chapitre 6 - 2

Le livre était limpide. Les premières pages expliquaient clairement son fonctionnement. Il ne se lisait pas à la manière d’un livre classique, mais s’utilisait plutôt à la façon d’une tablette numérique ou d’un ordinateur. Il suffisait d’inscrire ce que l’on recherchait sur une ligne du haut, et automatiquement, les pages se tournaient à toute vitesse pour afficher celle qui nous intéressait. Exactement comme un moteur de recherche internet ! La similitude ne s'arrêtait d’ailleurs pas là, les pages contenaient des liens qui lorsqu’on les touchait du doigt nous emmenaient sur d’autres pages les concernant. C’était une espèce d’internet en papier dont le contenu paraissait incroyablement fourni. Pas étonnant que je n’avais pas trouvé de table des matières ou de sommaire ! Autre chose étonnante, lorsque l’on feuilletait les pages les unes après les autres, en commençant par le début, le livre était organisé en chapitre de cours sur la magie et du monde magique. La toute première partie expliquait la façon de lancer un sortilège ou une formule magique. Je la lus avec attention. Le principe en était simple :  
  “La plupart du temps, l’enchanteur se contentera de petit mouvement de l’index pour guider le sort vers sa destination”.  
  Je comprenais mieux comment le coton de Cynthia était apparu lorsque j’avais pointé mon doigt vers elle !  
  “Pour des sorts ou des enchantements plus puissants, on devra utiliser une baguette magique comme catalyseur”  
  Une baguette magique ? ! Mais où voulaient-ils que je trouve ce truc ? Je me voyais bien aller au supermarché du coin, chercher une baguette magique, j’aurais l’air très fine !  
  “ telle que celle fournie avec le grimoire.”
  Ha!  J’aurais dû finir de lire la phrase. Je tournai le livre dans tous les sens, mais je n’en voyais pas. Mamie avait dû me l’envoyer sans les accessoires. En même temps, je débutai juste, je n’avais peut-être pas besoin de baguette pour l’instant. Surtout que je n’en avais pas eu lorsque j’avais explosé la porte des toilettes, ni quand je me suis retrouvée à l’autre bout de la ville. Je n’osai imaginer ce que cela aurait pu donner en amplifiant ces sorts involontaires avec un tel outil.  
  J’en étais à ces réflexions lorsque mon regard s'attarda sur le petit crayon qui pendait au bout de la ficelle. Il était beau, finement ouvragé, des dentelles dorées en ornaient le corps.  
  Non ? Ça serait...? Je le pris dans mes mains et le détachai de la ficelle qui le reliait au grimoire. Il vibra entre mes doigts. Ses enluminures se mirent à scintiller rapidement, traçant des chemins dorés. C’était comme si l’on avait mis le feu à de petites traînées de poudre qui partaient du bout le plus bas et allaient jusqu’à la pointe où elles finissaient en une petite gerbe d'étincelles.  
  Bon sang ! C’était la baguette magique ! Un stylo ! J’aurais cru ça beaucoup plus gros !  
  Bah, ce n’était pas grave, il était beau ce stylo. Et plus je le regardais, plus je l’appréciais. Une étrange connexion se formait entre nous. Finalement, elle est parfaite cette baguette ! Je pourrais l’emmener partout avec moi, ce serait bien plus discret qu’un de ces énormes bouts de bois que l’on voit dans les films ou les dessins animés !  
  Bon, et si je passais aux choses sérieuses ? Jeter mon premier enchantement !  
  Le livre était bien fait, il expliquait pas à pas comment se concentrer pour obtenir ce que l’on voulait. J’allai tenter un truc simple, faire voler mon ours en peluche jusqu’à moi.  
  Je me concentrai, pointai du doigt le nounours, fis une petite vague avec le doigt...  
Rien !  
  Bon, mauvais essai, je recommençais, j’avais dû louper un truc. Je relus le paragraphe concernant la lévitation de petits objets. Non, je ne voyais pas où était le problème, j’avais pourtant bien suivi les instructions. Bon, je ressayais.  
  Reconcentration...repointage de doigt, repetites vagues...  
  Rien !  
- Putain, mais c’est nul ce machin !!!  Ça marche pas du tout !  
  C’était quoi ces foutaises !  J’étais censée avoir de supers pouvoirs et je n’étais même pas capable de faire voler mon ours en peluche sur vingt centimètres !!!!  
  Bon, j’allais essayer avec la baguette ! Après tout, c’était fait pour amplifier. On verrait bien si ça marchait cette fois-ci.
  Je pris le petit stylo, celui-ci luisit un moment, puis vibra une nouvelle fois. Je supposais que c’était le signal de mise en route.  
  Je pointai la baguette sur l’ours, concentration, vaguelettes...
  BANG !!!!  
  Une énorme déflagration, semblable à un coup de fusil retentit et la commode de ma chambre explosa en mille morceaux !  
  Je poussais un cri de terreur.  
  - Melly, Melly ! Cria ma mère paniquée, que se passe-t-il ? Ça va ?  
  Je courus jusqu’à la porte et la fermai.  
  - Oui, oui M'man, tout va bien, je faisais un peu de rangement et... J’ai fait tomber un truc. Mais t’inquiète, je vais faire attention.  
  Bon sang, je m’étais mise dans une sale situation ! Comment j’allais l’expliquer à mes parents ? Je regardais les bouts de bois éparpillés dans ma chambre ! Heureusement, j’avais loupé mon nounours. Le pauvre, il avait eu chaud ! je le pris dans mes bras, époussetai les copeaux de sa fourrure et le posai sur mon lit.  
Comment allais-je la réparer ? J’étais tentée de chercher une formule de réparation dans le grimoire, mais vu le résultat de la lévitation... ça me faisait un peu peur.  
  Je pourrai tout de même essayer avec le doigt. C’était moins risqué.  
  J’inscrivis donc sur la ligne de recherche le mot “réparer”. Celui-ci s'effaça immédiatement et les pages du livre se mirent à tourner frénétiquement puis s'arrêtèrent. Il y avait un petit schéma sur le mouvement à suivre avec le doigt et sur la procédure de concentration. Ça ne paraissait pas trop compliqué. Une espèce de triangle, et penser très fort à réparer l’objet cassé.  
  De toute façon, je n’avais pas trop le choix, il me fallait essayer.  
  Quelques gouttes de sueur perlèrent sur mon front. J'étais tendue comme un arc. Je me concentrais de toutes mes forces, il fallait que ça marche ! J’agitais l’index tel que c’était montré sur le dessin et le pointai sur les débris de meuble...  
Rien !  
  L’angoisse et la colère commençaient à monter, les larmes n’allaient pas tarder à arriver. Il était hors de question que je prenne la baguette, je ne voulais pas faire sauter la maison ! Je retentais une nouvelle fois, sans plus de succès. De rage, je pris la baguette, je la pointais sur les bouts de bois, j’allai l’agiter lorsqu’un bruit contre mes carreaux m'arrêta.
…  
  Rien, plus aucun bruit. J’avais rêvé ?  
Plic ! Ça recommençait.  
Quelqu’un jetait des petits gravillons sur ma fenêtre ! Il était malade ou quoi ? J’avais assez cassé de trucs pour la soirée.  
  J’ouvris la fenêtre pour enguirlander la personne qui me faisait cette blague débile, mais lorsque je le vis, je restai une fois de plus la bouche ouverte. Aucun son ne sortit de ma bouche. Décidément, ce soir, j’étais la reine des incompétentes !

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