Chapitre 11 - 3

  Personnellement, je m’en moquai complètement, Tim était le dernier de mes soucis !
  Une heure plus tard, la moitié du groupe était partie pêcher, l’autre était sur la plage à profiter du doux soleil de mai. La chaleur commençait à être agréable, mais la fraîcheur de l’eau repoussait toute tentative de baignade même pour les plus téméraires d’entre nous.
  Lyne avait eu raison, on était bien ici, le calme de la forêt, ses odeurs de pins et de fleur, le doux clapotis du lac. Tout était apaisant. Étendue sur ma serviette, je tournais la tête du côté de Lyne. Elle était allongée à côté de Spike. C’était un garçon charmant, châtain, un bon mètre soixante-dix-huit, la coiffure en bataille, il était un peu bizarre et loufoque, mais bon camarade et toujours prêt a rigoler. Ça ne m’étonnait pas que Lyne l'appréciât. Ils se tenaient la main. Cette vision me rappela ma solitude.
  J’aurais tant aimé que Jakob soit là avec nous !
Cette pensée me tordit une fois de plus l’estomac.  
  Je me demande si l’on peut chopper un ulcère à cause d’une rupture amoureuse ?
  Bon ! Quoi qu’il en soit, Il ne fallait pas que je cède au désespoir, j’étais ici pour me changer les idées ! Si je commençais par jeter un petit sort anti-ours, ça serait un bon début !
  Je m’éclipsai discrètement, pour me rendre dans ma tente. Une fois dans celle-ci, je fouillais dans mon sac à main et récupérais mon livre magique. C’était épatant, malgré sa taille réduite, il paraissait contenir exactement les mêmes choses. Je pris mon stylo et inscrivis dans son moteur de recherche : anti-ours. Comme d’habitude, les pages tournèrent à toute vitesse et s’arrêtèrent sur le bon chapitre : comment se protéger des animaux sauvages. Plusieurs méthodes étaient proposées suivant le type de bêtes à repousser. D’autres servaient à les chasser, les tuer, les transformer directement en pâté ! Bheu... c’était assez repoussant comme idée. Je ne voulais pas en arriver là ! Les tenir éloignés du camp me suffirait largement. Il y en avait une qui repoussait toutes les créatures non humaines, mais celle des ours me suffirait ! Que diraient les autres si même les petits oiseaux ne venaient plus se poser autour de nous ? Et leurs poissons ? Peut-être que le sort aurait été efficace aussi sous l’eau, leur partie de pêche serait un fiasco à cause de moi !
  Bon, la formule était assez simple “ Per resko kemtom”. Pour le mouvement, il s'agissait d’une espèce de spirale à dessiner autour de moi avec la baguette. Normalement après, plus aucun ours ne devrait approcher à moins de cent mètres ! Ça devrait être suffisant pour que je passe une bonne nuit sans avoir peur qu’un de ces plantigrades trop curieux ne vienne s’en prendre à nous.  
  Allez, Melly, concentration ! Il ne s'agirait pas de faire sauter la tente, j’aurais l’air maligne !
  Je pris une grande bouffée d'oxygène, et ne pensai à rien d’autre qu’une espèce de bulle ou de champ de force qui viendrait se positionner comme une cloche sur notre camp.
  - Per resko kemtom !
  Une onde partit de moi et se propagea dans l’air tout autour dans un souffle circulaire.
Houa, c’était impressionnant comme expérience ! J’étais enchantée par cet essai réussi. Je jubilais toute seule dans ma tente. Bon, il ne me fallait pas trop traîner, tout de même, les autres allaient s'apercevoir de mon absence.
  Je rangeai mon livre et ma baguette et sortis de mon abri de toile comme si de rien n’était.
- He ! Melly, t’étais passée où ? Tu as senti ce truc ? m’interpella Megan.
  - Hein ? Non, de quoi tu parles ?
  - Comme un vague de chaleur à l’odeur de menthe poivrée.
  - Non, rien senti, dis-je en hochant la tête de droite à gauche.
  Je retournais m'asseoir parmi les bronzeurs. Lyne et Spike étaient à la limite du rapprochement raisonnable en public. On pouvait dire que pour ces deux-là, les affaires marchaient !  
  Jessica était partie avec Mike sur le lac, Megan et Joshua étaient dans leur bulle intime aussi. J’avais la désagréable sensation de tenir la chandelle. Il ne restait que Cynthia, mais malgré son ton amical de la journée, je n’avais aucune envie de parler avec elle.
  J’en venais finalement à regretter que Luka soit parti avec les autres. Je me retrouvais un peu seule et ses blagues m’auraient au moins divertie un peu.
Tiens, en parlant du loup, celui-ci me faisait des grands gestes depuis sa barque. Il tenait un grand poisson à bout de bras. Il avait l’air très fier de sa prise. Moi,  j’aurais été incapable d’en donner ne serait-ce que la race !
  Je lui fis un petit signe de la main. Il l’interpréterait comme bon lui semblerait. Ce n’était peut-être pas très sympa, mais je ne voyais pas comment lui répondre autrement et les parties de pêche n’avaient jamais été mon truc, et je ne voulais pas le vexer.
  Finalement, une demi-heure plus tard, Cynthia avait allumé la musique, et le rythme endiablé du fond sonore avait décidé le groupe de pêcheurs à mettre le cap vers le bord. J’en fus la plus heureuse. J’en avais plus qu’assez de ne rien faire, d’autant que ma peau de rousse commençait à ne plus supporter le soleil malgré mes applications répétées d’écran total. Un joli teint halé, je voulais bien, mais ressembler à une crevette, pas question !
Dès qu’il eut accosté, Luka nous raconta avec les détails les plus fins la manière dont il s’était emparé de ce spécimen de truite argentée géante. C’était lui qui avait fait la plus belle prise. Tim et Randy avaient pris un poisson aussi, mais un petit, rien d’extraordinaire. Les autres étaient rentrés bredouilles.
  Luka fut acclamé comme le roi de la pêche. Les garçons partirent chercher du bois et ne mirent pas longtemps à faire un feu. Nous répartîmes autour quelques pierres pour ne pas embraser la forêt. Tyler fit une petite rôtissoire. Je ne savais pas ce garçon si doué de ses mains !
  Menu du soir : poisson ! En même temps, avec des pêcheurs, ça n’avait rien d’étonnant.
  Je me demande si l’on peut faire des repas avec la magie ? Ho, sûrement ! Je ne vois pas pourquoi l’on ne pourrait pas ! Si leur repas ne me suffisait pas, j’aurais vite fait de me faire apparaître un petit hamburger ou un gâteau au chocolat.
Humm, oui, un bon gâteau au chocolat, en voilà une bonne idée !
  En attendant, ce qui motivait le plus mes camarades de jeu n’était pas tant le repas, que les boissons alcoolisées qui l’accompagnaient.
  Mike en avait apporté, Tim aussi. À eux deux, il avaient de quoi soûler tout le monde sans problème.  
  Triste perspective !
  La nuit était tombée, le poisson mangé et la fête battait son plein. La musique qui sortait des haut-parleurs du van de Mike résonnait si fort dans la forêt, qu’elle était sûrement aussi dissuasive que mon sortilège anti-ours. J’en avais les oreilles qui bourdonnaient. Les couples dansaient, riaient et buvaient beaucoup surtout. Luka m’avait invitée plusieurs fois à ses côtés, mais son histoire de truite passée en boucle commençait à m'exaspérer sérieusement. En fait, il n’avait pas trop de conversation. C’était vrai qu’il était sympa, assez beau gosse, mais voilà ! Il n’avait pas le petit truc en plus qui ferait que je pourrais tomber dans ses bras et je l’avais éconduit assez rudement à la dernière demande un peu trop appuyée qu’il m’avait faite de sortir avec lui. Du coup, il était parti s'enivrer avec les autres.  
  Je vis Cynthia et Emmy passer dans leur toile de tente en gloussant. Je compris en les entrapercevant par la porte, ce que contenaient les paquets qu’elles avaient sous les bras un peu plut tôt dans l'après-midi : des ensembles de sous-vêtements affriolants !
  Comme si dans l’état où étaient leurs copains ils allaient faire la différence !
  Je ne buvais pas, n’avais pas de petit ami avec qui j’aurais pu avoir quelques câlins. Pfou, je me demandais vraiment ce que j’étais venue faire ici !
  J’en étais à ces pensées lorsqu’un bruit attira mon attention dans les fourrés. Des ombres se déplaçaient vers nous ! Je sursautai et me rapprochai instinctivement du feu.
  - He, Melly, je t’aimeeeu, me déclara un Luka ivre mort en se pendant à mon bras.
  - Fous-moi la paix Luka, c’est pas le moment ! Lui répondis-je en le poussant.
  Il tituba et s’écroula sur le dos. Mais lorsqu’il tenta de se relever, il s'arrêta net dans son élan et pointa du doigt la direction où j’avais vu bouger les ombres.
  Trois hommes s’y tenaient. De longs manteaux noirs en coton huilé dont les pans traînaient presque jusqu’au sol enveloppaient leurs silhouettes telles des ailes de chauve-souris vampire repliées sur elles-mêmes. Ils étaient grands, semblaient forts et inquiétants. L’un était basané, les cheveux longs et bruns. Les deux autres étaient blonds, larges comme des armoires à glace et ils se ressemblaient. C’était probablement des frères. On les différenciait cependant aisément. L’un d’eux était marqué d’une longue cicatrice sur toute la joue qui lui donnait un air encore plus cruel. Sans que je ne puisse dire pourquoi exactement, quelque chose de malfaisant émanait de leurs personnes. Je frissonnais en les regardant.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire