Chapitre 16 -2


  - Ben en fait, Jakob est américain aussi, dis-je d’une voix mal assurée. Sa famille est d’origine italienne par sa mère, mais son père s’appelait Watt.
  - Et alors ? Ce n’est pas lui qui aurait pu accoucher de jumeau.
  - Mais ma mère...
  - Écoute, pour que cela soit possible, il n’y a pas quinze solutions ! Soit ton père a couché avec la mère de Jak, soit c’est son père qui a couché avec la tienne ! Or d’après ce que je connais de tes parents, ni l’un ni l’autre ne ferait ça ! Laisse tomber cette histoire, vous n’êtes pas frère et sœur !
  J’aurais voulu être rassurée, mais que connait-on vraiment de ses parents ?
  - Oui, mais après tout, ils ont eu une vie avant de m’avoir. Ils ont été amoureux d’autres personnes, avant de se connaître.
  - Mais Jak et toi avez le même âge Melly ! Il faudrait donc forcément une infidélité !
  - Cousins alors ?
  - Melly !  Arrête, tu soûles là ! Tu n’as qu’une tante ! Et Jakob n’est pas son fils !
  Cette dernière remarque fit mouche, je me sentis plus légère. Lyne avait raison, j’allais laisser cette bizarrerie magique de côté. Après tout, je m’en fichais ! Du moins, c’est ce que je voulais.
  Lyne gara la voiture sur le parking, et comme d’habitude, les garçons nous flattèrent en passant. C’était quand même bien de se faire courtiser !
  Nous entrâmes en cours. Mme Warwik était de bonne humeur, elle nous conta une bataille de la guerre de Sécession si réaliste que l’on avait l’impression d’entendre siffler les boulets de canon près de nos oreilles.
  L’heure suivante se déroula sans heurts. Cinthya ne me cherchait plus des poux dans la tête. Elle semblait tout de même étrangement atteinte par ce qu’il s’était passé au lac. D'après la rumeur, elle et Tim s’étaient séparés. Leur changement de place dans la classe le confirma.
  - Salut Melly, me lança-t-il avec un grand sourire. Ça te dirait de sortir avec moi cet après-midi ?
  Je le regardais étonnée. Ces quelques paroles m’auraient comblée de joie il y a seulement quelques semaines, là, elles me dégoûtaient presque.
  Cynthia qui nous observait blêmit.
  - Salut Timothy. C’est quoi cette soudaine attirance que tu as pour moi ? Je croyais que je ne devais pas compter être parmi tes conquêtes même dans mes rêves, non ?  
  Il éclata de rire.
  - Aller Parker, ne fait pas ta prude, disons qu’à l’époque je ne te savais pas aussi...
  - Chaude ? Le coupais-je
  - Ouais, ricana-t-il enfin, plus que l’autre là ! Dit-il d’un air méprisant en pointant du menton Cynthia qui rougit.
  - Et ben, tu te trompes, je ne le suis pas, et sûrement pas pour toi en tout cas ! Tu ne me fais aucun effet Moore, et je comprends parfaitement Cynthia, je ne vois pas comment tu pourrais exciter qui que ce soit.
  Il marmonna une injure et alla s'asseoir en me faisant les gros yeux.
  Je me demandais comment j’avais pu être amoureuse de ce mec ! Amoureuse le mot était bien grand. Quand je comparais les sentiments que j’avais pour Jakob et ceux que j’avais cru avoir pour Tim, je me rendais bien compte qu’ils n’avaient rien en commun. Ceux qui me liaient à Jak étaient ancrés au plus profond de mon être, comme si je l’avais toujours connu, comme si je l’avais toujours aimé. En tout cas, je venais de prendre ma revanche sur Tim, et rien que cela me ravissait.
  Le reste de la matinée se passa normalement, l’anglais restait de l’anglais. Madame Speare notre professeur s'évertuait à nous faire comprendre Roméo et Juliette. Elle adorait Shakespeare, en même temps avec un nom pareil ! Moi ce n’était pas ma tasse de thé ! Les histoires d’amour qui finissent mal ne me bottaient pas. Je leur préférais largement les Happy ends !
  À l’heure du déjeuner, M.J. et Jessica nous retrouvèrent. Ils furent un peu surpris que Jakob se joigne à nous, mais lui firent bon accueil. À la fin du repas, il était totalement adopté par notre petite bande et s’entendait à merveille avec mes amis. Cela me soulagea. Il n’y a rien de plus embêtant que de devoir choisir entre ses copains et son petit copain !
  La dernière heure de l'après-midi arriva bien vite, la botanique et les maths filèrent à toute vitesse et sans aucune difficulté. Monsieur Flitcher m’avait même félicitée pour mes réponses « pertinentes » comme il m’avait dit. Bon, c’est vrai qu’une ou deux fois, Jakob m’avait soufflé les résultats par télépathie, mais j’avais tout compris quand même !
C’était décidément une belle journée ! J’en venais à me demander si cela allait durer.
  - Il n’y a pas de raison, tu vas passer l'après-midi avec moi, me répondit Jakob par la pensée.
  - Vantard ! Rétorquais-je en riant. Tu es où ? Tu viens me chercher ou je te rejoins quelque part ?
  - J’arrive.
  En une fraction de seconde, il apparut à mes côtés.
  Je me jetai dans ses bras et l’embrassai tendrement.
  - Alors, où allons-nous ?
  - Surprise !
  Il prit ma main dans la sienne, fit un petit cercle avec sa baguette et prononça la formule
  - Guem
  L'environnement devint flou, puis la lumière changea, elle devint plus douce, plus pastel. Une odeur de pin méditerranéen et d’olivier parvint jusqu’à mes narines puis ce fut celle du romarin, et du chêne vert. Les plantes chauffées par le soleil exhalaient désormais celles-ci.
  Nous étions en haut d’une petite colline, devant nous s’étalait la vallée, faite de champs de blé et d’olivier. Des petites maisons à l’architecture typique trônaient sur le dessus de petites collinettes entourées de culture. Le soleil bas allongeait les ombres et donnait à l’ensemble un air de paradis.
J’étais émerveillée.
  - Où sommes-nous ? Demandais-je les yeux brillants de plaisir.
  - Chiani, un petit village toscan.
  - En Italie ?
  Jakob sourit.
  - Oui  
  Il s’assit dans l’herbe.
  - Viens près de moi.
  Je m’allongeai à ses côtés.
- Alors, que pensez-vous du spectacle, Mademoiselle ? Me demanda Jak avec son air malicieux.
  - C’est magnifique !
  Aucun un autre garçon ne m’avait emmenée voir un coucher de soleil. Encore moins en Italie et en plein après-midi ! J’étais aux anges.
  - Tu es un magicien Jak ! Non pas parce que tu maîtrises les sorts, mais parce que tu sais rendre chaque instant plus beau.
  - Alors, j’espère ne jamais te décevoir et pouvoir embellir ta vie durant toute la mienne, car ce qui rend les miens beaux, c’est ta présence à mes côtés.
  Il m’embrassa, je lui rendis son baiser avec toute la tendresse dont j’étais capable.
  J’étais heureuse et pleinement amoureuse.
  Jakob fit un petit lasso avec son doigt en direction d’une herbe haute.
  Celle-ci vola jusqu’à lui. Il la saisit en passant et la mit dans sa bouche.
  - Houa, apprend-moi ça s’il te plaît.
  - Facile, la formule, c’est : Gua ensuite tu fais ce geste, me dit-il en reproduisant celui qu’il venait de faire, et hop, l’objet que tu voulais faire venir vient dans tes mains. Vas-y, tente-le !
  - Gua.
  Ce n’était pas si aisé qu’il le prétendait ! Au lieu d’un brin d’herbe, c’est une motte de terre entière qui se propulsa dans notre direction. Sans un rapide saut de côté, je la prenais dans la figure, ce qui fit bien rire Jakob. Après quelques tentatives infructueuses, j’arrivais enfin à ramasser moi aussi des brins d’herbe. Bon, ce n’était pas toujours celui que je visais, mais c’était déjà bien !
  - Allez, on va faire plus compliqué, essaie avec mes clés de voiture.
  Jakob les posa à cinq bons mètres de moi, je prononçais la formule et hop, elles volèrent dans mes mains.
  - Super, s’extasia Jak, tu deviens vraiment douée. Encore, mais cette fois plus loin.
  Nous fîmes plusieurs essais, allongeant la distance à chaque fois. C’est la pénombre qui finalement nous arrêta. Le soleil était couché depuis pas mal de temps et maintenant on y voyait vraiment très mal.
  - Peut-être devrions-nous rentrer Jak, il fait nuit.
  - Non, pas encore, tu vas essayer en pleine nuit maintenant.
  - Jak, ne soit pas stupide, comment veux-tu que je vise alors qu’on n’y voit qu’à quelques mètres ?
  Jakob me fit un sourire.
  - C’est là que l’exercice diverge justement. Le but sera de faire venir un objet en te concentrant dessus, et cela, sans le voir !
  - Houa, ça tombe bien ! M’exclamais-je, je voulais justement apprendre un sort pour faire revenir ma baguette quand je ne l’ai pas !
  Cette simple pensée me tordit le ventre. Je m’en voulais, j’avais fait preuve d’un manque de sérieux manifeste ! Je m’étais jurée d’apprendre ce sort le plus rapidement possible, et je ne l’avais toujours pas fait ! Je m’étais contentée de gérer mes problèmes de cœur si je pouvais dire. Heureusement pour moi, je n’avais pas eu besoin de m’en servir. Belle erreur ! Dezmarc n’allait sûrement pas m’envoyer une carte de visite le jour où il viendrait m’affronter !
  - Que se passe-t-il ? Demanda Jakob en me voyant pâlir.
  Je lui expliquai la situation. Il regarda ses pieds.
  - Excuse-moi, je suis désolé, c’est aussi ma faute. Mon oncle compte sur moi pour t’apprendre les bases de la magie, et au lieu de cela, je t'emmène promener en Italie et...
  - Non, ne dis pas ça. C’était une très bonne idée, je suis très heureuse d’être venue là, je trouve cet endroit tellement merveilleux. Et puis nous en avons tout de même profité pour nous entraîner, donc ce n’était pas vain ! Je te propose même d’en faire notre camp d'entraînement, notre jardin secret à tous les deux.
  Cette perspective m’enchantait, et je vis dans le regard de Jak qu’il en était de même pour lui.
  - OK, alors reprenons ! Nous n’avons plus de temps à perdre !
- Gua koei ego, voilà la formule, après, concentre-toi très fort sur l’objet à faire venir à toi, tu prononces son nom, un petit cercle du doigt et il se matérialisera. Vas-y, essaie avec mes clés.
  Je m’exécutais, avec toute la concentration dont je pouvais faire preuve, il fallait que ça marche, faire revenir ma baguette en cas de besoin était primordial !
  - Gua kuei ego clés.
  Elles apparurent dans ma main !
  - Yehe !! Génial !
  J’étais en extase, je sautais sur place. Hop, illico je décidais d’essayer avec ma baguette. En quelques centièmes de secondes, elle était apparue dans ma main ! J’étais soulagée.
  Jakob ne me laissa pas le temps de souffler, il enchaîna avec un autre sort très d’actualité pour nous, produire de la lumière : Del, avec un petit coup de haut en bas à l’aide de la baguette et un faisceau partit du bout de celle-ci.
  Il était minuit heure italienne lorsque nous arrêtâmes les exercices. Dix-neuf heures de chez nous ! Juste l’heure de rentrer manger. J’étais épuisée, mais heureuse. Jakob me prit par la main. Son contact me faisait toujours autant vibrer. Je le regardais, de mes yeux amoureux.
  Qu'est-ce qu’il était beau !
  Il agita sa baguette et nous disparûmes de sous le ciel étoilé.

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