Chapitre 13 - 1 Révélation
Stelindel
Il
commençait à se faire tard. La bataille, les émotions m’avaient
usée. Je n’en pouvais plus, mon corps ne réclamait qu’une seule
chose : dormir ! Dormir, voilà une perspective bien
alléchante, mais je ne pouvais pas. Trop de questions se
bousculaient dans ma tête. J’avais besoin de réponses. Je me
contentais donc, si je puis dire, de l’épaule réconfortante de
Jakob. C’était un réel bonheur que de me retrouver dans ses bras.
Il m’apportait après cette terrible soirée le réconfort et la
douce sensation de sécurité dont j’avais besoin.
Il
me fit asseoir dans un fauteuil tout droit sorti de la Renaissance
italienne. Je ne crois pas en avoir vu d’autres du genre à part
dans un musée. Je tournais la tête, le reste de la décoration
semblait du même acabit.
Je ne
sais pas où monsieur Sperotielli allait trouver ses meubles, mais
sûrement pas chez l’antiquaire du coin ! Chaque parcelle
d’étagère semblait façonnée par un maître-ébéniste, sculptée
dans un bois rare. Le raffinement des dorures n’avait rien de
kitsch. On sentait que tout avait été choisi avec soin et élégance.
Les livres s’étalaient les uns derrière les autres dans des
reliures plein cuir bordeaux et marron. Face à moi, son bureau était
à la fois solennel et chaleureux.
Toutefois,
ma contemplation ne dura pas, Don Sperotielli apparut et
je ne puis m'empêcher de sursauter.
Sans
un mot, sans un regard pour moi, il détacha sa longue cape et
l’accrocha au portemanteau.
Il
s’assit ensuite derrière son bureau. La tête penchée, les mains
croisées devant lui.
-
Merci, me dit-il en levant les yeux.
Houa,
je ne m’attendais pas à ça !
-
Comment ? demandai-je gênée.
-
Merci d’être venue. Je sais le petit différend qu’il y a eu
avec Jakob et je suis content que vous ne nous en teniez pas rigueur.
Comment
ça pas rigueur, qu’en sait-il d’abord ? Je suis peut-être
encore hyper fâchée contre Jak et lui !
-
Je..., commençai-je en voulant l'interpeller sur ce point, puis je
me ravisai. Il ne fallait pas exagérer tout de même ! Et la
gratitude alors !
Je
baissai la tête comme une petite fille prise en faute.
- Non,
merci à vous, sans votre intervention, nous serions probablement
morts à l’heure qu’il est. Merci aussi de vous être occupé de
mes amis, car je suppose que sans le sort d’amnésie que monsieur
Springle leur a administré, leur vie aurait été bouleversée,
voire détruite.
Son
regard devint plus chaleureux.
-
Mon neveu ne s’était pas trompé sur ton compte. Tu es une fille
au grand cœur. C’est aussi ce qui fait que je m'intéresse à toi.
-
Que voulez-vous dire ?
- Jakob
t’a parlé de la prophétie, n’est-ce pas ?
-
Oui, il m’a expliqué.
Cette
phrase me remémora la dispute qui s’en était suivi et mon ventre
se tordit.
-
J’ai de bonnes raisons de penser qu’elle te concerne au plus haut
point.
Oui,
bon, je le savais ! C'était bien là le problème d’ailleurs !
-
Et alors, interrogeai-je, que suis-je censée faire ?
-
Éviter de tomber du mauvais côté ! Dans un premier temps.
- Ça,
je pense qu’il n’y a pas de problèmes ! Si je ne me trompe,
les trois spécimens que l’on vient de rencontrer en étaient,
n’est-ce pas ?
Il
hocha la tête en affirmative.
- Alors
ne vous tracassez pas trop ! Blesser, tuer et torturer les gens
pour le plaisir n’est vraiment pas ce qui m’attire !
Grinçai-je.
Je
ne comprenais pas, pourquoi il nous avait sauvés ? J’aurais
cru que j’étais désormais lavée de tout soupçon ! Le fait
qu’il pensât encore que je puisse tourner mal me blessait
profondément.
-
Si vous avez un doute sur moi, pourquoi être venu ? Finis-je
par lui demander exaspérée!
- Parce
que moi je n’en ai pas ! Me répondit Jakob. Je te connais et
je t’ai vue agir suffisamment pour ne pas en avoir !
Je
jetai un regard à son oncle, qui ne laissa transparaître aucune
réaction.
-
On revient donc au deuxième point ! Me déclara-t-il, votre
apprentissage de la magie !
Je
haussai les épaules.
-
Oui, et alors?...
-
Il va vous falloir étudier durement pour développer et maîtriser
votre pouvoir.
-
Ho, je pense que je peux y arriver. J’ai un livre parfait pour ça,
dis-je sur un ton que j'espérai convaincant.
Don
Sperotielli éclata de rire.
-
J’ai bien peur qu’il vous faille quelques compléments, se
moqua-t-il en montrant sa bibliothèque d’un large geste.
- Quoi ?
Il
était fou ou quoi ? Bon, d’accord, là j’étais crevée, et
je ne voyais peut-être les choses qu’en noir, mais quand même !
La masse de travail qu’il voulait que je fournisse était énorme !!
Je n’allais pas lire tous ces vieux bouquins !
-
Mais j’ai l’école moi, j’ai déjà pas mal de devoirs, de
leçons à apprendre, je n’aurais jamais assez de temps !
-
J’ai bien peur que vous n’ayez pas le choix !
-
Ha bon ! Et pourquoi s’il vous plait ? Questionnais-je,
irritée par cette remarque.
-
Ho, pas à cause de moi, Melly, à cause des autres !
Je
tiquai.
-
Oui, Melly, ceux que vous avez rencontrés ce soir ne sont pas
seuls ! Beaucoup d’enchanteurs ne partagent pas notre point de
vue sur les Moris. Ils les méprisent, et n'hésitent pas à les tuer
ou à leur faire du mal par simple plaisir.
Et
le plus important : L’enchanteur brun de ce soir vous a
identifiée comme la potentielle Lune rousse de la prophétie !
La rumeur va se répandre. Il ne fait aucun doute que lorsque
celle-ci arrivera aux oreilles de Dezmarc, il cherchera à vous
“rencontrer”.
-
Qui ?
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