Chapitre 17 Danger
Peri
Cela
faisait deux semaines et demie que j’alternais ici et là-bas :
un après-midi avec Jakob dans notre jardin secret d’Italie, où
j’avais fini par faire connaissance avec une partie de sa famille.
C’étaient des gens très attachants, son oncle Fabio était un
marrant qui ne se lassait pas de plaisanter sur tout et n’importe
quoi, et le pépé Giuseppe, avec sa barbichette blanche et sa canne
ne payé pas de mine au premier abord, mais possédait une agilité
déconcertante. Ils étaient vraiment sympas et m’avaient
accueillie à bras ouverts.
Mon
niveau pratique en magie s’en était grandement amélioré. J’étais
capable de faire beaucoup de choses sans l’aide de mon grimoire.
J’y prenais un véritable plaisir, et pas seulement lorsque je me
faisais apparaître de savoureux petits cookies pour le goûter !
La magie était géniale au quotidien ! Je brossais mes cheveux
beaucoup plus vite que je ne l’aurais fait avant. Là, d’un
simple coup d’index, je faisais et refaisais une nouvelle coiffure
à volonté. Bon, mes débuts ne furent pas tous une réussite bien
sûr, et lorsque je me suis retrouvée avec des cheveux bleus, il m’a
bien fallu demander de l’aide ! Heureusement pour moi, Gena,
la cousine de Jakob connaissait bien ce genre de problème. Elle
avait ouvert un petit salon de coiffure du côté de Modène et y
faisait des merveilles. Elle était magnifique, ses longs cheveux
bruns descendaient en cascade sur ses épaules lui donnant un air de
déesse. Et par-dessus tout, elle avait la gentillesse à fleur de
peau.
-
He, salut jolie Melly, dit-elle dans un anglais parfait, en
tournoyant autour de moi. Jakob m’avait dit que tu étais belle, et
il ne s’était pas trompé, tu es magnifique !
Je
rougis du compliment, me tournant vers Jakob qui me fit un sourire
complice. Il avait parlé de moi à sa cousine. Je me demandais ce
qu’il avait bien pu dire d’autres.
-
Justement Gena, répondit celui-ci, crois-tu que tu pourrais
rectifier ce petit souci ? Dit-il en montrant mes cheveux bleus.
Gena
s'esclaffa.
-
Bien sûr que je peux, mais je croyais que c’était fait exprès !
Tu sais Melly, les cheveux bleus te vont à ravir !
-
Merci, c’est gentil, mais je préférerais retrouver ma couleur
naturelle en fait, répondis-je timidement.
Autant
dire qu’elle n’a pas mis longtemps à rectifier mon erreur. Gena
pointa du doigt mes cheveux et en un clin d’œil ils étaient
redevenus auburn.
-
Hum, c’est vrai que tu es encore plus jolie comme ça !
Dit-elle sincère. Le vert de tes yeux en est d’autant plus mis en
valeur. Voudrais-tu qu’on essaie quelques coiffures différentes ?
-
Oui, enfin... heu, je ne voudrais pas te déranger si tu as du
travail et...
-
Teu, teu, teu, pas de souci, je suis tellement contente de te
rencontrer ! Ce n’est pas tous les jours que Jakob nous amène
une petite amie ! Pour tout dire, tu es même la première !
insista Gena. Alors cet après-midi ne sera consacré qu’à toi !
Tu es OK ?
J'acquiesçai
en souriant, flattée de me voir si bien reçue et touchée d’être
la seule fille que Jakob eut présentée à sa famille.
Gena,
d’un coup d’index retourna la pancarte de son salon du côté
fermé, et dansa jusqu’à moi. Elle me prit par la main et
m'entraîna à sa suite.
Nous
passâmes tous les trois un après-midi génial, en quelques heures,
Gena m’avait adoptée comme sa petite sœur. Après avoir bu un
coca en terrasse et visité Modène, elle profita de l’occasion
pour m’apprendre quelques petits trucs de filles bien utiles, pour
le maquillage ou l’épilation. Finis les rasoirs, bandes de cire ou
autres crèmes dépilatoires, un petit coup d’index et mes jambes
se retrouvaient douces comme celles d’un bébé. Je n’aurais
jamais cru que j’aurais pu m'intéresser autant à la coiffure, et
à l'esthétique, moi qui d’ordinaire ne prenais pas vraiment soin
de mes cheveux ni de mon apparence. Une chose était sûre, on
s’entendait réellement bien, et j’étais pressée de la revoir !
J’étais
aussi passée voir monsieur Springle le lendemain de mes premiers
entraînements, il n’avait pas été très loquace, se contentant
de me dire que ma grand-mère était une vieille amie qui lui avait
demandé d’avoir un œil sur moi à l’occasion. Je n’avais pas
insisté plus, de toute façon, cette vieille bourrique était têtue
et j’avais bien compris qu’il ne m’en dirait pas davantage. Une
fois de plus, il me faudrait prendre mon mal en patience et attendre
le retour de Mamie. Le temps me durait !
Les
autres après-midis, c’était avec son oncle Bruno Sperotielli que
je l’ai passés, plongée dans les livres. J’avais appris des tas
de choses sur l’histoire des enchanteurs, leurs influences sur le
déroulement de nos sociétés, les batailles qu’ils s’étaient
livrées, dont certaines faisaient froid dans le dos. Tout cela me
permettait de mieux comprendre ce Nouveau Monde dans lequel j’étais
admise désormais. Le comte m’enseignait aussi d’autres matières,
comme l’astronomie, et l’astrologie, où je bloquais
encore pas mal dans le calcul des dates, des positions des planètes
et des éclipses. Les tenants et des aboutissants étaient tellement
compliqués que j’avais l'impression que même en mille ans, je n’y
arriverais pas ! Mon désabusement faisait bien rire Don
Sperotielli. Il m’assurait que je finirais pas réussir, et restait
toujours très patient et pédagogue à mon encontre. Je crois tout
de même que ce qui me manquait le plus dans cette « formation »,
c’était une classe ! Oui, une classe remplie d’élèves,
avec cette dynamique de groupe, cette appartenance commune à aller
vers le même but, à partager les mêmes difficultés, les mêmes
réussites. Et puis sa vie, son indiscipline parfois, ses rires, ses
engueulades. J’en venais à regretter de ne pas être dans un livre
pour enfant. On m’y aurait envoyé en pension dans une école pour
enchanteur à mes onze ans !
Un
jour j’en avais fait part à monsieur Sperotielli, lui disant qu’il
ferait un merveilleux professeur. Il m’avait souri, mais n’avait
rien répondu. Heureusement, il me restait les cours normaux. Notre
petit groupe s’entendait parfaitement bien. Les « nouveaux »
étaient venus grossir nos rangs. Jessica nous avait ramené Mike,
Lyne Spike et moi Jakob. M.J. eux restaient égaux à eux-mêmes,
toujours prêts à accepter qui étaient de nos amis.
Comme
d’habitude, ce soir, Jakob m’avait ramenée chez moi. Nous
aimions prendre sa voiture pour rentrer de chez son oncle. Cette
petite balade en tête-à-tête nous faisait du bien, on s’aérait
la tête comme on disait. Je ne l'aperçus pas tout de suite lorsque
je me retournais pour faire un dernier coucou à Jakob qui s’en
allait. C’était une fois de plus le mouvement du chat de monsieur
Springle qui attira mon regard dans sa direction. Un homme se tenait
dans l’ombre dans la ruelle en face. Je ne vis pas son visage, mais
j’étais persuadée qu’il me regardait. Lorsqu’il vit que je
l’avais repéré, il disparut dans un mouvement de cape. Mon sang
se glaça.
-
Jak !!!!!!!! Hurlais-je par télépathie.
-
Melly ! Que se passe-t-il ? Qu’est-ce qu’il y a ?
-
Viens vite !
Je
courus dans ma chambre, sans même saluer mes parents. Je tremblais,
cette silhouette, cette façon de disparaître, il n’y avait aucun
doute possible, c’était l’enchanteur brun !
Jakob
se matérialisa dans ma chambre en un clin d’œil.
-
Melly, que s’est-il passé ? Me demanda-t-il en me prenant
dans ses bras.
Je
sanglotais.
-
Je... L’enchanteur noir du lac... il était là, dans la rue en
face, il me surveillait !
Jakob
jeta un œil par la fenêtre.
-
Tu es sûre ? Il fait sombre, tu aurais pu te tromper !
-
Mais Putain, Jak ! Je te dis que c'était lui ! Je ne suis
pas bigleuse !
Je
n’arrivais pas à me contrôler. Mes mains tremblaient, les larmes
coulaient. J’étais à la fois terrorisée et bouillonnante de
colère.
-
Il faut prévenir mon oncle ! Viens !
-
Non, mes parents ! Il faut les protéger avant !
-
Je vais lancer un sort d’alarme, et quelques charmes de repousses
maléfices.
Jakob
marmonna quelques paroles, fit des mouvements de baguette et une
vague de chaleur circulaire passa autour de la maison. Elle était
bien moins forte que celle que Don Sperotielli avait lancée au lac,
mais je reconnaissais l’impression diffuse qu’elle propageait.
À
peine quelques secondes plus tard, quelqu’un tambourinait à la
porte du rez-de-chaussée.
Je
tremblais de plus belle.
-
Mon dieu, il revient !
-
Attends Melly...
Je
n’écoutais plus Jak, on n’avait plus le temps ! Comme
l’autre jour, dans le feu de l’action, ma colère prenait le pas
sur ma peur. Je me jetais sur mon grimoire, griffonnais rapidement «
sort de défenses et d’attaques » et il s’ouvrit au bon
chapitre. Je ne savais pas lequel prendre, le premier venu ferait
l’affaire : Uper Dep !
Un sort pour pousser, ça serait léger, mais bon, je n’avais pas
le temps d’approfondir, mes parents allaient ouvrir, je les
entendais déjà dans le hall.
-
Voilà, voilà, j’arrive, disait ma mère.
Jakob
voulut me retenir.
-
Mais bon sang fous-moi la paix ! Criais-je
Pleine
de hargne, je courus jusqu’à ma porte de ma chambre, l’ouvris à
la volée. Il était hors de question que cette ordure de mage noir
s’en prenne à ma mère ! Il était revenu, c’était pour
moi, je le savais ! Sa présence avait faisait ressurgir dans
mon esprit toute l’horreur de ce qu’il s’était passé au lac.
Je revoyais Cynthia et Emmy danser nues, manipulées comme des
marionnettes, le gros blond prêt à violer Lyne. La fureur me
donnait des ailes. Je voulais le massacrer ! Je descendis les
escaliers quatre à quatre. Au moment où ma mère ouvrait la porte
d’entrée, je brandis ma baguette en criant
-
Nonnnnnn !!!!!!!!!!! Uper Dep !
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