-
Stop ! Hurla monsieur Springle, c’est moi Melly, ne fais pas
de bêtises.
J’eus
juste le temps de dévier la trajectoire du sort, il fracassa le
meuble de l’entrée, explosa la fenêtre, et détruisit une partie
du mur. Monsieur Springle avait réagi au quart de tour créant un
bouclier protecteur de son côté qui repoussa les débris. Ma mère
avait été soufflée. Elle était posée sur les fesses contre le
mur d’en face, et me regardait l’air hagard, se demandant ce
qu’il s’était passé.
-
Ho mon dieu, qu’ai-je fait ?
Je
me précipitais vers elle.
-
Maman ? Tu n’as rien ?
Mon
père arriva en courant tout affolé.
-
Chérie, ça va ? Melly ? Que s’est-il passé ?
Monsieur
Springle réagit aussitôt. Il dirigea sa baguette sur eux et en une
fraction de seconde, il les enveloppa du même dôme doré qu’il
avait mis sur mes amis.
-
Jakob, va chercher ton oncle ! Ordonna-t-il.
Il
dirigea ensuite sa baguette vers mes dégâts, psalmodia quelques
formules dont il me sembla reconnaître le Pak
pluto kreua que Jak avait utilisé pour réparer ma commode.
La porte se referma derrière lui. Le meuble et le mur se réparèrent
d’eux-mêmes.
Jakob
avait disparu, me laissant seule avec mon vieux voisin.
-
Monsieur Springle, je suis désolée, je croyais que c’était le
mage noir.
Il
fronça les sourcils, regarda par la fenêtre toute neuve.
-
Je sais, c’est pour ça que je suis là ! Méfisto m’a
prévenu ! Alors, quand j’ai senti le sort de Jakob, je vous
ai cru attaqué, et je me suis précipité ici. Son sort n’est pas
très puissant, mais je pense qu’il devrait tenir le coup en
attendant l'arrivée de Sperotielli.
-
Ne pouvez-vous pas le renforcer ?
-
Ce n’est pas ma spécialité, et ce n’est pas mon territoire !
Je ne ferais pas mieux que Jakob !
-
Vous pensez qu’il va revenir ?
-
Je ne sais pas, de toute façon Mefisto guette !
-
Mefisto ?
Monsieur
Springle haussa les épaules.
-
Ben oui ! Mon chat ! qui veux-tu que ce soit d’autre ?
Me répondit-il exaspéré.
Je
restais bête, ce qui avait l’air d’une évidence pour lui
m’était complètement étranger, mais je n’osais pas lui poser
de questions. Il faisait les cent pas devant la porte d’entrée,
repoussant les rideaux de temps à autre pour jeter des coups d’œil
dans la rue. Moi je restais auprès de mes parents qui souriaient
d’un air béat.
-
Mais sacrebleu que fiche le comte ? Maugréa Springle.
Sacrebleu ?
Je croyais cette injure passée aux oubliettes !
-
Jak ? Vous êtes où, que se passe-t-il pourquoi n’êtes-vous
pas encore là ?
-
On arrive...
Jakob
suivit ses mots, lui et son oncle apparurent devant nous, faisant
sursauter Springle qui pointa sa baguette sur eux.
-
Palsambleu ! Bruno ! qu’est-ce que vous foutiez ?
-
Je surveillais nos arrières Georges !
Don
Sperotielli n’en rajouta pas. Il psalmodia à son tour les formules
de protection et une onde encore plus forte que celle ressentit près
du lac se dispersa dans l’air. Un autre tour de baguette et le mur
et les meubles se réparèrent à leur tour.
Monsieur
Springle retrouva aussitôt le sourire. Il fit tournoyer sa baguette
et son chat noir se retrouva dans ses bras à ronronner.
-
Brave Mefi, tu as fait du bon travail, lui dit-il en lui grattant la
tête.
-
C’est quoi ce chat ? Demandais-je en aparté à Jakob.
-
Un « ag soito », un animal magique, ce n’est pas tout à fait un
vrai chat, tu connais catwoman ? C’est un peu la même chose,
il communique avec son maître par la pensée un peu comme nous
d’ailleurs !
-
Tu veux dire qu’il lui a redonné la vie ?
-
Pas complètement, mais l’idée y est ! Il empêche Monsieur
Springle de vieillir plus !
-
Quoi ? Mais quel âge a-t-il ?
-
Aucune idée, je sais juste qu’il a dû connaître facilement les
deux premières guerres mondiales !
J’en
restais une fois de plus sur les fesses. J’avais apparemment encore
beaucoup de choses à apprendre sur le monde magique et ses
créatures ! Je comprenais mieux aussi pourquoi ils avaient
l’air si inséparables, et pourquoi j’avais toujours eu cette
impression que le chat me surveillait ! C’était donc bien le
cas ! Et c’était bien sciemment qu’il m’avait avertie de
la présence du mage noir.
Je
ne regrettais pas de lui avoir sauvé la vie lors de mon retour de
l'hôpital !
-
Peut-on emprunter ton salon pour discuter Melly ? Demanda
Monsieur Sperotielli.
-
Oui, bien sûr, venez, je vous en prie.
Ils
m'emboîtèrent le pas, suivis de près par mes parents toujours
obéissants.
Nous
nous assîmes les uns en face des autres.
-
La situation a évolué, dit Monsieur Sperotielli. Si j’ai mis
autant de temps à venir, c’est que Jakob a dû venir me chercher
en Italie.
Ce
début de phrase n’annonçait rien de bon, mon ventre se contracta.
-
La famille qui reste vigilante là-bas sur la situation de Melly m’a
signalé la présence d’enchanteurs étrangers qui rôdent dans la
région.
Don
Sperotielli planta son regard profond dans le mien.
-
Je ne suis pas sûr que tu sois encore en sécurité là-bas. Je
préférerais que vous n’y retourniez pas pour l’instant.
-
Mais comment ont-ils pu nous trouver, c’est aberrant ! Il y a
des milliers de kilomètres !
-
La magie laisse des traces Melly. Je suis capable de les voir, mais
je ne suis pas le seul. Vos entraînements ont dû alerter quelqu’un
qui se sera empressé de le rapporter à Dezmarc. Je crains bien que
nous ne puissions dans cette histoire nous fier qu’à peu de gens !
Ici,
c’est différent, tout le comté est mon territoire, mes pouvoirs y
sont donc bien plus forts. Surtout en ma présence.
-
Alors, je ne risque rien ? Tentais-je
-
Je ne pense pas, mais restons vigilants. Si l’enchanteur brun du
lac était ici, ce n’était pas du hasard ! Dezmarc a dû
l’envoyer pour t’observer, et il n’était peut-être pas le
seul. Comme je suis persuadé que ce sont aussi des hommes à lui qui
fouinent dans nos territoires italiens. Il sait que je suis de
là-bas, comme il sait désormais que tu habites ici.
-
Je crois qu’il serait bon de passer à la vitesse supérieure. Il
te faut apprendre les sorts de défenses et d’attaques, apprendre
les techniques de camouflages magiques. Et éventuellement avoir un
endroit de repli.
-
On s’y mettra dès demain, répondit Jakob sur un ton déterminé.
Il
avait un air grave qui lui donnait bien plus que son âge. Il
ressemblait à ses jeunes lieutenants qui partaient à la guerre,
pleins de courage et de prestance. Je sentais en lui l’homme
protecteur, sûr de ce qu’il faisait et prêt à en découdre avec
l'ennemi.
Je
hochais la tête en signe d’assentiment. Mon cœur battait
rapidement. L'adrénaline continuait de couler dans mes veines. Je ne
paniquais pas, mais j’avais toute conscience de la gravité de la
situation. J’imaginais bien que Dezmarc n'hésiterait pas à s’en
prendre à mes proches s’il le jugeait nécessaire. Par ma seule
présence ici, je mettais en danger mes parents, mes amis du lycée
et même l’ensemble de la population de Greenver. Oui, il me
faudrait peut-être trouver un plan de repli, et même, songer à
quitter la région.
Jakob
qui suivait mes pensées me regarda plus intensément.
-
Si c’est le cas, je viendrais avec toi ! me
télépatha-t-il, mais pour l’instant, l’endroit où tu seras
le plus en sécurité c’est ici !
Je
pris sa main. Je savais que je pouvais compter sur lui, que je
n’étais plus seule, et ça me réchauffait le cœur.
-
Et pour mes parents ? Que fait-on ?
-
Deux solutions, déclara Don Sperotielli, soit on leur efface cette
partie de la mémoire, soit tu leur dis la vérité.
Voilà
qui me mettait bien dans l'embarras. Leur avouer la vérité risquait
de chambouler profondément leur perception de la vie. En plus, déjà
qu’ils se faisaient du souci pour moi en permanence, savoir que le
plus noir des enchanteurs risquait de vouloir me tuer ne les
rassurerait pas ! Et en même temps, tout leur dire permettrait
de ne plus leur mentir, de pouvoir parler avec eux de ce qui risque
d’être un des traits principaux de ma vie. Pfiou, choix
véritablement cornélien.
-
Monsieur Springle, pourra-t-on revenir sur ce que vous effacerez ?
-
Si tu le veux oui, on peut mettre leur mémoire en sommeil et la
réveiller plus tard au besoin.
-
Alors je crois que je préférerais cette solution. J’aimerais
aussi en parler à Mamie. Après tout, c’est aussi de sa fille dont
il s’agit. D’autant qu’elle rentre en début de semaine
prochaine, n’est-ce pas Monsieur Springle ? Lui demandais-je
sur un ton de défi.
-
Oui, Fernande sera chez elle lundi, me répondit-il sans se laisser
déstabiliser.
Demain
on serait vendredi, je n’aurais donc en gros plus que le week-end à
attendre ! J’étais impatiente, mais je n’avais pas le
choix.
-
Il serait temps que vous rentriez Bruno, je vais libérer les parents
de Melly. Vous deux, reprenez le cours de votre soirée là où vous
en étiez restés, à vous dire au revoir devant la porte !
Dit-il avec un sourire entendu.
Il
en avait de belles, Springle, faire comme si de rien n’était !
J’étais dans un état de nerf qui ne risquait pas de passer
inaperçu aux yeux de mes parents !
-
Tu veux venir prendre une douche chez moi ? Me demanda Jakob
par la pensée.
Je
me souvins de son savon relaxant. C’était une bonne idée, mais
nous n’avions pas le temps matériel, mes parents m’attendaient
pour manger, et en même temps, je n’avais pas envie du tout que
Jakob s'en aille, sa présence m’était encore plus nécessaire ce
soir.
-
Ok, dis-je, Jak va chercher ta voiture, et gare-toi devant la maison,
on recommence.
Don
Sperotielli se leva.
-
Ne t'inquiète pas trop Melly, ça va aller, mon sortilège est
puissant, ils ne reviendront pas de sitôt, je bloque aussi les
téléportations étrangères dans ma zone !
Je
lui souris tant bien que mal, et le remerciai. Il se dématérialisa.
Jakob
en fit tout autant, et moi, je raccompagnais Monsieur Springle à la
porte. Sitôt que celui-ci eut rejoint sa maison, il libéra mes
parents de son emprise magique. Je me retrouvais devant la porte
d’entrée alors que Jak arrivait devant chez moi.
-
Viens Jak, reste avec moi.
-
Avec tes parents ?
-
Oui, j’ai vraiment envie qu’ils te connaissent.
Jakob
claqua la portière de sa voiture et me rejoignit sur le palier.
Je
fis quelques grimaces pour assouplir les muscles de mon visage, pris
un grand sourire et entrai en sa compagnie, comme si rien ne s’était
passé. Eux avaient normalement tout oublié.
-
Salut M'man, Salut P'pa, criais-je de l’entrée. Je vous est amené
Jakob, ça ne vous ennuie pas s’il mange avec nous ?
Ma
mère sauta sur l’occasion. Elle arriva avec un large sourire et
des yeux pétillants de curiosité.
-
Bien sûr qu’il peut rester, nous en serons ravis ! Bonjour
Jakob, je suis vraiment enchantée de faire enfin ta connaissance,
déclara celle-ci.
Elle
ne paraissait se souvenir de rien, monsieur Springle était vraiment
un maître en la matière.
Mon
père ne tarda pas à arriver lui aussi. Il faut dire que je n’avais
pas pour habitude de ramener des garçons à la maison ! Son
sourire se voulait cordial, mais je sentis dans son regard un air
méfiant. Il était protecteur, et je ne pouvais lui en vouloir.
Comment saurait-il que Jakob était si gentil avec moi ? Il
l’accueillit tout de même par une franche poignée de main.
-
Salut Jakob. Je suis moi aussi content de faire ta connaissance.
Nous
nous installâmes au salon, qui aurait pu dire en le voyant flambant
neuf, que quelques instants auparavant je l’avais ravagé d’un
sortilège ?
Mon
père sortit quelques apéritifs. Je voyais bien dans cette manœuvre
une tentative de test sur Jakob. Par chance, mon amoureux était
comme moi et ne buvait que des jus de fruits !
Alors,
dis moi mon garçon, dit-il d’un air suspicieux en s’installant
dans son fauteuil fétiche. Que comptes-tu faire comme métier plus
tard ?
-
Je voudrais travailler dans l’automobile monsieur, la carrosserie
exactement.
Les
yeux de mon panou brillèrent. Je sus que cette simple réponse
venait de faire entrer Jakob dans son cercle d'intérêt. Tout ce qui
touchait à la voiture de près ou de loin l'intéressait. Le fait
que Jakob puisse envisager de travailler dans le domaine où lui même
avait failli œuvrer, mettait des points positifs du côté de mon
chéri.
-
Ha oui ? Dis-m’en plus. Savais-tu que j’avais moi aussi
envisagé la même chose avant la venue de ma chère Melly ?
-
Oui, Monsieur, Melly m’en a parlé, vous étiez dans le NASCAR, dit
Jakob avec des yeux ne feignant pas l’admiration.
Je
sentais que cette soirée s'annonçait meilleure que ce qu’elle
avait commencé. Apparemment, mon petit copain passait bien les
épreuves de sélection de mes parents. Voilà au moins une chose qui
me soulageait un peu, même si un petit dragon s’agitait toujours
au creux de mon ventre chaque fois que je repensais au sorcier brun
qui squattait ma rue quelque trente minutes plus tôt.
Une
fois le repas fini, Jakob s’en alla, nous fîmes comme s’il
partait vraiment, baisers d'au revoir sur le perron inclus. Bien sûr,
dès qu’il eut ramené sa voiture chez son oncle, Jak se
retéléporta dans ma chambre. Cela faisait trois semaines que nous
sortions ensemble, et même si nous passions beaucoup de nuits l’un
contre l’autre à nous câliner, nous n’avions
toujours pas fait l’amour. Pour tout dire, je n’osais pas
franchir le pas. Je ne l’avais jamais fait et avait peur de ne pas
être à la hauteur, peur de ne pas savoir faire, peur de mal m’y
prendre et peur d’avoir mal, malgré l’envie
irrésistible qui me prenait parfois. Megan et Jessica m'exhortaient
à lui sauter dessus, me vantant les plaisirs de la chair alors que
Lyne qui pourtant avait eu sa première expérience bien avant moi me
disait de prendre mon temps, que les choses se feraient
naturellement, qu’une première fois précipitée pouvait se
retrouver décevante, et même conduire à ne prendre aucun plaisir
par la suite. J’en restais assez indécise. D’autant qu’à
toutes ces questions, s’ajoutaient celles de la contraception et
des infections sexuellement transmissibles ! Pour moi, il était
hors de question de le faire sans protection ! Mais c’était
dur d’être tenaillée entre l’envie de le faire et la crainte de
tout gâcher. Heureusement, j’avais de la chance, Jak ne me forçait
pas la main, lui aussi était patient.
Bah,
sûrement qu’encore une fois je me posais trop de questions !
-
Exactement mon amour, arrête de te poser des questions, d’autant
que pour moi aussi, il est primordial de se protéger !
-
Ho, Jak ! Je ne voulais pas que tu entendes ça !
-
Pourquoi ? Après tout, cela me concerne aussi !
Je
rougis, il ne put le voir car je n’avais pas allumé ma lampe de
chevet, mais j’étais sûre qu’il l’avait senti. Je pouvais
parler sexe avec mes amies sans problèmes, mais je n’avais jamais
osé aborder le sujet avec lui.
Il
m’embrassa tendrement. Ses mains coururent le long de mon corps,
provoquant des décharges de désir, à chaque passage sur mes zones
érogènes. Ma respiration s’accélérait, ma peau devenait moite,
mon cœur s'emballait. C’était une sensation délicieuse.
J’entortillais mes jambes autour de lui et pressais son bassin
contre le mien. Mes mains touchaient sa peau, jouaient avec les
siennes, nos langues s'emmêlaient. J’avais envie ! Lui aussi.
Ses caresses m'enivrèrent, les miennes lui firent perdre pieds. Nous
n’étions pas pressés, nous nous en contenterions pour ce soir. On
s’aimait, et il y avait plein de façons de se le prouver avant
d’en arriver à des méthodes plus profondes. Allongés l’un
contre l’autre, nous nous endormîmes heureux.
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