-
Je n’ai pas le choix. Ce Dezmarc m’y force, et puis je crois que
j’en ai aussi très envie. C’est une partie de moi. Je dois la
connaître.
Jak
passe me prendre tout à l’heure, je ne sais pas ce que me réserve
son oncle, mais je suis impatiente, j’aimerais bien qu’il
m’explique aussi comment fonctionne la télépathie, car c’est à
la fois grisant et déroutant.
-
J’imagine ! Savoir que quelqu’un lit dans mes pensées me
perturberait ! Dit Lyne en faisant la grimace. Tu n’y arrives
qu’avec Jakob n’est-ce pas ? Ajouta-t-elle l’air inquiet.
-
Non, je pense que je peux le faire avec tout le monde. Je suis
persuadée que ça m’est déjà arrivé avec Jessica. Avant d’avoir
mon pendentif, lors de mon anniversaire. Mais jamais avec toi
rassure- toi ! Et puis, je n’aimerais pas. J’aurais
l’impression de violer ton intimité.
-
Ho zut, déjà 14 h 30, faut que j’y aille, on a entraînement, il
y a un match ce week-end. Tu me raconteras hein ? demanda Lyne.
-
Bien sûr, dis-je en montrant mon smartphone, si la magie ne passe
pas, les SMS fonctionnent.
Je
sortis de la voiture et remontai l’allée en faisant un dernier
coucou d'au revoir à ma meilleure amie. J’étais heureuse. Il
faisait beau et, je l'espérai, j’avais encore de belles choses à
découvrir.
Une
heure plus tard, Jakob sonnait à ma porte. Sa Camaro garée dans la
rue me rappela notre première rencontre ici, lorsqu’il avait jeté
des cailloux contre ma vitre pour m’appeler. J’étais bien loin à
ce moment-là de me douter de la tournure qu’allaient prendre les
choses.
J’ouvris
la porte et me jetai dans ses bras. Son parfum me chavira. La douceur
de sa peau m'électrisa. Il pencha la tête vers moi, et je
l’embrassai amoureusement. Ses lèvres humides me faisaient fondre.
Ma langue glissa subrepticement dans sa bouche à la rencontre de la
sienne et s’enroula autour d’elle jouant de ses mouvements dans
une danse de tendresse et de volupté.
-
Tu m’as manqué, me souffla-t-il.
-
Toi aussi, répondis-je en plaquant mon corps contre le sien.
Il
y répondit en posant ses mains sur mes fesses et en pressant mon
bassin un peu plus fort contre le sien.
-
Hum, restons sages, lui dis-je en l’embrassant à nouveau, mais en
le repoussant tout de même. Ton oncle nous attend, et je te rappelle
que M. Springle a toujours son œil rivé à la fenêtre.
Jakob
éclata de rire.
-
Je ne sais pas quels sont les accords qu’il a passés avec ta
grand-mère, mais effectivement, suivant le type de protection qu’il
doit t’accorder, je ne voudrais pas qu’il m'envoie un sortilège
dans le dos pour refroidir mes ardeurs.
J’éclatai
de rire à mon tour, mais cette question me trottait toujours dans la
tête, il faudrait bien que je mette cette histoire au clair,
vivement que Mamie rentre de son voyage !
-
On y va ? Tu as pris tes affaires ?
-
Oui, baguette dans la poche et grimoire dans le sac à main !
-
Alors allons-y, dit-il en m'entraînant dans sa voiture.
La
ville défila rapidement et en quelques trop courtes minutes nous
passions sous le portail automatique de son garage.
Lorsque
j’entrais dans la bibliothèque, monsieur Sperotielli m’y
attendait déjà. Il avait installé une grande table de travail en
ébène ouvragée au milieu de la pièce.
-
Ha, bonjour Melly, dit-il en m’apercevant. Assieds-toi, je t’en
prie.
Je
pris une chaise, posai mon gilet dessus, m’assis et sortis ma
baguette sur la table.
-
Bon ! J’ai bien réfléchi au programme qu’il te faudra
étudier. Nous allons y aller progressivement, tu commenceras par des
choses assez simples, puis de plus en plus élaborées. J’ai
sélectionné différentes matières qui te seront indispensables :
pratique des sortilèges de défense bien sûr, mais pas uniquement !
Tout ce que tu sauras pourra t'être utile. Déverrouillage de porte,
sortilège d’invisibilité, camouflage d’objet, mais aussi
astronomie et astrologie, ou encore histoire des enchanteurs et
créatures magiques. Il sortit une pile de livres et les fit voler
jusqu’à moi.
Tiens,
c’est ce sort-là qui avait fait exploser ma commode la première
fois que j’ai tenté de m’en servir ! Faudra que je
l'apprenne, ça peut être intéressant !
-
Je me consacrerai surtout à t’enseigner les matières théoriques,
pour le reste, Jakob a accepté d’étudier avec toi. Et comme je te
l’avais dit, je pense que ton grimoire devrait faire l’affaire,
non ?
-
Je pense oui, vous voulez y jeter un coup d’œil ?
Demandais-je poliment.
-
Je ne pense pas que je puisse le lire Melly, tous les grimoires sont
protégés par un sort qui empêche qui que ce soit d’autre que son
propriétaire de le lire.
-
Pas le mien, Jakob arrive à voir ce qui est marqué dessus.
Regardez, dis-je en tendant la main.
Bruno
Sperotielli prit le livre l’air dubitatif.
-
Je ne vois rien Melly, pour moi les pages sont blanches.
-
Quoi ? Mais comment est-ce possible ? Pourquoi cela
fonctionne-t-il avec Jakob alors ?
-
Je l’ignore, comme j’ignore comment un tel lien peut exister
entre lui et toi !
Je
ne comprenais pas.
-
Que voulez-vous dire ?
-
Un grimoire n'apparaît normalement qu’au membre d’une même
famille. Par exemple, Jakob peut lire le mien depuis que ses parents
sont morts.
-
Quoi ? Est-ce que vous insinuez que Jakob...
-
… Serait de ta famille, oui !
-
Non, c’est impossible ! Ça serait trop horrible !
Les
hypothèses les plus folles déferlaient dans mon esprit. Jakob, un
parent très proche ? Ho mon dieu, je suis amoureuse de mon
frère, de mon cousin ! Non ! Je ne veux pas, ça ne se
peut pas ! Il doit bien y avoir une autre raison, je ne veux pas
cesser d’aimer Jak ! Et l’on ne peut pas aimer un frère
comme je l’aime. Je le sentais, il faisait vibrer chacune de mes
cellules, dès qu’il me touchait, j’étais prise d’une envie
folle de son corps, il était mon moi manquant, ma moitié perdue,
pas mon frère ! Et puis comment pourrait-il l’être ?
Mon père n’aurait jamais trompé ma mère, ce n’était pas
possible, il l’aimait trop ! Non, je refusais cette
éventualité. Ho, Jak ! Non, Mon Jak !
-
Melly, calme-toi, je suis sûr qu’il y a une autre explication, ne
t’inquiète pas.
-
Jak, c’est toi ? Où es-tu ?
-
J’arrive.
Sur
ce, la porte s’ouvrit laissant passer Jakob.
-
Je n’y crois pas non plus, nous ne sommes pas de la même famille.
Don
Sperotielli montra son neveu en haussant les épaules.
-
Voilà ! Encore une chose que je ne peux expliquer !
Comment se fait-il que vous puissiez communiquer comme ça ?
-
D’ailleurs, à ce propos, est-ce que vous savez comment on allume
ou on éteint ce truc ? Demandais-je, j’aime bien, mais je
voudrais quand même conserver une certaine intimité !
-
Je n’en ai aucune idée ! Normalement pour faire de la
télépathie, il faut se concentrer énormément, faire le vide dans
son esprit, puis ne penser qu’au message que l’on veut envoyer et
ensuite prononcer une formule. Mais chez vous, la connexion semble
permanente !
Décidément
pour un type qui devait m’apprendre des choses, je le trouve bien
incompétent !
-
Moi je trouve ça marrant, dit Jak en me glissant un sourire. Et puis
tout à l’heure, tu as bien réussi à couper. Comment as-tu-fait ?
-
Je ne sais pas, je crois que je l’ai juste pensé, un peu comme
lorsque tu vas raccrocher ton téléphone, mais là, sans que je
joigne le geste à la parole.
-
Tu m’entends là ?
-
Oui, bien sûr.
-
Tu n’es pas mon frère Jak ?
-
Non Melly, je suis ton petit ami.
-
Je t’aime Jak
-
Moi aussi je t’aime Melly.
-
Heu, regarde ton oncle, je crois qu’il se sent un peu exclu de la
conversation là, pensais-je en riant.
-
Bon, si l’on se mettait au travail ? Demanda monsieur
Sperotielli.
J'acquiesçais.
Jakob nous laissa. Et je me plongeais dans un bouquin d’histoire de
la magie.
C’était
difficile, les termes étaient compliqués, je mélangeais les dates
et les personnages. Si j’en croyais ce qui était marqué,
l’origine des enchanteurs remontait à l’Atlantide bien avant
notre ère. Alors que nous n’étions que de vulgaires hommes
préhistoriques, là-bas en Atlantide, vivait toute une société
structurée entièrement magique. Jusqu’au jour où un conflit des
plus importants les opposa. Une guerre terrible s’en suivit et mit
fin à leur continent. Les rares survivants émigrèrent sur nos
continents, leur influence poussant certaines populations à évoluer
plus dans un sens que dans un autre. On retrouve leur trace dans
l’histoire et dans les différentes sociétés sous le nom
d’oracles, de magiciens, de chamanes ou de prêtres et même
d’enchanteurs comme ce fut le cas pour Merlin.
Certains
se firent même passer pour des dieux, ou des démons, entrant ainsi
au Panthéon des civilisations les plus grandes.
C’était
véritablement intéressant, mais pas si simple !
Lorsque
je ressortis de leur maison, la nuit était tombée. J’avais mal à
la tête. Elle était pleine à craquer et j’avais l’impression
que plus rien ne pourrait y entrer. Jakob me raccompagnait. Il
fallait que je rentre, ma mère allait s’inquiéter et je ne
pouvais pas me matérialiser dans ma chambre sans qu’elle ne me
voie passer la porte d’entrée. Du moins, je le prétextais, cela
me faisait une bonne raison pour profiter encore un peu de la
présence de Jakob
-
Te voilà arrivée à bon port, me dit Jak au bout de quelques
minutes.
-
Je n’ai pas envie que tu partes, grimaçais-je. Mais je doute que
mon père ne voit pas d’un très bon œil ta présence dans mon
lit !
-
Je peux te rejoindre après si tu veux. Appelle-moi dès que tu es
dans ta chambre !
L’idée
me ravit. Je l’embrassais, et fonçais sur le perron.
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