Chapitre 25 Solutions
Ebis
Comme
je le redoutais, Jessica se précipita vers moi, pour savoir si
j’avais pensé à quelque chose concernant ses parents. Elle me
prit à l’écart des autres, ce qui sembla éveiller des soupçons
sur elle. Je n’y prêtais pas plus attention pour l’instant, et
de mon côté je noyais le poisson, en lui répondant que j’avais
une bonne piste, mais que j’attendais une confirmation aux
alentours de midi. La sonnerie nous arracha à notre conversation et
nous entrâmes en cours.
-
Que voulait-elle ? Demanda Lyne suspicieuse.
-
Je... Je ne peux pas t’en parler, j’ai promis. Tu comprends ?
Lui chuchotais-je.
-
C’est ses parents n’est-ce pas ?
Je
la regardais ahurie.
- Son
père a rencontré une jeunette, sa mère est effondrée, sa sœur
perdue. Elles croient que personne n’est au courant, mais ce n’est
plus un secret du tout. La rumeur a déjà fait le tour du quartier !
J’ai même vu Cynthia qui s'apprêtait à enfoncer un peu plus le
clou.
-
La salope ! M’emportais-je.
-
Mlle Parker ! Ce n’est pas une façon de parler
ici ! m’admonesta Mme Warwik
-
Pardon Madame. Je suis désolée, je ne recommencerai plus, dis-je
honteuse.
-
Vous viendrez me voir à la fin du cours ! Répondit-elle d’un
air sévère
-
Bien madame.
Aïe,
me voilà dans de beaux draps, j’allais prendre une retenue à
cause de Cynthia, décidément celle-là finissait toujours par
arriver à me nuire d’une façon ou d’une autre !
Je
me renfrognais, contrariée et attendis que l’heure soit terminée.
Les autres sortirent, moi je m'avançais penaude au bureau de ma
professeure.
-
Alors Miss Parker, que se passe-t-il ? Me demanda-t-elle en
plongeant son regard dans le mien. Qui donc affubliez-vous d’un tel
qualificatif tout à l’heure ?
-
Je suis désolé Madame, c’est encore Cynthia, commençais-je, elle
va colporter des ragots.
Je lui
expliquais donc tout en détail. Les parents de Jessica (sans lui
donner son nom, même si ce n’était plus un secret pour personne
apparemment) l’attitude de Cynthia, le désespoir de la mère et
des filles.
-
Écoutez, Melly, je comprends votre emportement, votre envie d’aider
votre amie. Je vous félicite aussi de faire front commun contre
cette peste de Cynthia. Elle ne manque jamais une occasion d’humilier
un élève plus fragile celle-là ! Mais vous ne pouvez pas
employer un tel vocabulaire en classe, vous comprenez ?
Je
hochai la tête.
-
Quant à ses parents, je ne pourrai que leur conseiller d’aller
voir un conseiller matrimonial, soupira-t-elle. S’il ne sauve pas
leur couple, il fera peut-être au moins en sorte que toute cette
histoire fasse le moins de dégâts possibles sur leurs enfants.
Bien
sûr, le conseiller matrimonial !!! Voilà ma solution !
Exultais-je intérieurement.
-
Bon ! je ne vous mets pas en retenue pour cette fois, dit-elle
en fronçant les sourcils, mais à l’avenir, prenez garde !
-
Ho merci, madame, m’écriais-je, vous êtes la meilleure des
profs !
Sans
le savoir, elle venait de m’enlever une belle épine du pied. Nous
allions simplement dire à Jessica que j’avais convaincu ses
parents d’aller voir un psy de ma connaissance, spécialisée dans
les histoires de couple, et hop, le tour serait joué !
Resterait plus à Jakob qu’à leur implanter ce souvenir-là en
mémoire et quoique le psy leur dise, de toute façon, je savais que
tout se passerait bien. Du moins, je l’espérai !
C’est
donc le cœur léger que je rejoignis le cours suivant pour apporter
la bonne nouvelle à ma copine.
-
Je n’y crois pas une seconde ! S’opposa Jakob dans mon
esprit.
-
Quoi ? Pourquoi ?
-
Et tu expliques comment à Jessica que ses parents suivent tes
conseils ? Et je fais comment moi pour leur implanter ces
souvenirs ? Si quelqu’un leur demande qui est ce conseiller,
son numéro de téléphone, son adresse, ce qu’ils se sont dits,
etc. ?
Je
devais bien avouer que Jakob avait raison. Ma bonne humeur s’était
envolée, ma solution miracle ne fonctionnait pas. La vie n’était
pas si simple.
-
Y a une façon de procéder qui peut marcher, proposa Jak, tu
avoues à Jessica que tu n’as pas de remède miracle, on « philtre
» ses parents, ils se réconcilient et basta !
Ouais,
c’était une idée. J’y avais songé moi aussi. Mais elle ne
m’enchantait pas vraiment. Peut-être parce que mon orgueil
personnel n’en retirerait aucune gloire ? J’avais envie pour
une fois qu’on ne me prenne pas pour la simple Melly d’avant.
J’avais envie pour une fois de servir à quelque chose et avoir la
reconnaissance de quelqu’un. J’avais envie pour une fois d’être
reconnue, populaire, indispensable. Cela faisait-il de moi une fille
superficielle ? Mince après tout, tout le monde a besoin de
reconnaissance ! Moi j’en avais tellement manqué. Avant, la
seule chose qui faisait que l’on m'accepte, c’était le fait
d’être l’amie de Lyne ! J’en avais marre, je voulais que
ça change, qu’on reconnaisse mes qualités ! De toute façon,
c’était trop tard, j’étais devant la porte du cours d’économie
de Monsieur Slovansky.
-
Mademoiselle Parker, je croyais que vous n’alliez pas venir !
-
Excusez-moi Monsieur, j’étais retenue par Madame Warwik, lui
dis-je en tendant le billet qu’elle m’avait fait pour justifier
de mon retard.
-
Très bien, allez-vous asseoir.
Jessica
me faisait de grands signes pour que je m’installe à ses côtés.
Je jetais un œil à Lyne et vis Mary Devato à ma place habituelle.
Elles s’étaient arrangées toutes les trois avant le cours pour
que je sois près de Jess. Je m’assis donc sans trop de conviction
au petit bureau et posai mon sac par terre.
-
Alors chuchota Jess, tu as des nouvelles ?
-
Oui, j’ai un ami conseiller matrimonial, je lui ai expliqué le
problème. Il va les appeler aujourd’hui pour essayer de régler
les problèmes et les réconcilier.
-
Tu crois que ça va marcher ? Me demanda-t-elle d’un air
dubitatif.
-
Oui, j’en suis sûre, c’est un bon ! Il emploie de nouvelles
méthodes, je n’ai pas trop bien compris lesquelles,
m’empressais-je de préciser avant qu’elle ne me le demande, mais
il a de très bons résultats.
-
Ho, ça serait merveilleux ! Répondit Jessica une larme à
l’œil. Maman est tellement malheureuse, et moi je commence à en
vouloir sérieusement à mon père ! Je peux comprendre que la
vie avec maman ne soit pas toujours folichonne, mais là, il se
comporte comme un salop !
-
Ne t'inquiète pas, tout ira bien !
Du
moins, je l’espérais. Je m’étais peut-être un peu lancée,
j’avais fait un mix de ma solution et de celle de Jakob. Pourvu
qu’il arrive à implanter ce souvenir-là chez les parents de
Jess !
La
sonnerie de midi retentit. Comme convenu, Jakob et moi ne mangerions
pas avec les autres. Nous prîmes la direction du gymnase.
-
C’est bon on ne peut plus nous voir, dis-je en m’assurant que
c’était bien le cas.
- Ne
uel, prononça Jakob en faisant une petite spirale du doigt
au-dessus de nous.
Son
sortilège d’invisibilité nous protégeait des regards, je n’avais
plus qu’à nous téléporter chez la mère de Jessica. En un rien
de temps, ce fut chose faite.
Je
n’étais jamais entrée chez elle, il faut dire que nous étions
amies que depuis peu. Avant, elle faisait partie de la bande de
Cynthia, et ne se serait jamais risquée à inviter quelqu’un qui
n’aurait pas été approuvé par la chef !
C’était
amusant, nous étions là avec Jakob, nous avions pénétré cette
demeure comme deux espions, chargés d’une mission délicate et
confidentielle. Un bruit à l’étage nous indiqua que la mère de
Jessica devait s’y trouver. Nous montâmes les escaliers à pas
feutrés. Elle était dans sa chambre. Belle encore pour son âge,
les longues boucles de ses cheveux s'étalaient en cascade sur ses
épaules. Ses quarante-cinq ans avaient bien tracé quelques sillons
sur son visage, mais il restait une certaine fraîcheur. Elle avait
sûrement même gagné en charme. Seuls ses yeux rougis par les
larmes lui donnaient un air usé. Elle était assise sur son lit, la
tête penchait, reniflant de temps en temps. Je m’approchais, elle
tenait dans ses mains un cadre contenant une photo les montrant tous
les quatre. Ils étaient au sommet d’une colline. Jessica tenait la
main de sa sœur, son père enlaçait sa mère d’un bras et posait
son autre main sur l’épaule de sa fille. Ils riaient tous, on
sentait un bonheur véritable. Cette vision me tordit le ventre. La
vie n’était pas un long fleuve tranquille. Comment pouvaient-ils
s’aimer et être si heureux ensemble un jour, faire de belles
filles, et finir par partir ? Pourquoi les sentiments
pouvaient-ils s'étioler comme cela au fil des années ? Le
quotidien, les soucis, la lassitude, l’envie de découvrir autre
chose érodaient-ils donc inexorablement cet amour si intense au
départ pour finir inévitablement en rancœur ? J’avouais que
ces questions me mettaient mal à l’aise. Elle me renvoyait à mes
propres peurs : et si malgré notre pacte, notre mariage
magique, les sentiments que nous avions Jakob et moi l’un pour
l’autre venaient à changer un jour ? Pourtant, certains
couples durent !
-
Melly !
Jakob
me tira de mes interrogations.
-
Pulvérise le philtre !
Je
sortis la fiole de ma poche, m’approchais un peu plus d’elle et
appuyais plusieurs fois sur l’embout.
De
fines projections de potions de déposèrent sur la mère de Jessica.
Elle releva la tête intriguée par le bruit et l’odeur, j’en
profitais pour lui asséner le coup de grâce en plein visage :
trois pulvérisations profondes ! Elle dégoulinait, son rimmel
coulait.
-
He !!! Commença-t-elle en voulant s’essuyer nerveusement, ne
comprenant pas d'où pouvait venir ce liquide. Mais elle stoppa net
son geste. Un sourire béat se greffa sur son visage qui se détendit
par la même occasion, lui donnant l'air heureuse.
Elle
souriait, le philtre était en train d’agir. Elle décrocha son
téléphone et appela son mari.
-
Allô Chéri ?
-
Carrie ? demanda une voix surprise à l’autre bout du fil.
-
Oui, c’est moi mon chéri, tu es au boulot ? Viens me
rejoindre vite s’il te plaît, je t’aime.
-
Quoi ??? Que ???
Il
ne fallait pas perdre de temps et s’occuper de son mari.
-
Jak, occupe-toi d’elle, je vais m’occuper de lui !
En
une fraction de seconde, je jetai le sort pour lire dans ses pensées
et découvrir où travailler le père de Jess. Une demi-seconde plus
tard, je l’avais rejoint. Toujours collé au téléphone, l’air
perdu, semblant ne pas comprendre ce que lui disait la femme avec qui
il s’était tant disputé ces derniers jours. Prenant l’autre
bouteille dans ma poche, je l’ inondais à son tour sans ménagement
du philtre spécialement conçu pour lui. Même effet ! Son
visage se détendit illico.
-
Ma chérie, moi aussi je t’aime, lui déclarait-il comme un
adolescent, ne bouge pas, j’arrive !
-
He ! Johnson ! Tu fous quoi ? L’interpella un de ses
collègues de bureau.
-
Je rentre, j’ai des problèmes urgents à régler à la maison !
Il
se précipita, mais dès qu’il fut dans le couloir, je le pris par
le bras et le téléportai dans la chambre de sa femme. Je n’allais
pas prendre le risque qu’il aille créer un accident de voiture !
Conduire sous l’emprise d'un stupéfiant de ma fabrication, je m’en
serais voulu toute ma vie !
Lorsqu’il
atterrit dans la pièce, il s’agita, apeuré, ne comprenant pas ce
qu’il venait de se passer. D’un coup de baguette, Jakob lui lança
un sort de tranquillité et il s’assagit, rejoignant docilement sa
femme qui en était déjà enveloppée.
-
À toi de jouer mon Jak !
Jak
se concentra, prononça la formule adéquate et pénétra leurs
esprits.
-
Un conseiller conjugal, ami de Melly a pris contact avec vous ce
midi, déclara Jakob, vous avez bien pris acte de vos faiblesses
réciproques et décidé de vous pardonner. Désormais vous parlerez
ouvertement et tranquillement de vos problèmes sans vous énerver.
Monsieur Johnson, vous avez préféré prendre le bus pour rentrer,
trop content que votre femme vous aime encore.
-
Tu crois que ça va marcher ?
-
Regarde !
Jakob
avait libéré les parents de son emprise magique. Ils
s’embrassaient.
-
Mon amour, je suis tellement désolé, disait monsieur Johnson en
enlaçant sa femme.
-
Et moi donc ! Je n’ai jamais cessé de t’aimer malgré cela,
lui répondit celle-ci.
-
Hou, je crois que nous devrions partir, ça devient indiscret là !
Dis-je à Jak en les voyant commencer à se déshabiller.
-
Il me semble oui, s'esclaffa celui-ci.
Il
prit ma main, je plongeais mon regard dans le sien.
- Tu
crois que nous serons à l'abri de ce genre de problème ?
-
Je ne sais pas Melly, seul l’avenir nous le dira. Mais en
attendant, profitons de chaque instant de bonheur et laissons-les au
leur.
Il
nous téléporta au lycée. Je l’embrassai une dernière fois avant
de rendre notre visibilité normale.
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