-
Ben en fait, Jakob est américain aussi, dis-je d’une voix mal
assurée. Sa famille est d’origine italienne par sa mère, mais son
père s’appelait Watt.
-
Et alors ? Ce n’est pas lui qui aurait pu accoucher de jumeau.
-
Mais ma mère...
-
Écoute, pour que cela soit possible, il n’y a pas quinze
solutions ! Soit ton père a couché avec la mère de Jak, soit
c’est son père qui a couché avec la tienne ! Or d’après
ce que je connais de tes parents, ni l’un ni l’autre ne ferait
ça ! Laisse tomber cette histoire, vous n’êtes pas frère et
sœur !
J’aurais
voulu être rassurée, mais que connait-on vraiment de ses parents ?
-
Oui, mais après tout, ils ont eu une vie avant de m’avoir. Ils ont
été amoureux d’autres personnes, avant de se connaître.
-
Mais Jak et toi avez le même âge Melly ! Il faudrait donc
forcément une infidélité !
-
Cousins alors ?
-
Melly ! Arrête, tu soûles là ! Tu n’as
qu’une tante ! Et Jakob n’est pas son fils !
Cette
dernière remarque fit mouche, je me sentis plus légère. Lyne avait
raison, j’allais laisser cette bizarrerie magique de côté. Après
tout, je m’en fichais ! Du moins, c’est ce que je voulais.
Lyne
gara la voiture sur le parking, et comme d’habitude, les garçons
nous flattèrent en passant. C’était quand même bien de se faire
courtiser !
Nous
entrâmes en cours. Mme Warwik était de bonne humeur, elle nous
conta une bataille de la guerre de Sécession si réaliste que l’on
avait l’impression d’entendre siffler les boulets de canon près
de nos oreilles.
L’heure
suivante se déroula sans heurts. Cinthya ne me cherchait plus des
poux dans la tête. Elle semblait tout de même étrangement atteinte
par ce qu’il s’était passé au lac. D'après la rumeur, elle et
Tim s’étaient séparés. Leur changement de place dans la classe
le confirma.
-
Salut Melly, me lança-t-il avec un grand sourire. Ça te dirait de
sortir avec moi cet après-midi ?
Je
le regardais étonnée. Ces quelques paroles m’auraient comblée de
joie il y a seulement quelques semaines, là, elles me dégoûtaient
presque.
Cynthia
qui nous observait blêmit.
-
Salut Timothy. C’est quoi cette soudaine attirance que tu as pour
moi ? Je croyais que je ne devais pas compter être parmi tes
conquêtes même dans mes rêves, non ?
Il
éclata de rire.
-
Aller Parker, ne fait pas ta prude, disons qu’à l’époque je ne
te savais pas aussi...
-
Chaude ? Le coupais-je
-
Ouais, ricana-t-il enfin, plus que l’autre là ! Dit-il d’un
air méprisant en pointant du menton Cynthia qui rougit.
-
Et ben, tu te trompes, je ne le suis pas, et sûrement pas pour toi
en tout cas ! Tu ne me fais aucun effet Moore, et je comprends
parfaitement Cynthia, je ne vois pas comment tu pourrais exciter qui
que ce soit.
Il
marmonna une injure et alla s'asseoir en me faisant les gros yeux.
Je
me demandais comment j’avais pu être amoureuse de ce mec !
Amoureuse le mot était bien grand. Quand je comparais les sentiments
que j’avais pour Jakob et ceux que j’avais cru avoir pour Tim, je
me rendais bien compte qu’ils n’avaient rien en commun. Ceux qui
me liaient à Jak étaient ancrés au plus profond de mon être,
comme si je l’avais toujours connu, comme si je l’avais toujours
aimé. En tout cas, je venais de prendre ma revanche sur Tim, et rien
que cela me ravissait.
Le
reste de la matinée se passa normalement, l’anglais restait de
l’anglais. Madame Speare notre professeur s'évertuait à nous
faire comprendre Roméo et Juliette. Elle adorait Shakespeare, en
même temps avec un nom pareil ! Moi ce n’était pas ma tasse
de thé ! Les histoires d’amour qui finissent mal ne me
bottaient pas. Je leur préférais largement les Happy ends !
À
l’heure du déjeuner, M.J. et Jessica nous retrouvèrent. Ils
furent un peu surpris que Jakob se joigne à nous, mais lui firent
bon accueil. À la fin du repas, il était totalement adopté par
notre petite bande et s’entendait à merveille avec mes amis. Cela
me soulagea. Il n’y a rien de plus embêtant que de devoir choisir
entre ses copains et son petit copain !
La
dernière heure de l'après-midi arriva bien vite, la botanique et
les maths filèrent à toute vitesse et sans aucune difficulté.
Monsieur Flitcher m’avait même félicitée pour mes réponses «
pertinentes » comme il m’avait dit. Bon, c’est vrai qu’une ou
deux fois, Jakob m’avait soufflé les résultats par télépathie,
mais j’avais tout compris quand même !
C’était
décidément une belle journée ! J’en venais à me demander
si cela allait durer.
-
Il n’y a pas de raison, tu vas passer l'après-midi avec moi, me
répondit Jakob par la pensée.
-
Vantard ! Rétorquais-je en riant. Tu es où ? Tu viens
me chercher ou je te rejoins quelque part ?
-
J’arrive.
En
une fraction de seconde, il apparut à mes côtés.
Je
me jetai dans ses bras et l’embrassai tendrement.
-
Alors, où allons-nous ?
-
Surprise !
Il
prit ma main dans la sienne, fit un petit cercle avec sa baguette et
prononça la formule
-
Guem
L'environnement
devint flou, puis la lumière changea, elle devint plus douce, plus
pastel. Une odeur de pin méditerranéen et d’olivier parvint
jusqu’à mes narines puis ce fut celle du romarin, et du chêne
vert. Les plantes chauffées par le soleil exhalaient désormais
celles-ci.
Nous
étions en haut d’une petite colline, devant nous s’étalait la
vallée, faite de champs de blé et d’olivier. Des petites maisons
à l’architecture typique trônaient sur le dessus de petites
collinettes entourées de culture. Le soleil bas allongeait les
ombres et donnait à l’ensemble un air de paradis.
J’étais
émerveillée.
-
Où sommes-nous ? Demandais-je les yeux brillants de plaisir.
-
Chiani, un petit village toscan.
-
En Italie ?
Jakob
sourit.
-
Oui
Il
s’assit dans l’herbe.
-
Viens près de moi.
Je
m’allongeai à ses côtés.
-
Alors, que pensez-vous du spectacle, Mademoiselle ? Me demanda
Jak avec son air malicieux.
-
C’est magnifique !
Aucun
un autre garçon ne m’avait emmenée voir un coucher de soleil.
Encore moins en Italie et en plein après-midi ! J’étais aux
anges.
-
Tu es un magicien Jak ! Non pas parce que tu maîtrises les
sorts, mais parce que tu sais rendre chaque instant plus beau.
-
Alors, j’espère ne jamais te décevoir et pouvoir embellir ta vie
durant toute la mienne, car ce qui rend les miens beaux, c’est ta
présence à mes côtés.
Il
m’embrassa, je lui rendis son baiser avec toute la tendresse dont
j’étais capable.
J’étais
heureuse et pleinement amoureuse.
Jakob
fit un petit lasso avec son doigt en direction d’une herbe haute.
Celle-ci
vola jusqu’à lui. Il la saisit en passant et la mit dans sa
bouche.
-
Houa, apprend-moi ça s’il te plaît.
-
Facile, la formule, c’est : Gua
ensuite tu fais ce geste, me dit-il en reproduisant celui qu’il
venait de faire, et hop, l’objet que tu voulais faire venir vient
dans tes mains. Vas-y, tente-le !
-
Gua.
Ce
n’était pas si aisé qu’il le prétendait ! Au lieu d’un
brin d’herbe, c’est une motte de terre entière qui se propulsa
dans notre direction. Sans un rapide saut de côté, je la prenais
dans la figure, ce qui fit bien rire Jakob. Après quelques
tentatives infructueuses, j’arrivais enfin à ramasser moi aussi
des brins d’herbe. Bon, ce n’était pas toujours celui que je
visais, mais c’était déjà bien !
-
Allez, on va faire plus compliqué, essaie avec mes clés de voiture.
Jakob
les posa à cinq bons mètres de moi, je prononçais la formule et
hop, elles volèrent dans mes mains.
-
Super, s’extasia Jak, tu deviens vraiment douée. Encore, mais
cette fois plus loin.
Nous
fîmes plusieurs essais, allongeant la distance à chaque fois. C’est
la pénombre qui finalement nous arrêta. Le soleil était couché
depuis pas mal de temps et maintenant on y voyait vraiment très mal.
-
Peut-être devrions-nous rentrer Jak, il fait nuit.
-
Non, pas encore, tu vas essayer en pleine nuit maintenant.
-
Jak, ne soit pas stupide, comment veux-tu que je vise alors qu’on
n’y voit qu’à quelques mètres ?
Jakob
me fit un sourire.
-
C’est là que l’exercice diverge justement. Le but sera de faire
venir un objet en te concentrant dessus, et cela, sans le voir !
-
Houa, ça tombe bien ! M’exclamais-je, je voulais justement
apprendre un sort pour faire revenir ma baguette quand je ne l’ai
pas !
Cette
simple pensée me tordit le ventre. Je m’en voulais, j’avais fait
preuve d’un manque de sérieux manifeste ! Je m’étais jurée
d’apprendre ce sort le plus rapidement possible, et je ne l’avais
toujours pas fait ! Je m’étais contentée de gérer mes
problèmes de cœur si je pouvais dire. Heureusement pour moi, je
n’avais pas eu besoin de m’en servir. Belle erreur ! Dezmarc
n’allait sûrement pas m’envoyer une carte de visite le jour où
il viendrait m’affronter !
-
Que se passe-t-il ? Demanda Jakob en me voyant pâlir.
Je
lui expliquai la situation. Il regarda ses pieds.
-
Excuse-moi, je suis désolé, c’est aussi ma faute. Mon oncle
compte sur moi pour t’apprendre les bases de la magie, et au lieu
de cela, je t'emmène promener en Italie et...
-
Non, ne dis pas ça. C’était une très bonne idée, je suis très
heureuse d’être venue là, je trouve cet endroit tellement
merveilleux. Et puis nous en avons tout de même profité pour nous
entraîner, donc ce n’était pas vain ! Je te propose même
d’en faire notre camp d'entraînement, notre jardin secret à tous
les deux.
Cette
perspective m’enchantait, et je vis dans le regard de Jak qu’il
en était de même pour lui.
-
OK, alors reprenons ! Nous n’avons plus de temps à perdre !
- Gua
koei ego, voilà la formule, après, concentre-toi très fort
sur l’objet à faire venir à toi, tu prononces son nom, un petit
cercle du doigt et il se matérialisera. Vas-y, essaie avec mes clés.
Je
m’exécutais, avec toute la concentration dont je pouvais faire
preuve, il fallait que ça marche, faire revenir ma baguette en cas
de besoin était primordial !
-
Gua kuei ego clés.
Elles
apparurent dans ma main !
-
Yehe !! Génial !
J’étais
en extase, je sautais sur place. Hop, illico je décidais d’essayer
avec ma baguette. En quelques centièmes de secondes, elle était
apparue dans ma main ! J’étais soulagée.
Jakob
ne me laissa pas le temps de souffler, il enchaîna avec un autre
sort très d’actualité pour nous, produire de la lumière :
Del, avec un petit coup de haut en
bas à l’aide de la baguette et un faisceau partit du bout de
celle-ci.
Il
était minuit heure italienne lorsque nous arrêtâmes les exercices.
Dix-neuf heures de chez nous ! Juste l’heure de rentrer
manger. J’étais épuisée, mais heureuse. Jakob me prit par la
main. Son contact me faisait toujours autant vibrer. Je le regardais,
de mes yeux amoureux.
Qu'est-ce
qu’il était beau !
Il
agita sa baguette et nous disparûmes de sous
le ciel étoilé.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire