Chapitre 15 - 2

  - Je n’ai pas le choix. Ce Dezmarc m’y force, et puis je crois que j’en ai aussi très envie. C’est une partie de moi. Je dois la connaître.
  Jak passe me prendre tout à l’heure, je ne sais pas ce que me réserve son oncle, mais je suis impatiente, j’aimerais bien qu’il m’explique aussi comment fonctionne la télépathie, car c’est à la fois grisant et déroutant.
  - J’imagine ! Savoir que quelqu’un lit dans mes pensées me perturberait ! Dit Lyne en faisant la grimace. Tu n’y arrives qu’avec Jakob n’est-ce pas ? Ajouta-t-elle l’air inquiet.
  - Non, je pense que je peux le faire avec tout le monde. Je suis persuadée que ça m’est déjà arrivé avec Jessica. Avant d’avoir mon pendentif, lors de mon anniversaire. Mais jamais avec toi rassure- toi ! Et puis, je n’aimerais pas. J’aurais l’impression de violer ton intimité.
  - Ho zut, déjà 14 h 30, faut que j’y aille, on a entraînement, il y a un match ce week-end. Tu me raconteras hein ? demanda Lyne.
  - Bien sûr, dis-je en montrant mon smartphone, si la magie ne passe pas, les SMS fonctionnent.
  Je sortis de la voiture et remontai l’allée en faisant un dernier coucou d'au revoir à ma meilleure amie. J’étais heureuse. Il faisait beau et, je l'espérai, j’avais encore de belles choses à découvrir.
  Une heure plus tard, Jakob sonnait à ma porte. Sa Camaro garée dans la rue me rappela notre première rencontre ici, lorsqu’il avait jeté des cailloux contre ma vitre pour m’appeler. J’étais bien loin à ce moment-là de me douter de la tournure qu’allaient prendre les choses.
  J’ouvris la porte et me jetai dans ses bras. Son parfum me chavira. La douceur de sa peau m'électrisa. Il pencha la tête vers moi, et je l’embrassai amoureusement. Ses lèvres humides me faisaient fondre. Ma langue glissa subrepticement dans sa bouche à la rencontre de la sienne et s’enroula autour d’elle jouant de ses mouvements dans une danse de tendresse et de volupté.
  - Tu m’as manqué, me souffla-t-il.
  - Toi aussi, répondis-je en plaquant mon corps contre le sien.
  Il y répondit en posant ses mains sur mes fesses et en pressant mon bassin un peu plus fort contre le sien.
  - Hum, restons sages, lui dis-je en l’embrassant à nouveau, mais en le repoussant tout de même. Ton oncle nous attend, et je te rappelle que M. Springle a toujours son œil rivé à la fenêtre.
  Jakob éclata de rire.
  - Je ne sais pas quels sont les accords qu’il a passés avec ta grand-mère, mais effectivement, suivant le type de protection qu’il doit t’accorder, je ne voudrais pas qu’il m'envoie un sortilège dans le dos pour refroidir mes ardeurs.
  J’éclatai de rire à mon tour, mais cette question me trottait toujours dans la tête, il faudrait bien que je mette cette histoire au clair, vivement que Mamie rentre de son voyage !
  - On y va ? Tu as pris tes affaires ?
  - Oui, baguette dans la poche et grimoire dans le sac à main !
  - Alors allons-y, dit-il en m'entraînant dans sa voiture.
  La ville défila rapidement et en quelques trop courtes minutes nous passions sous le portail automatique de son garage.
  Lorsque j’entrais dans la bibliothèque, monsieur Sperotielli m’y attendait déjà. Il avait installé une grande table de travail en ébène ouvragée au milieu de la pièce.
  - Ha, bonjour Melly, dit-il en m’apercevant. Assieds-toi, je t’en prie.
  Je pris une chaise, posai mon gilet dessus, m’assis et sortis ma baguette sur la table.
  - Bon ! J’ai bien réfléchi au programme qu’il te faudra étudier. Nous allons y aller progressivement, tu commenceras par des choses assez simples, puis de plus en plus élaborées. J’ai sélectionné différentes matières qui te seront indispensables : pratique des sortilèges de défense bien sûr, mais pas uniquement ! Tout ce que tu sauras pourra t'être utile. Déverrouillage de porte, sortilège d’invisibilité, camouflage d’objet, mais aussi astronomie et astrologie, ou encore histoire des enchanteurs et créatures magiques. Il sortit une pile de livres et les fit voler jusqu’à moi.
  Tiens, c’est ce sort-là qui avait fait exploser ma commode la première fois que j’ai tenté de m’en servir ! Faudra que je l'apprenne, ça peut être intéressant !
  - Je me consacrerai surtout à t’enseigner les matières théoriques, pour le reste, Jakob a accepté d’étudier avec toi. Et comme je te l’avais dit, je pense que ton grimoire devrait faire l’affaire, non ?
  - Je pense oui, vous voulez y jeter un coup d’œil ? Demandais-je poliment.
  - Je ne pense pas que je puisse le lire Melly, tous les grimoires sont protégés par un sort qui empêche qui que ce soit d’autre que son propriétaire de le lire.
  - Pas le mien, Jakob arrive à voir ce qui est marqué dessus. Regardez, dis-je en tendant la main.
  Bruno Sperotielli prit le livre l’air dubitatif.
  - Je ne vois rien Melly, pour moi les pages sont blanches.
  - Quoi ? Mais comment est-ce possible ? Pourquoi cela fonctionne-t-il avec Jakob alors ?
  - Je l’ignore, comme j’ignore comment un tel lien peut exister entre lui et toi !
  Je ne comprenais pas.
  - Que voulez-vous dire ?
  - Un grimoire n'apparaît normalement qu’au membre d’une même famille. Par exemple, Jakob peut lire le mien depuis que ses parents sont morts.
  - Quoi ? Est-ce que vous insinuez que Jakob...
  - … Serait de ta famille, oui !  
  - Non, c’est impossible ! Ça serait trop horrible !
  Les hypothèses les plus folles déferlaient dans mon esprit. Jakob, un parent très proche ? Ho mon dieu, je suis amoureuse de mon frère, de mon cousin ! Non ! Je ne veux pas, ça ne se peut pas ! Il doit bien y avoir une autre raison, je ne veux pas cesser d’aimer Jak ! Et l’on ne peut pas aimer un frère comme je l’aime. Je le sentais, il faisait vibrer chacune de mes cellules, dès qu’il me touchait, j’étais prise d’une envie folle de son corps, il était mon moi manquant, ma moitié perdue, pas mon frère ! Et puis comment pourrait-il l’être ? Mon père n’aurait jamais trompé ma mère, ce n’était pas possible, il l’aimait trop ! Non, je refusais cette éventualité. Ho, Jak ! Non, Mon Jak !
  - Melly, calme-toi, je suis sûr qu’il y a une autre explication, ne t’inquiète pas.
  - Jak, c’est toi ? Où es-tu ?
  - J’arrive.
  Sur ce, la porte s’ouvrit laissant passer Jakob.
  - Je n’y crois pas non plus, nous ne sommes pas de la même famille.
  Don Sperotielli montra son neveu en haussant les épaules.
  - Voilà ! Encore une chose que je ne peux expliquer ! Comment se fait-il que vous puissiez communiquer comme ça ?
  - D’ailleurs, à ce propos, est-ce que vous savez comment on allume ou on éteint ce truc ? Demandais-je, j’aime bien, mais je voudrais quand même conserver une certaine intimité !
  - Je n’en ai aucune idée ! Normalement pour faire de la télépathie, il faut se concentrer énormément, faire le vide dans son esprit, puis ne penser qu’au message que l’on veut envoyer et ensuite prononcer une formule. Mais chez vous, la connexion semble permanente !
  Décidément pour un type qui devait m’apprendre des choses, je le trouve bien incompétent !
  - Moi je trouve ça marrant, dit Jak en me glissant un sourire. Et puis tout à l’heure, tu as bien réussi à couper. Comment as-tu-fait ?
  - Je ne sais pas, je crois que je l’ai juste pensé, un peu comme lorsque tu vas raccrocher ton téléphone, mais là, sans que je joigne le geste à la parole.
  - Tu m’entends là ?
  - Oui, bien sûr.
  - Tu n’es pas mon frère Jak ?
  - Non Melly, je suis ton petit ami.
  - Je t’aime Jak
  - Moi aussi je t’aime Melly.
  - Heu, regarde ton oncle, je crois qu’il se sent un peu exclu de la conversation là, pensais-je en riant.
  - Bon, si l’on se mettait au travail ? Demanda monsieur Sperotielli.
  J'acquiesçais. Jakob nous laissa. Et je me plongeais dans un bouquin d’histoire de la magie.
  C’était difficile, les termes étaient compliqués, je mélangeais les dates et les personnages. Si j’en croyais ce qui était marqué, l’origine des enchanteurs remontait à l’Atlantide bien avant notre ère. Alors que nous n’étions que de vulgaires hommes préhistoriques, là-bas en Atlantide, vivait toute une société structurée entièrement magique. Jusqu’au jour où un conflit des plus importants les opposa. Une guerre terrible s’en suivit et mit fin à leur continent. Les rares survivants émigrèrent sur nos continents, leur influence poussant certaines populations à évoluer plus dans un sens que dans un autre. On retrouve leur trace dans l’histoire et dans les différentes sociétés sous le nom d’oracles, de magiciens, de chamanes ou de prêtres et même d’enchanteurs comme ce fut le cas pour Merlin.
  Certains se firent même passer pour des dieux, ou des démons, entrant ainsi au Panthéon des civilisations les plus grandes.
  C’était véritablement intéressant, mais pas si simple  !
  Lorsque je ressortis de leur maison, la nuit était tombée. J’avais mal à la tête. Elle était pleine à craquer et j’avais l’impression que plus rien ne pourrait y entrer. Jakob me raccompagnait. Il fallait que je rentre, ma mère allait s’inquiéter et je ne pouvais pas me matérialiser dans ma chambre sans qu’elle ne me voie passer la porte d’entrée. Du moins, je le prétextais, cela me faisait une bonne raison pour profiter encore un peu de la présence de Jakob
  - Te voilà arrivée à bon port, me dit Jak au bout de quelques minutes.
  - Je n’ai pas envie que tu partes, grimaçais-je. Mais je doute que mon père ne voit pas d’un très bon œil ta présence dans mon lit !
  - Je peux te rejoindre après si tu veux. Appelle-moi dès que tu es dans ta chambre !
  L’idée me ravit. Je l’embrassais, et fonçais sur le perron.

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