- T’es encore là toi ! Mais ils sont morts par ta faute Sperotielli ! tu ne l’as toujours pas reconnu ? Si tu ne leur avais pas mis tes grandes idées dans la tête, si tu ne les avais incités à se défier de moi, ils n’auraient pas tenté de m'abattre, et ils seraient encore parmi nous !
- Ha oui, et qu’aurais-je dû leur dire ? Que tu étais le plus gentil des enchanteurs ? Que comme tu le prônes si souvent, les simples humains sont indignes de confiance, qu’ils ne sont qu’une race inférieure à éliminer ? On les connaît par coeur tes idéologies. Ta Morgane d'ancêtre tenait déjà les mêmes discours, semant les cadavres sur le chemin de sa propagande.
- Tu ne comprendras décidément jamais rien Sperotielli. Partez d’ici, rentrez chez vous. Vous ne pouvez rien contre moi. De toute façon, même en vous y mettant tous, vous ne risqueriez que de vous faire mal et je ne désire pas vous tuer. Je ne veux pas faire couler du sang d’enchanteur.
Dezmarc se tourna ensuite vers moi, ses yeux bleus brillants d’une expression que je sentis pour la première fois douce et sincère. Il ne m’apparaissait plus comme la brute sanguinaire que j’avais vue au départ. Son humanité ressortait, je voyais l’homme blessé, l’homme aux abois, sûr de ses convictions, certain d’agir dans le bon sens. Les yeux sont le reflet de notre âme disaient certains, et j’eus l'impression d'apercevoir la sienne.
Cela me chamboula, et fit partir en éclats toutes mes certitudes.
- Rejoins-moi Melly. Viens avec moi, insista-t-il en me tendant la main. À nous deux nous serons totalement invincibles. Nous bâtirons ensemble une vraie société pour les enchanteurs. Une société où nous n’aurons plus à nous cacher, où nous n’aurons plus à craindre que les moris nous utilisent ou nous traitent comme des rats de laboratoire.
- Et qu’adviendra-t-il d’eux ? Demandais-je, persuadée que le sort qu’il leur réservait ne serait pas des plus enviables.
Il n’eut pas le loisir de répondre.
- Laissez-la partir ! Hurla Jakob !
- Je ne lui veux pas de mal, petit, rassure-toi.
- Pas de mal ? Pas plus qu’à Enzo, le frère de Seréna ? Vociféra Genna en s’approchant dangereusement de nous.
Les cheveux dressés sur la tête, elle tremblait de colère, ses yeux étaient baignés de larmes. J’ignorais complètement qui était l’Enzo dont elle parlait, mais l’évocation de celui-ci la mettait dans tous ses états.
- Qui es-tu petite ? Demanda Dezmarc.
- Sa fiancée !
Dezmarc grimaça une nouvelle fois. Il devait sentir que le combat serait inévitable.
- Enzo m’a trahi, répondit-il d’une voie dure, j’avais confiance en lui. Il n’aurait pas dû essayer de me quitter.
- C’était pour moi qu’il vous quittait ! Pour être avec moi, sanglotait-elle à présent, il n’avait aucunement l’intention de vous trahir. Ajouta-t-elle en serrant les dents.
Genna avait levé sa baguette et la pointait vers Dezmarc.
- Non, Genna, attend, il ne... tentais-je.
Mais elle ne semblait pas m’entendre, elle fixait Dezmarc de ses yeux rougis par la peine.
Mon regard passait à toute vitesse de l’un à l’autre, la tension était à son comble, je sentais que l’inévitable allait se produire d’une seconde à l’autre.
- Ne t’approche pas jeune fille, et ne tente pas quoi que ce soit de fâcheux, hurla Dezmarc, qui devait deviner que l’affrontement aller se produire. Ne m’oblige pas à ça ! Ton Enzo, c’est une autre histoire, c’était un voleur, il m’avait dérobé...
Mais ce n’était pas les paroles qu’attendait Genna. Elle leva le bras au-dessus de sa tête, comme pour donner un coup de fouet. En une fraction de seconde, je compris qu’elle voulait asséner un sortilège mortel à son ennemi. Je sentais bien que Dezmarc n’aurait aucun scrupule à faire de même. Je ne connaissais pas toute l’histoire, mais je ne voulais pas laisser tuer Genna, c’était mon amie, ma grande soeur magique et je l’aimais véritablement. Si elle était touchée, les autres n’hésiteraient pas à répliquer par des salves de sortilèges et si Dezmarc était aussi puissant qu’il le disait, alors ils seraient tous tuer sous mes yeux.
- Salop ! Hurla Genna, tu vas payer pour tous ces meurtres.
Mon coeur s'accéléra d’un seul coup, une vague de chaleur m'envahit. Je serrais plus fort ma baguette magique, et comme lors de la première fois je sentis la puissance magique de mes ancêtres pénétrer au plus profond de mon être. Dopée par l’adrénaline et par cette magie venue de la nuit des temps, je me jetais entre eux en faisant un grand cercle vertical.
- Uper Per
Mon bouclier magique se déploya au moment même où ils lancèrent leur sort, barrant la route à celui de Genna, il me fit vibrer une première fois, puis celui de Dezmarc m'atteignit. Ce fut comme tenter d'arrêter un train lancer à pleine vitesse d’une seule main. C’était incommensurable, incomparable avec les petits sorts d’entraînements de Jakob que j'arrêtais sans effort. La puissance de Dezmarc était faramineuse, colossale ! Je comprenais à présent ce que voulait réellement dire « le plus puissant sorcier que la terre abrite ». Je sentis mon bouclier se fendre devant son sortilège comme une feuille de papier à cigarette sous le coup d’un compas. Je le reçus en suite en pleine poitrine. La douleur fut fulgurante. Un cri s’éleva de la forêt, Jakob hurlait mon prénom. Je perdais pied. Ma tête bourdonnait. Je n’étais plus que douleur. Un éclair aveuglant sembla sortir de mes entrailles, je me disloquais littéralement, J’entendis un nouveau cri, mais je n’eus pas le temps d’identifier son auteur. Quelqu’un venait de mourir, c’était sûr ! Mais qu’en était-il de moi ? Chacune de mes cellules voulaient décoller indépendamment les unes des autres vers le firmament. Je ne ressentais désormais plus rien, je n’entendais plus rien, ne voyais plus rien. Je n’étais plus là.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire