Personnellement,
je m’en moquai complètement, Tim était le dernier de mes soucis !
Une
heure plus tard, la moitié du groupe était partie pêcher, l’autre
était sur la plage à profiter du doux soleil de mai. La chaleur
commençait à être agréable, mais la fraîcheur de l’eau
repoussait toute tentative de baignade même pour les plus téméraires
d’entre nous.
Lyne
avait eu raison, on était bien ici, le calme de la forêt, ses
odeurs de pins et de fleur, le doux clapotis du lac. Tout était
apaisant. Étendue sur ma serviette, je tournais la tête du côté
de Lyne. Elle était allongée à côté de Spike. C’était un
garçon charmant, châtain, un bon mètre soixante-dix-huit, la
coiffure en bataille, il était un peu bizarre et loufoque, mais bon
camarade et toujours prêt a rigoler. Ça ne m’étonnait pas que
Lyne l'appréciât. Ils se tenaient la main. Cette vision me rappela
ma solitude.
J’aurais
tant aimé que Jakob soit là avec nous !
Cette
pensée me tordit une fois de plus l’estomac.
Je
me demande si l’on peut chopper un ulcère à cause d’une rupture
amoureuse ?
Bon !
Quoi qu’il en soit, Il ne fallait pas que je cède au désespoir,
j’étais ici pour me changer les idées ! Si je commençais
par jeter un petit sort anti-ours, ça serait un bon début !
Je
m’éclipsai discrètement, pour me rendre dans ma tente. Une fois
dans celle-ci, je fouillais dans mon sac à main et récupérais mon
livre magique. C’était épatant, malgré sa taille réduite, il
paraissait contenir exactement les mêmes choses. Je pris mon stylo
et inscrivis dans son moteur de recherche : anti-ours. Comme
d’habitude, les pages tournèrent à toute vitesse et s’arrêtèrent
sur le bon chapitre : comment se protéger des animaux sauvages.
Plusieurs méthodes étaient proposées suivant le type de bêtes à
repousser. D’autres servaient à les chasser, les tuer, les
transformer directement en pâté ! Bheu... c’était assez
repoussant comme idée. Je ne voulais pas en arriver là ! Les
tenir éloignés du camp me suffirait largement. Il y en avait une
qui repoussait toutes les créatures non humaines, mais celle des
ours me suffirait ! Que diraient les autres si même les petits
oiseaux ne venaient plus se poser autour de nous ? Et leurs
poissons ? Peut-être que le sort aurait été efficace aussi
sous l’eau, leur partie de pêche serait un fiasco à cause de
moi !
Bon,
la formule était assez simple “ Per resko kemtom”. Pour le
mouvement, il s'agissait d’une espèce de spirale à dessiner
autour de moi avec la baguette. Normalement après, plus aucun ours
ne devrait approcher à moins de cent mètres ! Ça devrait être
suffisant pour que je passe une bonne nuit sans avoir peur qu’un de
ces plantigrades trop curieux ne vienne s’en prendre à nous.
Allez,
Melly, concentration ! Il ne s'agirait pas de faire sauter la
tente, j’aurais l’air maligne !
Je
pris une grande bouffée d'oxygène, et ne pensai à rien d’autre
qu’une espèce de bulle ou de champ de force qui viendrait se
positionner comme une cloche sur notre camp.
-
Per resko kemtom !
Une
onde partit de moi et se propagea dans l’air tout autour dans un
souffle circulaire.
Houa,
c’était impressionnant comme expérience ! J’étais
enchantée par cet essai réussi. Je jubilais toute seule dans ma
tente. Bon, il ne me fallait pas trop traîner, tout de même, les
autres allaient s'apercevoir de mon absence.
Je
rangeai mon livre et ma baguette et sortis de mon abri de toile comme
si de rien n’était.
- He !
Melly, t’étais passée où ? Tu as senti ce truc ?
m’interpella Megan.
-
Hein ? Non, de quoi tu parles ?
-
Comme un vague de chaleur à l’odeur de menthe poivrée.
-
Non, rien senti, dis-je en hochant la tête de droite à gauche.
Je
retournais m'asseoir parmi les bronzeurs. Lyne et Spike étaient à
la limite du rapprochement raisonnable en public. On pouvait dire que
pour ces deux-là, les affaires marchaient !
Jessica
était partie avec Mike sur le lac, Megan et Joshua étaient dans
leur bulle intime aussi. J’avais la désagréable sensation de
tenir la chandelle. Il ne restait que Cynthia, mais malgré son ton
amical de la journée, je n’avais aucune envie de parler avec elle.
J’en
venais finalement à regretter que Luka soit parti avec les autres.
Je me retrouvais un peu seule et ses blagues m’auraient au moins
divertie un peu.
Tiens,
en parlant du loup, celui-ci me faisait des grands gestes depuis sa
barque. Il tenait un grand poisson à bout de bras. Il avait l’air
très fier de sa prise. Moi, j’aurais été incapable
d’en donner ne serait-ce que la race !
Je
lui fis un petit signe de la main. Il l’interpréterait comme bon
lui semblerait. Ce n’était peut-être pas très sympa, mais je ne
voyais pas comment lui répondre autrement et les parties de pêche
n’avaient jamais été mon truc, et je ne voulais pas le vexer.
Finalement,
une demi-heure plus tard, Cynthia avait allumé la musique, et le
rythme endiablé du fond sonore avait décidé le groupe de pêcheurs
à mettre le cap vers le bord. J’en fus la plus heureuse. J’en
avais plus qu’assez de ne rien faire, d’autant que ma peau de
rousse commençait à ne plus supporter le soleil malgré mes
applications répétées d’écran total. Un joli teint halé, je
voulais bien, mais ressembler à une crevette, pas question !
Dès
qu’il eut accosté, Luka nous raconta avec les détails les plus
fins la manière dont il s’était emparé de ce spécimen de truite
argentée géante. C’était lui qui avait fait la plus belle prise.
Tim et Randy avaient pris un poisson aussi, mais un petit, rien
d’extraordinaire. Les autres étaient rentrés bredouilles.
Luka
fut acclamé comme le roi de la pêche. Les garçons partirent
chercher du bois et ne mirent pas longtemps à faire un feu. Nous
répartîmes autour quelques pierres pour ne pas embraser la forêt.
Tyler fit une petite rôtissoire. Je ne savais pas ce garçon si doué
de ses mains !
Menu
du soir : poisson ! En même temps, avec des pêcheurs, ça
n’avait rien d’étonnant.
Je
me demande si l’on peut faire des repas avec la magie ? Ho,
sûrement ! Je ne vois pas pourquoi l’on ne pourrait pas !
Si leur repas ne me suffisait pas, j’aurais vite fait de me faire
apparaître un petit hamburger ou un gâteau au chocolat.
Humm,
oui, un bon gâteau au chocolat, en voilà une bonne idée !
En
attendant, ce qui motivait le plus mes camarades de jeu n’était
pas tant le repas, que les boissons alcoolisées qui
l’accompagnaient.
Mike
en avait apporté, Tim aussi. À eux deux, il avaient de quoi soûler
tout le monde sans problème.
Triste
perspective !
La
nuit était tombée, le poisson mangé et la fête battait son plein.
La musique qui sortait des haut-parleurs du van de Mike résonnait si
fort dans la forêt, qu’elle était sûrement aussi dissuasive que
mon sortilège anti-ours. J’en avais les oreilles qui
bourdonnaient. Les couples dansaient, riaient et buvaient beaucoup
surtout. Luka m’avait invitée plusieurs fois à ses côtés, mais
son histoire de truite passée en boucle commençait à m'exaspérer
sérieusement. En fait, il n’avait pas trop de conversation.
C’était vrai qu’il était sympa, assez beau gosse, mais voilà !
Il n’avait pas le petit truc en plus qui ferait que je pourrais
tomber dans ses bras et je l’avais éconduit assez rudement à la
dernière demande un peu trop appuyée qu’il m’avait faite de
sortir avec lui. Du coup, il était parti s'enivrer avec les
autres.
Je
vis Cynthia et Emmy passer dans leur toile de tente en gloussant. Je
compris en les entrapercevant par la porte, ce que contenaient les
paquets qu’elles avaient sous les bras un peu plut tôt dans
l'après-midi : des ensembles de sous-vêtements affriolants !
Comme
si dans l’état où étaient leurs copains ils allaient faire la
différence !
Je
ne buvais pas, n’avais pas de petit ami avec qui j’aurais pu
avoir quelques câlins. Pfou, je me demandais vraiment ce que j’étais
venue faire ici !
J’en
étais à ces pensées lorsqu’un bruit attira mon attention dans
les fourrés. Des ombres se déplaçaient vers nous ! Je
sursautai et me rapprochai instinctivement du feu.
-
He, Melly, je t’aimeeeu, me déclara un Luka ivre mort en se
pendant à mon bras.
-
Fous-moi la paix Luka, c’est pas le moment ! Lui répondis-je
en le poussant.
Il
tituba et s’écroula sur le dos. Mais lorsqu’il tenta de se
relever, il s'arrêta net dans son élan et pointa du doigt la
direction où j’avais vu bouger les ombres.
Trois
hommes s’y tenaient. De longs manteaux noirs en coton huilé dont
les pans traînaient presque jusqu’au sol enveloppaient leurs
silhouettes telles des ailes de chauve-souris vampire repliées sur
elles-mêmes. Ils étaient grands, semblaient forts et inquiétants.
L’un était basané, les cheveux longs et bruns. Les deux autres
étaient blonds, larges comme des armoires à glace et ils se
ressemblaient. C’était probablement des frères. On les
différenciait cependant aisément. L’un d’eux était marqué
d’une longue cicatrice sur toute la joue qui lui donnait un air
encore plus cruel. Sans que je ne puisse dire pourquoi exactement,
quelque chose de malfaisant émanait de leurs personnes. Je
frissonnais en les regardant.
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