Chapitre 2-2 Révelation

 Des rideaux mauves tirés devant les deux fenêtres. Un oreiller parme et une couette dans les tons rosés. Les murs gris chocolat  auxquels étaient accrochés mes immenses tableaux noirs et blancs de Paris, la ville lumière dont j’étais folle. Lorsque je me réveillai, j’étais dans ma chambre ! et étrangement, je n’avais aucun souvenir de la façon dont j’y étais arrivé.  Le visage de ma mère était penché sur moi. Blanc, grave, inquiet, je ne me souvenais pas l’avoir déjà vu ainsi. Elle me tenait la main. Les trais tirés, les yeux rougis. Elle avait pleuré. Je tournai la tête, le docteur Flint était aussi ici. Il ramassait ses instruments et semblait peiné. Mais que se passait-il ? Pourquoi le docteur faisait-il cette tête d’enterrement ? Il me soignait depuis que j’étais bébé, et d’habitude, il était plutôt jovial ! Il avait dû se passer quelque chose de grave.  
  Papa ! Mon Dieu, c’est papa ! Où était-il ? Il lui était arrivé quelque chose !  
  Je tournai les yeux pour le chercher dans la pièce. Non, il était là lui aussi, tenant Lyne qui pleurait dans ses bras !
  QUOI ? Ma Lyne ? Dans les bras de Mon père ??  
- L’ambulance arrive, ils vont faire le nécessaire, dit le doc en raccrochant son portable.
  Mais que se passe-t-il ici ?
  Je voulus me relever pour les interpeller, mais une douleur insupportable me cloua au lit. J’aurais aimé crier, mais aucun son ne sortit de ma bouche.  
  La réponse m'apparut, évidente, effrayante : c’était pour moi ! C’était pour moi tout ça ! Voilà pourquoi le doc faisait cette tête, voilà pourquoi ma mère pleurait, que Lyne pleurait, parce que... j’allais mourir !  
  Envahie par le désespoir, j’aurais voulu pleurer à mon tour, mais mon corps le refusait aussi. J’allais partir pour le pays d’où l’on ne revient pas sans même pouvoir leur dire au revoir, sans même pouvoir leur dire une dernière fois que je les aimais.
J’étais au comble de l’anéantissement lorsque j'aperçus une lumière vive qui se dirigeait vers moi. Une sorte de halo lumineux. Une forme étrangement familière, qui flottait dans ma direction. Ce ne fut que lorsqu’elle se trouva à quelques mètres de mon lit que je pus véritablement discerner ce qu’elle était. Ou disons plutôt Qui elle était : Mamie Fernande !!!     Ma grand-mère, celle qui vivait en France.  
  Ma première réaction, bien que complètement décalée devant un tel phénomène fut de me précipiter dans ses bras et d’y fondre en larmes.
  - Mamie, je vais mourir, regarde...
  Et là, je me tus ! Une main sur la bouche, l’autre tremblante, je pointais du doigt le corps allongé sur mon lit. Mon corps !  
  - Je suis morte ? Lui demandai-je paniquée, et toi que fais-tu ici, tu es morte aussi ?
  Elle me sourit.
  - Non ma chérie, tu n’es pas morte, pas plus que moi d’ailleurs ! Répondit-elle en riant. Tu es seulement sortie de ton corps.
  Elle me disait cela simplement ! Sur le ton de la plaisanterie, comme si c’était d’une banalité absolue. Comme si je m’étais juste trompée de bus. Mais pour moi, les questions se bousculaient dans ma tête. Elle s’en aperçut sûrement et me prit par la main. Son contact était étrange, fait d’une douce chaleur, mais sans véritable matière. Il ne correspondait à aucune des sensations que je connaissais.  
  - Ne t’inquiète pas ma puce, ce n’est pas grave !  
  - Ha bon ? Ben va falloir l’expliquer au toubib alors, et puis à mes parents et à Lyne aussi, parce qu'ils n’ont pas l’air d'être au courant eux !  
La colère était montée en moi d’un seul coup. Je dirais même, malgré moi ! Mon ton avait été cassant, insolent ! Cela ne me ressemblait pas.
C’était étrange, habituellement, je ne m’énervais pas contre ma grand-mère. On s'entendait même très bien !  
  - Écoute ma puce, me répondit ma grand-mère sur un ton qu’elle voulait laisser neutre. Je sais que ce que tu vis aujourd’hui n’est pas facile.
   Elle fit une légère grimace, et continua.
  - Je sais aussi que ce qui va suivre risque de te paraître difficile même. Mais fais-moi confiance, tout se passera bien. Nous sommes le 21 avril. Tu viens d’avoir seize ans et c’est la lune rousse. Tu es juste aux prémices de ta transformation. Tu auras beaucoup de choses à apprendre avant que celle-ci ne soit complète, et elle prendra inévitablement plusieurs années. Mais sache qu’on est là, que l’on veille sur toi.  
  - Quoi ??? Mais de quoi me parles-tu ? Quelle transformation ? Je vais virer mutante ou quoi ? m’écriai-je furieuse. Et qu’est-ce qu’on fait là ? Comment es-tu ici ? Comment je fais pour retourner dans mon corps, moi ?!!! Je ne veux pas de ta transformation, je n’ai rien demandé moi ! Je veux rester telle que je suis !... Ho ! Mamie, tu m’entends ?  
  - Patience mon poussin, petit à petit l’oiseau fait son nid. Mais n'oublie pas, je t’aime !  
  Elle me sourit, pointa deux doigts sur ma poitrine et me poussa, je sentis une décharge électrique me parcourir. Je trébuchai, basculai dans mon corps. Et puis plus rien.

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