun mal.
Je
me retournai piquée au vif.
-
Comment savez-vous mon nom ? demandai-je avec un aplomb qui me
surprit, alors que je tremblais de peur quelques secondes plus tôt.
Il
sourit d’un air mystérieux, comme s’il avait compris quelque
chose qui m’échappait.
-
Je suis l’oncle de Jakob.
Je
ne sais pas si ça devait me rassurer, mais bon, au moins, ce n’était
pas un vampire, et je n’allais pas me faire sucer le sang dans les
minutes à venir.
J’avalais
ma salive.
-
Est-ce que je peux lui parler, demandais-je sans sourciller.
-
Il n’est plus ici. Il est reparti.
-
Quoi ? Reparti, mais où ? insistais-je sur un ton pas très
convenant.
Si
le serveur devint blanc comme un linge en m'entendant parler ainsi et
s’éloigna rapidement, lui ne sembla pas se formaliser de
l’impolitesse de ma demande et me répondit avec le plus grand
calme.
-
En Italie.
Mince,
je ne m'attendais pas à ça. La boule de plomb revint jouer au yoyo
avec la chape de ciment dans mon estomac et je perdis toute mon
arrogance. Il était parti ! Il m’avait laissée pour de bon.
Mes yeux s’embuèrent.
-
Je suis navré que cela vous fasse de la peine, me dit-il d’un air
qui semblait véritablement compatissant.
Je
croisai son regard. Si tout à l’heure il m’avait fait peur et
semblait d’une sévérité militaire, maintenant, il ressemblait à
un grand-père aimant. Étonnamment, je crus y déceler dans ses yeux
de la tendresse. Il avait les même que Jakob, mises à part les
petites pattes d’oie. C’était donc lui qui avait élevé Jak
comme son fils depuis qu’il était petit. Ce changement de
comportement ne fit que m’émouvoir davantage. Les larmes étaient
là, prêtes à jaillir.
-
Je suis pas mauvaise monsieur, je... je ne cherche pas les ennuis. Si
vous le revoyez, dites-lui simplement que je suis désolée.
Ce
furent les dernières paroles que je pus prononcer avant que les
sanglots ne m’emportent. Je me détournai et sortis en courant dans
la ruelle.
Je
n’entendis pas s’il m’avait véritablement répondu ou s’il
avait cherché à me retenir, il me sembla déceler un “je sais”,
mais je n’en fus pas sûre.
Pleurant
à en perdre le souffle, je n’attendis même pas d’être au fond
de l’impasse pour prononcer la formule et repartir dans ma chambre.
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