Chapitre 5-1 Mauvais contrôle

Chapitre 5 Mauvais contrôle

Eluk tueap


  Le Lendemain quand je me réveillai, j’avais la tête lourde, et l’impression que tout n’avait été qu’un mauvais rêve. Je me dirigeai d’un pas lent et l’esprit embrumé vers la salle de bain, ouvris la porte en bâillant. Je jetai ma chemise de nuit dans la corbeille à linge sale, et passai sous la douche. Le jet chaud et les mouvements de mes mains savonneuses sur ma peau me réveillèrent doucement. Je n’y pris pas garde sur le moment, mais une impression de changement m’envahissait, comme si mon corps avait changé. Mais sans trop savoir ni quelle partie, ni comment. Juste une impression diffuse de rondeur. Pourtant, je n’avais pas pris de hanche, au contraire, il me semblait que celles-ci s’étaient affinées. La bouffe de l'hôpital sûrement ! Il faut dire, que je ne me précipitais pas dessus, j’avais l’habitude des bons petits plats de ma mère, et là, sans être mauvais, cela n’avait rien de bien extraordinaire, c’était de la nourriture industrielle quoi !
Je sortis de la douche, et continuai de me préparer. Il était temps d’essayer ces fameuses crèmes hydratantes que j’avais eues pour mon anniversaire.  
  - Hum, dis-je en commençant à lire l’étiquette : “... gorgée d'extraits de camomille bio et d'eau florale de camomille romaine : hydrate votre peau tout en lui apportant douceur et bien-être, laisse votre peau souple, fraîche et veloutée...”  
Ça m’a l’air pas mal ça ! J’en pris une noisette, l'étalai sur mes jambes. La texture était lisse, et agréable. Mes copines ne s’étaient pas moquées de moi. Je remontai un peu plus haut, et... ne trouvai plus mes petites poignées d’amour et mon bidou. Tiens ! Ce n’était donc pas une impression, maintenant que j’étais bien réveillée, pas de doute, j’avais bien minci ! Je profitai de ma nudité pour me regarder plus précisément dans le miroir.  
  - Ho !! Comment c’est possible  ???
Je n’en croyais pas mes yeux, il fallait que je teste ! Je courus jusqu’à ma commode, ouvris le tiroir de mes sous-vêtements et attrapai le premier soutien-gorge qui me passait sous la main.
  Bon sang ! j’avais pris une taille de bonnet en plus !!!
  Je m’assis sur une chaise. Je ne comprenais plus rien. Je voulais bien que l'hôpital m’ait fait mincir, mais grossir des seins ? C’était du jamais vu !  
Je les palpai à nouveau. C’était bizarre. C’était bien les miens, mais en plus volumineux. En fait, ils étaient tels que je les avais si souvent espérés : un joli 90C ni plus ni moins.
Je scrutai mon nouveau reflet dans la glace de ma chambre. Aucun doute, j’avais changé !
Les cheveux auburn, les seins plus gros, plus beaux, la taille plus marquée, les hanches plus fines, mes fesses plus rondes, mon petit ventre disparu. Même mon visage semblait plus fin, comme enjolivé.
  Houa ! Cette lune rousse commençait à me plaire ! Je me contemplai encore un moment, quand mon réveil sonna 7 h 30  
  Bon sang, avec tout ça, j’allais finir par être en retard au lycée ! Je m’habillai en vitesse, ma culotte était devenue un peu grande, ce n’était pas très agréable, et pas très joli. Bof, tant pis, de toute façon, personne n’irait la voir, à moins que le beau brun ténébreux...non, je déconnai là !
  - Tiens, je me demande si je vais le revoir celui-ci !  
  Ho, zut, du coup, je n’avais plus qu’un seul soutien-gorge à ma taille.  C’était un que j’avais heureusement acheté un jour, sur un coup de tête, pour voir à quoi je ressemblerais avec une poitrine plus forte. J’avais utilisé du coton pour remplir le vide, et j’avais bien aimé ma silhouette. Désormais, plus besoin d’artifice, c’étaient des vrais !
  J'espérai qu’ils n’allaient pas continuer de grossir, ou redevenir plus petits !
Combien de temps pouvaient durer les effets de cette lune ?
  En tout cas, il faudrait que je pense à aller faire les boutiques pour m’acheter de nouvelles fringues ! Il était hors de question que je n’ai plus rien à me mettre ! J’en parlerais à Lyne, on irait sûrement dans la semaine après les cours lorsqu’elle n’aurait pas entraînement des pom-pom girls.  
  Pour l’heure, je n’avais plus le temps d’y penser, mais juste quelques minutes pour engouffrer rapidement quelques céréales et un grand verre de jus de fruits avant qu’elle ne débarque pour m’emmener à l’école.  
  Effectivement, comme toujours, Lyne était à l’heure ! Elle mit un petit coup de klaxon pour me signaler qu’elle était là, et je déboulai dans l’allée.
Je supposai qu’elle avait dû s'apercevoir de quelque chose, car elle ouvrait de grands yeux en me regardant.  
- Houa !!! Dit-elle, tu es magnifique ! On dirait que...Non ! C’est pas possible, tu as pris des seins ? Tu as refait le coup du coton ? Et tes fesses ???  
Je souriais.  
- Non, c’est bien des vrais, et je ne me suis pas fait opérer depuis samedi ! Les hormones, je pense, en tout cas, c’est ce qu’ont dit les docteurs !  
- Hé ben, ça vaut le coup de faire une petite sieste à l’hosto ! Dit-elle en éclatant de rire.  
  C’était Lyne !  Toujours de bonne humeur, toujours contente de ce qui pouvait arriver de bon aux autres.
  Une demi-heure plus tard, nous étions rangées sur le parking. Dès que je fus descendue,  je vis bien que les garçons ne me regardaient plus de la même manière. Les groupes qui traînaient dehors en attendant la sonnerie n’avaient pas pour habitude de se retourner sur mon passage, et leurs saluts n'étaient en principe destinés qu’à Lyne. Mais cette fois-ci, ce ne fut pas le cas.  J'eus même droit en plus à plusieurs compliments qui me réchauffèrent le cœur.  
  Lyne et moi avions choisi les mêmes cours, si bien que nous étions toujours ensemble. La première heure se déroula sans problème. L’histoire était une matière que j’aimai beaucoup, et où je n’avais pas vraiment de difficultés. De plus, cette année on avait de la chance, Mme Warwik, notre professeure, avait une façon d’enseigner qui rendait les cours très vivants. Non seulement cela permettait de bien commencer la journée, mais en plus ça évitait de s'endormir ! Chose que j’avais une fâcheuse tendance à faire l’année passée avec M. Jones ! Il fallait dire, qui n’avait en commun avec Indi que le nom de famille ! Petit, gros, transpirant même en plein hiver, il était ennuyeux à mourir.  Jamais on ne n’en trouverait d’autres tels que lui ! Ses cours étaient si soporifiques qu’il aurait pu travailler dans une salle d’opération comme anesthésiste ! À condition de tenir le chirurgien éveillé bien sûr !  
  La deuxième heure risquait d’être plus dangereuse. J’y retrouvais cette peste de Cynthia, et cet imbécile de Tim !
  Dire que j’avais choisi cette matière pour le voir !    
  Je m’en mordais bien les doigts maintenant !  
J’avais raison, je marchais dans le couloir, la tête baissée espérant ne pas attirer l’attention, mais j’avais été trop naïve !  Cynthia n’était pas Jessica, et dès qu’elle m'aperçut, elle m’apostropha.  
  - He Misse culbuto, tu comptes nous refaire une cascade aujourd'hui ?  
  Lyne la fusilla du regard.  
  - Cynth, tu vas lui foutre la paix un jour ?  
  - Ho c’est bon, Lyne, t'énerves pas, je ne vais rien lui faire à ta petite protégée...  
Elle se tut un moment puis éclata de rire.  
  - Non, dis-moi que je rêve !  Melly, en fait l'hôpital, c’était pour ça ! tu t’es fait refaire les seins !!!  
Elle l’avait presque crié. Tout le monde se retourna en me reluquant la poitrine. Je devins rouge écarlate.  
  - Non ! Elle n’y était pas pour ça, je le sais, moi je suis allée la voir ! Rétorqua Jessica sur un ton de défi.  
  Cynthia parut étonnée de son intervention. Mais elle se ressaisit rapidement, se retourna sur Jessica  et lui lança froidement :  
  - Rien d’étonnant ! Avec les parents que tu as, je pensais bien que tu ne tiendrais pas longtemps avant de tomber toi aussi chez les losers !  
Je ne savais pas ce qu’avaient les parents de Jessica, mais elle en resta sans voix, rougit et recula derrière les autres.  
  Puis elle se tourna à nouveau vers moi.  
  - Donc, si ce n’est pas de la chirurgie, c’est du rembourrage, s’écria-t-elle dans un éclat de rire.  
  - Non, moi je n’en ai pas besoin, dis-je avec un aplomb qui sortait d’on ne sait où. Par contre toi, tu devrais te méfier, le tien se fait la malle ! Ajoutai-je en pointant du doigt un gros morceau de coton qui sortait de son décolleté.  
  - Que?... Quoi ?  
  Elle devint rouge à son tour. Elle sortit le coton de son soutien-gorge, exhortant à qui voulait bien l’entendre que jamais elle n’en mettait, qu’elle ne savait pas d’où il sortait. Mais c’était peine perdue, le reste de la classe était plié de rires par ce retournement de situation. J’en aurais bien profité moi aussi, si je n’avais pas été si abasourdie. Les questions se bousculaient à présent dans ma tête.
   Était-ce moi qui avais fait apparaître ce coton par ma seule volonté ? C’est vrai que j’aurais adoré que ce fût le cas... mais, ce n’était pas possible, ça ne marchait pas ainsi, non ? C’était le simple fruit du hasard ?
Cela m’effraya.  
  - Mais je vous assure, ce n’est pas à moi ! Hurlait-elle, je peux vous le prouver !
Elle allait soulever son T-shirt pour montrer ses seins lorsque  la porte de la salle s’ouvrit. Heureusement pour elle, le prof ne s’en était pas aperçu ! Sinon, l’exclusion lui pendait au nez ! Notre lycée ne faisait pas partie des plus stricts question vestimentaire, et les filles avaient ici le droit de porter des mini jupes et de montrer leur nombril sans problème, mais je doutais que le principal acceptât que l’on monte plus haut.  
  En tout cas, l'incident avait eu du bon, Cynthia m’avait fichu la paix pendant toute l’heure, et s’était dépêchée de sortir à la sonnerie pour ne pas me recroiser. Je ne l’avais plus revue de la journée. Mais aux casiers, alors que je la cherchai pour me moquer d’elle, je crus apercevoir la tête du beau brun dans la foule des élèves et sans que je sache pourquoi, cette vision me chamboula.  
  La rumeur des faux seins de Cynthia avait dû rapidement faire le tour du lycée ! Car le lendemain lors de la pause déjeuner, alors que je mangeais en compagnie de mes amis habituels : Lyne,  M.J. et désormais Jessica qui avait choisi mon camp, plusieurs garçons se tournèrent vers la table de Cynthia en riant, mimant des seins un peu trop gonflés. Je ne m’en fis pas trop pour elle, je savais que Tim qui était capitaine de l’équipe de basket, démentirait très vite l’information, ne serait-ce que pour sa propre réputation ! Le fait qu’il ne l'eut pas défendue tout à l’heure avait d'ailleurs dû mettre du plomb dans l’aile de leur relation, car lorsqu’ils étaient entrés dans la cafétéria, ils avaient l’air de se faire la tête. Étrangement, même si je ne comptais plus du tout sortir avec lui, j’en étais tout de même bien contente. Deviendrais-je méchante ?  
  Franchement, je ne savais pas, et je n'eus pas le temps de me poser plus de questions, car “il” entra dans la salle ! Il était là, au beau milieu d’une cinquantaine de tables et de près de deux cents élèves, mais je ne voyais plus que lui. Nos yeux se croisèrent. Mon cœur s’accéléra d’un coup, doublant la fréquence de ses battements. La même sensation que le vendredi où je l’avais rencontré pour la première fois m’envahit. À la fois électrisante, agréable et terrifiante. Le beau brun ténébreux ! Il me souriait. Je me liquéfiai. Une étrange chaleur emplissait mon ventre.  Il se déplaçait vers moi. Lyne me donna un coup de coude et je me rendis compte que j’étais restée la bouche ouverte à le regarder.  
  - Je peux m'asseoir à côté de vous, demanda-t-il avec sa douce voix.
Son parfum me chavirait, il avait un quelque chose de connu et d'envoûtant, sans que je puisse mettre le doigt sur ce que c’était exactement.  
  - Hein ? Heu oui, bafouillai-je maladroitement.  
  - Melly ? N’est-ce pas ?  
  - Heuu... oui, répondis-je bêtement comme si je ne me souvenais pas de mon prénom.  
  - Enchanté, Jakob James Watt ! Se présenta-t-il en me tendant la main.  
  - Ha Jakob, comme, dans Twilght ! S’écria Joshua qui lui prit la main sans lui laisser le temps de saisir la mienne.  
  Il éclata de rire.  
  - Oui, mais on n’est pas dans un film, et je ne suis pas un gentil loup-garou, plaisanta-t-il, une lueur malicieuse dans les yeux.  
Il avait rengainé sa main, je ne le toucherai donc pas pour cette fois. Et je me retrouvais avec la mienne en l’air, j’en profitais pour me retourner vers Lyne et lui prendre le sel, histoire de ne pas avoir l’air trop bête. Je profitai de l’occasion pour  l'interroger  du regard sur ce qu’il était en train de se passer. Apparemment, elle n’en savait pas plus que moi.  
  - Alors, dis-moi Jakob, qu'est-ce qui t’amène vers nous ? Demanda Lyne avec un brin de soupçon dans la voix.  
  - Rien de précis, dit-il sur un ton qui ne laissait pas présager qu’il eut pris cela pour une attaque. Je venais prendre des nouvelles de Melly, puisque la dernière fois que nous nous sommes vus, elle n’était pas au mieux de sa forme.  
  - Je vais bien ! Merci, répondis-je avec un calme qui me surprit moi-même. Mais puisque tu es là, j’aimerai juste une petite précision.  
  Il hocha la tête pour m’inciter à continuer.  
  - Tu n’avais rien entendu ni vu quoi que ce soit de ce qui venait de se passer lorsque je t’ai...percuté ?  
  - Non, absolument rien ! Me répondit-il avec un sourire. Par contre, j’ai su après !  
  Mon sang ne fit qu’un tour, et l’habituelle boule de contrariété qui s'installait dans mon ventre dans les situations gênantes était revenue prendre sa place.  
  - Ce n’étaient que des ragots, dis-je pour me défendre. Enfin, presque...  
  - Ha ! fit-il, tu n’es donc pas amoureuse de Tim ?
Il me le demanda comme ça ! Sans gêne  ! Devant tout le monde ! Comme si nous nous connaissions depuis toujours !  
  - Non ! répondis-je un peu énervée, et je ne fais pas de trucs dégueulasses avec mon portable non plus !  Vous venez, on va être en retard, dis-je aux autres, saisissant mon plateau et en commençant à partir.  
Il me retint par le poignet, je sentis ses doigts contre ma peau, leur contact m’enivra, je faillis perdre pied.  
  - Et bien j’en suis très content, dit-il, il ne te méritait pas. Il me lâcha, et se retourna pour manger, comme si de rien n’était.  
- Ha... OK... Heu... Merci, bégayai-je, à plus tard peut-être.  
  Il prononça des mots, il me semblait que c'était “oui à plus tard” mais je n’entendais plus rien. Je ne me réveillai de ma torpeur que lorsque je déposai mon plateau sur la pile de sales. Alors qu’il me semblait l’avoir à peine effleurée, celle-ci s'étala à mes pieds. Dans un grand fracas. Je les ramassai en vitesse en m’excusant auprès des dames de service. Une fois relevée, je jetai un coup d’œil à la table d’où je venais pour voir si Jakob m’avait encore surprise dans une situation humiliante, mais il n’y était plus. Je tournai la tête, pour le chercher du regard, mais il était apparemment parti ! Enfin, je ne le trouvais pas du moins !  
  - Ho ! Ho ! Melly, tu viens ? me secoua Megan.
  - Oui, oui, il est étrange ce gars, non ?  
  Elle haussa les épaules.  
  - Ouais, non,  je ne sais pas.  
  - Pas commun, je dirais, ajouta Joshua.  
  - Pas confiance, renchérit Lyne  
  - Pas d’ici, ajouta Jessica.
  Nous nous retournâmes tous vers elle.  
  - Tu le connais ? Demandai-je avidement  
  - Non, je sais juste qu’il n’est ici que depuis deux semaines, j’ai mes cours de sociologie avec lui.  
Les heures suivantes glissèrent sur moi comme une luge le ferait sur de la neige. Il m’aurait bien été impossible de redire de quoi l’on avait parlé en cours. Je n’arrivais pas à me sortir Jakob de la tête. Il y avait chez lui quelque chose qui m’attirait irrémédiablement, pourtant, tout mon être me criait de me méfier.  
  - Melly !!  
  - Hein quoi ?  
  - Mais qu'est-ce qui t’arrive enfin ? Tu es vraiment étrange en ce moment, tu n’as pas décroché un seul mot des deux heures, tu es sûre que tout va bien ?  
Lyne me regardait inquiète, elle sembla hésiter.  
  - Tu devrais peut-être en parler aux docteurs non ?  
  - De quoi ? M’énervai-je, de planer en cours ? Tu vas pas t’y mettre toi aussi ! Crois-moi, ils sont bien incapables de savoir ce qui  se passe en ce moment !  
  Lyne recula, étonnée, ce n’était pas de moi de l’envoyer bouler de cette façon.  
  - Écoute, je... Je suis désolée, ce n’est pas contre toi, mais... je crois que... je... ne sais pas...  
  Elle me coupa.  
  - Laisse tomber, c’est pas grave ! Tu m’en parleras quand tu te sentiras prête.  
J'acquiesçai de la tête, les yeux pleins de gratitude. J’avais une amie en or.  
  - Allez, viens, on va t’acheter des nouvelles fringues, tu te souviens ?  
  Je lui souris.  
  - Oui, allons- y.  

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