Chapitre 4-1 Je navigue dans l’étrange.

Chapitre 4 Je navigue dans l’étrange.  

Ego ganto in e neaietlerg

  Je regardais défiler les maisons proprettes de mon quartier par la vitre embuée de la voiture de ma mère. Aujourd'hui il pleuvait ! La guigne ! Le ciel aurait voulu me jouer un tour de cochon qu’il ne s’y serait pas pris autrement. Il attendait que je sorte de ce fichu hôpital pour cacher le soleil, alors qu’il l’avait laissé briller pendant les trois jours supplémentaires qu’ils m’avaient gardée. Pour rien en plus ! Car aucun docteur n’avait pu expliquer de façon rationnelle ce sommeil, qui ne correspondait, d'après leurs dires, à aucune narcolepsie cataplexique du genre. Pour le changement de couleur de mes cheveux, à part une explication floue de bouleversements hormonaux, ils n’avaient trop su que dire. En gros, ils ne savaient rien et je les soupçonnais même de cacher leurs ignorances par des mots compliqués !  
  - Alors, impatiente de rentrer ? me demanda ma mère.  
  - Ho, oui, répondis-je, j’en avais vraiment assez de cet hôpital, de ces piqûres toutes les deux heures, de ces sondes collées sur la tête pour dormir. J’ai hâte de retrouver ma petite chambre. Et je crois que mon lit sera le bienvenu ce soir !  
  Je m’aperçus que je n’aurais pas dû m’exprimer de cette façon, ma mère me dévisageait l’air inquiet.  
  - Tu ne te sens pas bien mon ange ? Tu es fatiguée ?  
  - Mais non M'man, je voulais juste dire que j'étais contente de rentrer à la maison. Attention !!!
Ma mère pila juste à temps.  
  Le chat du voisin venait de se jeter sous nos roues. Cet imbécile de félin me devait la vie ! Il avait beau être noir, un peu plus et il ne porterait plus malheur à personne ! Pensais-je en riant. Bon, l’incident avait eu du bon, il avait détourné l’attention de ma mère sur un autre sujet, et j’en étais bien soulagée.  
Elle se rangea dans notre allée et je descendis de la voiture. Il ne pleuvait plus, la pelouse encore humide brillait au soleil et exhalait un doux parfum d’herbe mouillée. Je pris mon sac sur l’épaule et m'apprêtai à monter les marches du perron.  
  - Tu veux que je t’aide ma chérie ? demanda ma mère en voulant prendre mon sac.  
  - Non, M'man ! Je vais bien je te dis, arrête, ça va devenir chiant là !  
  Je l’avais dit sur un ton rude, ma pauvre mère me regarda tristement. Mais que m’arrivait-il ? Une fois de plus je ne me reconnaissais pas dans mes paroles. Avant, je n’aurais jamais parlé de cette façon à ma mère ! Avant ? Avant quoi, un coup sur la tête ?  
  Je débloquais là, ce n'était pas un simple coup sur la tête qui changeait une personnalité !  
Pour me faire pardonner, je l’embrassais.  
  - Excuse-moi ma petite maman, je ne voulais pas te faire de peine, mais je vais bien, ne t'inquiète pas.  
  Elle sourit, mais je vis bien dans ses yeux que pour elle aussi les choses avaient changé. Ne serait-ce que parce qu’elle ne m’aurait jamais laissé lui parler ainsi avant !
  J’avais l'impression que je profitais de la situation. Cela faisait-il de moi une mauvaise fille ?
Je n’avais pourtant pas à me plaindre, mes parents avaient toujours été très présents pour moi. Ils savaient être cools et me laisser de l’intimité, tout en assurant leur rôle de guide et de garde-fou. J’en étais à ces réflexions lorsque je franchis la porte d’entrée. Je ne les vis pas tout de suite, mais à peine entrée, ils s’écrièrent tous en choeur :  
  - Bon anniversaire Melly, et bon retour à la maison !  
La maison était toute décorée de ballons. Partant de l’escalier qui menait aux chambres jusqu’à la porte de la cuisine, une immense banderole était déployée dans le salon. Les lettres multicolores me souhaitaient un bon anniversaire pour mes seize ans. C’était vrai, j’avais eu seize ans. Avec toute cette histoire, cela m’était complètement sorti de la tête. Mais aujourd’hui, mes meilleurs amis étaient là, avec mon père à chanter.
  Lyne me regardait les yeux pétillants. Collés à elle, Megan et Joshua, les inséparables. Une histoire à peine croyable ces deux ! Ils s'étaient connus à la maternelle, la nôtre d’ailleurs et étaient tombés amoureux fous l’un de l’autre. Depuis ils ne se quittaient jamais. On les appelait d’ailleurs souvent M.J. (en clin d’œil à la copine de spider man) comme s’ils ne faisaient qu’une seule et même personne. Lorsqu’on en invitait un à une fête, on invitait les deux. A tel point que l’on parlait souvent d’eux au singulier. De l’autre côté de Lyne, Jessica, qui avait l’air à la fois heureuse et mal à l’aise d’être là. Il fallait dire que mes amis ne l'appréciaient pas plus que moi avant, et ne lui avaient sûrement pas pardonné aussi facilement !  
  Il faudrait que je mette les choses aux points entre eux, c’était sûr !  
  En attendant, ils se jetèrent tous dans mes bras, m’embrassant à qui mieux mieux. Mon père que ma mère avait rejoint me tendit son cadeau.  
  - Bon anniversaire ma chérie, j'espère que ça te plaira. Ce n’est qu’une petite fête surprise sans prétention, on aurait aimé t'offrir une sixteen party plus élaborée, mais tu auras l’occasion d’en organiser une plus tard lorsque tu seras véritablement reposée. On ne voulait pas que tu te fatigues trop.  
  Je regardais mon père, ses prunelles exprimaient la joie et l’anxiété. J’avais dû lui faire très peur à lui aussi. Il me semblait que de nouveaux sillons s’étaient creusés aux coins de ses jolis yeux marrons et que de nouveaux fils blancs étaient venus verser un peu de sel dans le poivre de ses cheveux. Je le serrais fort dans mes bras, enlaçant ma mère du même coup.  
  - Je vous aime, vous êtes les parents les plus formidables. Cette sixteen party me va très bien, je n’en désirais aucune autre.
Je pris leur cadeau, déchirai le papier coloré pour en sortir un pendentif.  
- Houa  !!!! C'est des vrais ? Demandai-je en montrant le collier.  
  Le bijou était composé de cinq petits cercles collés l'un sur l'autre, tous sertis de diamants.
  Mon père hocha la tête affirmativement.  
  - C'est ta pierre de naissance. Ta mère et moi avons pensé que tu pourrais le garder toute ta vie.  
Ma mère me l'accrocha au cou, je me précipitai vers le miroir de l'entrée.  
  Il était magnifique, éclatant, élégant sans être provocateur, une pure merveille. Mon Dieu ! il avait dû leur coûter une fortune ! Je fis la grimace  
  - Merci, vous êtes adorables, mais... il doit... Enfin, vous pensez vraiment que...  
  Ma mère comprit ce que je voulais dire.
- Ne t'inquiète pas pour le prix ma chérie, c'est un cadeau de toute la famille.  
  C'est trop, vous êtes fous, dis-je en me jetant une nouvelle fois à leur cou.  
  Mes amis se pressèrent autour de moi pour admirer le bijou. Puis me tendirent à leur tour des paquets.  
  - Les nôtres sont beaucoup moins biens, commença Lyne, mais c'est tout autant avec le cœur, alors...  
- Écoutez, fallait pas, leur dis-je gênée, votre présence me suffisait et...  
- Allez, stop, ouvre, me coupa-t-elle  
  Je déchirai les papiers sans ménagement, et sortis un joli peignoir couleur pêche, un ensemble de soin du corps, avec lait hydratant, déodorant, crème de soin visage, et perle de bain. Puis un parfum aux agrumes, mon préféré. Je les embrassais à tour de rôle, ravie de ces présents.  
Ma mère me présenta un dernier paquet.  
  - Tiens ma puce, bien qu'ayant participé en bonne partie à l’achat de ton collier, Mamie Fernande t'a envoyé ceci en plus.  
  Mamie Fernande ! Je n'avais pas osé parler de l’étrange vision que j'avais eue d'elle aux docteurs. J'avais eu peur qu'en plus du reste, ils ne me prennent pour une folle et ne me gardent encore dans cet hôpital.  
  Je défis le papier kraft, qui enveloppait le colis, et en sortis un gros livre. On aurait dit un album photo, ou un vieux volume de bibliothèque. Il en avait même l’odeur, cette odeur si caractéristique de vieux papier. La couverture était magnifique, reliée de cuir brun, et ornée de de fines arabesques d’or qui s'entrelaçaient.  
  Je l’ouvris. Il contenait sur une feuille à part, une lettre écrite à l’encre bleue. C’était rapide, concis : « Fais-en bon usage. Je t’aime. Mamie. »

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