Chapitre 15- 1 Pas si simple

Chapitre 15 Pas si simple  

Nea si Mori

  - Alors, raconte, me dit Jessica en sautillant sur place.
  M.J. me regardaient eux aussi avides d’en savoir plus.
  La cafet' du lycée était pleine, je croquais dans un nugget, comment allai-je leur expliquer ce qu’il s’était passé ce week-end, sans trop leur mentir et sans leur dire l’impossible vérité ?
  Lyne me regardait. Nous n’avions pas eu le temps de parler toutes les deux de ce qui s’était véritablement passé, mais je sentais dans ses yeux qu’elle soupçonnait quelque chose.
  - Oui, comment ça s’est passé après ton départ ? Est-ce qu’il t’a fait le grand jeu, romantique, et tout ? Demanda Megan.
  - Non, pas jusque-là, mais disons que ça s’est bien passé. On a beaucoup discuté. (Ce qui était vrai ! là, je ne mentais pas). Il m’a emmené chez lui, puis on a passé la nuit ensemble.
Ils ouvrirent tous de grands yeux.
  - Quoi ? Tu l’as fait alors ? Me demanda Lyne
  - Non, dis-je en secouant la tête, on a dormi ensemble, c’est tout.
  - Ha bon ? dit Jessica étonnée. Pourquoi ?
  - On a bien le temps pour ça, dis-je à moitié convaincue.
  Je ne voulais pas entrer dans les détails avec eux, mais les souvenirs de cette nuit me revinrent, et m'empourprèrent les joues
  - Et vous ? Demandais-je pour changer de conversation.
  - Ho, les choses se sont plutôt bien passées aussi, dit Joshua. Pour faire rapide, Jess est désormais avec Mike, et Lyne avec Spike, et à en croire le raffut qu’ils ont fait, leur nuit n’a pas semblé monotone.
  - N’importe quoi ! S'offusqua Lyne, je suis restée aussi sage que Melly, le raffut venait de votre tente Josh !
  - Heu, non, rectifia Megan, pas possible, dit-elle en montrant son ventre. Pour nous c’était on ne peut plus calme.
  Tous les regards se tournèrent donc vers Jessica qui rougit aussitôt.
  - Je... heu, je ne savais pas que vous nous entendiez que... Mike est tout simplement génial ! Gloussa-t-elle.
  - On ne peut pas en dire autant de Cynthia et Emmy, s'esclaffa Megan. Aux dernières nouvelles, Tim faisait circuler la rumeur qu’elles seraient de véritables glaçons.
  Cette remarque fit bien rire les autres. Mais moi je me sentais mal à l’aise avec cette histoire. J’étais la seule à savoir la vérité, et savais par la même occasion que le comportement des filles ce soir-là n’avait rien de naturel.
  - Tiens, autre chose étrange de la soirée, on nous a volé pendant la nuit la moitié des bières que Tyler et Randy avaient apportées. Ça ne serait pas toi qui les aurais prises pour te soûler avec Jakob, et abuser de lui ? dit Joshua en éclatant de rire.
  - Super marrant, tu sais très bien que je ne bois pas, et j'espère bien ne pas en avoir besoin pour qu’il ait envie de moi !
  Sur ce, la sonnerie nous tira du réfectoire.
  - Melly ! M’appela Lyne en laissant filer les autres devant nous.
  Je me retournai.
  - Quoi ?
  - Que s’est-il réellement passé samedi ?
  - Pourquoi me demandes-tu ça ? Tu le sais bien non ?
  - Melly, je suis ton amie, ne me prends pas pour une andouille, je sais que quelque chose de pas normal est arrivé. Sinon comment expliquerais-tu qu’aucun de nous ne se souvienne d’une grosse partie de la nuit.
  Je baissais les yeux. Je savais que je pouvais faire confiance à Lyne, mais je n’étais pas sûre que ce soit une bonne idée de la replonger dans cette histoire.
  - Des choses qu’il vaudrait mieux que tu ignores Lyne, pour ta propre sécurité.
  - Melly, je veux savoir ! N'oublie pas notre pacte !
  - Ho Lyne ! Ne fais pas ça !
  Lyne savait parfaitement qu’en me disant cela, je ne pourrais pas lui refuser la vérité. Un pacte nous liait depuis l’enfance. Un jour que nous étions encore toutes petites, au tout début de l’école primaire, nous avions fait une grosse bêtise toutes les deux à cause d’un mensonge. Sans le vouloir, nous avions mis nos vies en danger. La chance avait fait que nous nous étions sauvées mutuellement et depuis ce jour, nous avions juré de ne plus jamais nous mentir l’une à l’autre et de rester amies pour la vie. Cela faisait dix ans que nous respections ce voeu, et je ne me voyais pas le rompre.
  - Lyne je ne crois pas que ça soit bien que tu saches.
  - Melly, s’il te plait. Tu sais bien que s’il devait m’arriver quelque chose, je préférerais savoir.
  - OK, je te raconterai tout en rentrant.
  En attendant, nous repartîmes en cours. La botanique me semblait énormément ennuyeuse aujourd’hui. En fait, je crois que Jakob me manquait. Je n’arrivais pas à me concentrer sur les propos de Madame Greendle. Mes pensées ne se tournaient que vers l’homme qui faisait battre mon cœur plus vite en ce moment. La tête soutenue par mon bras, je laissais vagabonder mon esprit.
  -  Melly, concentre- toi  !
  - Hein quoi, qu’est-ce que tu dis ? Sursautai-je
  Lyne se retourna vers moi.
  - Rien, je n’ai rien dit !
  - Ce n’est pas toi qui viens de me parler ?
  - Ma Lylie, je crois que la digestion t’a un peu endormie, s’esclaffa Lyne, tu as dû rêver.
  Je me renfrognai, j'étais persuadée de ne pas dormir. J’avais bien entendu quelqu’un me parler, j’en étais sûr, je n’étais pas folle bon sang ! En plus, cette voix, NOM D'UN CHIEN !
  - Jak, c’est toi ? Tu m’entends ?
  - Oui, Melly, c’est bien moi.
  - Mais où es-tu ? Comment se fait-il que tu parles dans ma tête ?
  - Télépathie Melly, tu sais le lien entre nous.
  - Mais comment ça marche ? Pourquoi ne t’entends-je que maintenant ?
  - Je ne sais pas, c’est la première fois que je fais ça aussi. Je pensais fort à toi et tout à coup, je t’ai entendu dans ma tête.
  - Heuu... quoi ? Tu as entendu quoi là ? Demandai-je gênée.
  - Disons que j’entendais ce que tu pensais de moi il y a quelques instants, les bisous partout, mon corps attirant et tout ce genre de choses, s’esclaffa-t-il
  - He, mais tu exagères, ça ne t’était pas adressé, tu n’avais pas le droit de lire ça !
  - Hola, je n’y suis pour rien, je n’ai fait que t’entendre, c’est toi qui criais dans ma tête.
  - D’abord, je ne criais pas, monsieur le prétentieux ! Je... poétisais
  Jakob éclata de rire.
  - N’empêche madame la poétesse, je n’en suis pas la cause.
  - Dis, je crois qu’il va falloir qu’on trouve comment ça marche ce truc, sinon, je vais être obligée de blinder mes pensées ! Et l’auto-censure ne m'intéresse absolument pas ! Je veux être libre de penser ce que je veux quand je le veux.
  - Tu ne veux plus me parler ?
  - Ce n’est pas ça, mais j’ai droit à un jardin secret non ?
  - Oui, bien sûr, mais je trouve ça tellement cool de pouvoir te parler à distance sans que les autres s’en aperçoivent.
  Je regardais madame Greendle nous faire un schéma au tableau sans comprendre ce qu’elle disait.
  - Moi aussi je trouve ça cool Jak, mais j’aimerai le maîtriser un peu plus.
  -...
  - Jak ? Tu ne me captes plus ?
  - Si, si, mais le prof me demandait un truc.
  Tu passes chez mon oncle tout à l’heure ?
  - Normalement, j’y serai pour seize heures, et toi ?
  - Oui, je serai là. Tu veux que je vienne te chercher chez toi ?
  Je n’en avais plus besoin, je pouvais m’y rendre d’un coup de baguette magique, mais la perspective d’un moment seule avec Jakob me plaisait bien plus encore.
  - Oui, passe me prendre s’il te plaît, j’ai tellement hâte de te voir.
  - Hein quoi ? me demanda Lyne, mais à qui parles-tu ?
  - Je... non, rien, je...
  - Je t’attendrais, mais là, je dois te laisser, désolée bisous mon cœur.
  Ho bon sang, je l’avais appelé mon cœur ???
  - Melly, à qui parlais-tu ?
  - À Jak, avouais-je.
  Lyne ouvrit de grands yeux.
  - Tu arrives à communiquer avec lui à distance ?
- Apparemment oui, mais je ne sais pas trop comment ça marche, ça vient juste d’arriver. Enfin, presque.
  Lyne fronça les sourcils.
  - Comment ça presque ?  Est-ce que ça fait partie des trucs que tu dois me dire ?
  J'acquiesçai, et redoutai un peu sa réaction future.
Je n’aurais pas dû. Une fois de plus Lyne était égale à elle-même. Je lui avais tout raconté, les enchanteurs noirs, l’intervention de l’oncle de Jakob, M. Springle, et Dezmarc. Elle n’avait pas moufté, elle avait conduit stoïquement jusqu’à mon allée.
  - Je le savais Melly, j’étais sûre qu’il s’était passé quelque chose de grave. Tout cela était resté enfoui dans ma mémoire, et lorsque tu m’en as parlé, tout est revenu. Je me souviens maintenant.
  Lyne fit une mine de dégoût. Son visage s’assombrit
  - Le grand mec blond, sa braguette ouverte près de ma bouche, puis sa main sur ma cuisse, bheuu.
Elle frissonna, ses yeux brillèrent, je vis une larme roulée sur sa joue.  
  - Merci Melly, sans toi...
  Je la pris dans mes bras et la serrai fort.
  - Je te le devais bien, pour toutes les fois où c’est toi qui m’a sortie du pétrin. Et puis c’était aussi à cause de moi s’ils étaient là !
  - Non, Melly, ce n’était pas de ta faute, et tu as risqué ta vie pour nous, je me souviens, c’était... terrible.
  - Je suis désolée ma Lylie, je ne voulais pas que tu revives ces moments, voilà pourquoi je préférais éviter le sujet.
  Lyne me fit un petit sourire.
  - Ne t’inquiète pas, je crois que monsieur Springle, me dit-elle en lui faisant un bonjour de la main par la fenêtre, a bien fait son œuvre. Même si j’en suis blessée, je n’en garde aucun traumatisme.
  Cet aveu me réconforta un peu.
  - Tu vas étudier alors ?

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