Le livre
était limpide. Les premières pages expliquaient clairement son
fonctionnement. Il ne se lisait pas à la manière d’un livre
classique, mais s’utilisait plutôt à la façon d’une tablette
numérique ou d’un ordinateur. Il suffisait d’inscrire ce que
l’on recherchait sur une ligne du haut, et automatiquement, les
pages se tournaient à toute vitesse pour afficher celle qui nous
intéressait. Exactement comme un moteur de recherche internet !
La similitude ne s'arrêtait d’ailleurs pas là, les pages
contenaient des liens qui lorsqu’on les touchait du doigt nous
emmenaient sur d’autres pages les concernant. C’était une espèce
d’internet en papier dont le contenu paraissait incroyablement
fourni. Pas étonnant que je n’avais pas trouvé de table des
matières ou de sommaire ! Autre chose étonnante, lorsque l’on
feuilletait les pages les unes après les autres, en commençant par
le début, le livre était organisé en chapitre de cours sur la
magie et du monde magique. La toute première partie expliquait la
façon de lancer un sortilège ou une formule magique. Je la lus avec
attention. Le principe en était simple :
“La
plupart du temps, l’enchanteur se contentera de petit mouvement de
l’index pour guider le sort vers sa destination”.
Je
comprenais mieux comment le coton de Cynthia était apparu lorsque
j’avais pointé mon doigt vers elle !
“Pour
des sorts ou des enchantements plus puissants, on devra utiliser une
baguette magique comme catalyseur”
Une
baguette magique ? ! Mais où voulaient-ils que je trouve
ce truc ? Je me voyais bien aller au supermarché du coin,
chercher une baguette magique, j’aurais l’air très fine !
“ telle
que celle fournie avec le grimoire.”
Ha! J’aurais
dû finir de lire la phrase. Je tournai le livre dans tous les sens,
mais je n’en voyais pas. Mamie avait dû me l’envoyer sans les
accessoires. En même temps, je débutai juste, je n’avais
peut-être pas besoin de baguette pour l’instant. Surtout que je
n’en avais pas eu lorsque j’avais explosé la porte des
toilettes, ni quand je me suis retrouvée à l’autre bout de la
ville. Je n’osai imaginer ce que cela aurait pu donner en
amplifiant ces sorts involontaires avec un tel outil.
J’en
étais à ces réflexions lorsque mon regard s'attarda sur le petit
crayon qui pendait au bout de la ficelle. Il était beau, finement
ouvragé, des dentelles dorées en ornaient le corps.
Non ?
Ça serait...? Je le pris dans mes mains et le détachai de la
ficelle qui le reliait au grimoire. Il vibra entre mes doigts. Ses
enluminures se mirent à scintiller rapidement, traçant des chemins
dorés. C’était comme si l’on avait mis le feu à de petites
traînées de poudre qui partaient du bout le plus bas et allaient
jusqu’à la pointe où elles finissaient en une petite gerbe
d'étincelles.
Bon
sang ! C’était la baguette magique ! Un stylo !
J’aurais cru ça beaucoup plus gros !
Bah,
ce n’était pas grave, il était beau ce stylo. Et plus je le
regardais, plus je l’appréciais. Une étrange connexion se formait
entre nous. Finalement, elle est parfaite cette baguette ! Je
pourrais l’emmener partout avec moi, ce serait bien plus discret
qu’un de ces énormes bouts de bois que l’on voit dans les films
ou les dessins animés !
Bon,
et si je passais aux choses sérieuses ? Jeter mon premier
enchantement !
Le
livre était bien fait, il expliquait pas à pas comment se
concentrer pour obtenir ce que l’on voulait. J’allai tenter un
truc simple, faire voler mon ours en peluche jusqu’à moi.
Je
me concentrai, pointai du doigt le nounours, fis une petite vague
avec le doigt...
Rien !
Bon,
mauvais essai, je recommençais, j’avais dû louper un truc. Je
relus le paragraphe concernant la lévitation de petits objets. Non,
je ne voyais pas où était le problème, j’avais pourtant bien
suivi les instructions. Bon, je ressayais.
Reconcentration...repointage
de doigt, repetites vagues...
Rien !
-
Putain, mais c’est nul ce machin !!! Ça marche pas
du tout !
C’était
quoi ces foutaises ! J’étais censée avoir de
supers pouvoirs et je n’étais même pas capable de faire voler mon
ours en peluche sur vingt centimètres !!!!
Bon,
j’allais essayer avec la baguette ! Après tout, c’était
fait pour amplifier. On verrait bien si ça marchait cette fois-ci.
Je
pris le petit stylo, celui-ci luisit un moment, puis vibra une
nouvelle fois. Je supposais que c’était le signal de mise en
route.
Je
pointai la baguette sur l’ours, concentration, vaguelettes...
BANG !!!!
Une
énorme déflagration, semblable à un coup de fusil retentit et la
commode de ma chambre explosa en mille morceaux !
Je
poussais un cri de terreur.
-
Melly, Melly ! Cria ma mère paniquée, que se passe-t-il ?
Ça va ?
Je
courus jusqu’à la porte et la fermai.
-
Oui, oui M'man, tout va bien, je faisais un peu de rangement et...
J’ai fait tomber un truc. Mais t’inquiète, je vais faire
attention.
Bon
sang, je m’étais mise dans une sale situation ! Comment
j’allais l’expliquer à mes parents ? Je regardais les bouts
de bois éparpillés dans ma chambre ! Heureusement, j’avais
loupé mon nounours. Le pauvre, il avait eu chaud ! je le pris
dans mes bras, époussetai les copeaux de sa fourrure et le posai sur
mon lit.
Comment
allais-je la réparer ? J’étais tentée de chercher une
formule de réparation dans le grimoire, mais vu le résultat de la
lévitation... ça me faisait un peu peur.
Je
pourrai tout de même essayer avec le doigt. C’était moins
risqué.
J’inscrivis
donc sur la ligne de recherche le mot “réparer”. Celui-ci
s'effaça immédiatement et les pages du livre se mirent à tourner
frénétiquement puis s'arrêtèrent. Il y avait un petit schéma sur
le mouvement à suivre avec le doigt et sur la procédure de
concentration. Ça ne paraissait pas trop compliqué. Une espèce de
triangle, et penser très fort à réparer l’objet cassé.
De
toute façon, je n’avais pas trop le choix, il me fallait
essayer.
Quelques
gouttes de sueur perlèrent sur mon front. J'étais tendue comme un
arc. Je me concentrais de toutes mes forces, il fallait que ça
marche ! J’agitais l’index tel que c’était montré sur le
dessin et le pointai sur les débris de meuble...
Rien !
L’angoisse
et la colère commençaient à monter, les larmes n’allaient pas
tarder à arriver. Il était hors de question que je prenne la
baguette, je ne voulais pas faire sauter la maison ! Je
retentais une nouvelle fois, sans plus de succès. De rage, je pris
la baguette, je la pointais sur les bouts de bois, j’allai l’agiter
lorsqu’un bruit contre mes carreaux m'arrêta.
…
Rien,
plus aucun bruit. J’avais rêvé ?
Plic !
Ça recommençait.
Quelqu’un
jetait des petits gravillons sur ma fenêtre ! Il était malade
ou quoi ? J’avais assez cassé de trucs pour la soirée.
J’ouvris
la fenêtre pour enguirlander la personne qui me faisait cette blague
débile, mais lorsque je le vis, je restai une fois de plus la bouche
ouverte. Aucun son ne sortit de ma bouche. Décidément, ce soir,
j’étais la reine des incompétentes !
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