Chapitre 18 Peur
Ena
Mon
réveil sonna, Jakob s’étira, il était temps qu’il s'en aille,
mes parents ne devaient pas le trouver dans ma chambre. Ils
n'apprécieraient pas. Cette perspective me chagrina. Je n’aimais
pas leur mentir, mais je ne voulais pas me séparer de Jak tous les
soirs. J’avais envie de dormir avec lui, d’être avec lui. Voilà,
tout simplement! Pourquoi toujours compliquer les choses ?
J’étais
d’humeur maussade, ronchonne ! Un lancinant mal de tête
m’alourdissait. Ce matin, je n’avais pas le moral.
Jak
m’embrassa et se dématérialisa. Ce baiser d’au revoir fit
perler une larme au coin de mes yeux. C’était stupide,
je le savais, il ne me laissait que pour quelques heures, on devait
se retrouver à midi pour manger ensemble ! J’étais
hyper-sensible. Je n’aimais pas cette sensation. En principe
lorsqu’elle arrivait... Ho, non, pfeuu ! J’aurais dû m’en
douter ! Maux de tête, quelques boutons d’acné qui étaient
revenus, et maintenant, c’était le mal de ventre ! J’avais
mes règles ! Pfou, j’avais tâché mon lit ! Ça
m'exaspérait ! Je pris mes draps et les jetai au linge sale !
Je savais bien que c’était un phénomène normal, et indispensable
à la féminité, mais franchement, si ça pouvait se passer plus
simplement ! Maintenant je stressais. Parfois mes règles me
déclenchaient des douleurs au ventre carabinées. Une ou deux fois,
au début, j’avais même eu des malaises. Ce n’était vraiment
pas agréable et rien que cette pensée me sapait un peu plus le
moral. Je me traînai sous la douche, la pris sans grande conviction
puis m’habillai.
Une
demi-heure plus tard, je montais dans la voiture de Lyne. Malgré ma
possibilité de me rendre au lycée par mes propres moyens, celle-ci
passait toujours me prendre. Nous évitions ainsi les questions de
mes parents et en profitions pour bavarder. À ma mine des mauvais
jours, elle sut que ça n’allait pas. Je lui racontais les
événements de la veille. Cette histoire me hantait toujours,
monsieur Sperotielli avait beau avoir lancé son sort, je ne me
sentais pas tranquille. J’avais l'impression qu’une ombre
maléfique planait sur la ville. J’essayais bien de me convaincre
du contraire, mais dès que j'apercevais un homme vêtu en noir ou
légèrement dissimulé par un vêtement, mon cœur se mettait à
battre plus vite, mes mains devenaient moites et je m’attendais à
voir ressurgir l’enchanteur ténébreux du lac. Je dévisageais les
passants, scrutais les rues, les zones d’ombres et des frissons
parcouraient mon échine à chaque suspicion. Il faudrait que je me
calme, sinon, j’allais finir parano ! Enfin, à ma décharge,
pour une fois, Lyne ne m’inscrivait pas en faux et avait l’air
aussi soucieuse que moi. Je crois qu’elle aussi mesurait la
dangerosité de la situation. D’autant plus qu’elle ne possédait
aucun moyen de défense. Je me rendis compte de cette réalité un
peu tard, lorsque je la vis trembler et avoir les larmes aux yeux en
apercevant un homme habillé d’un long imperméable noir sur le
bord de la chaussée. Pourtant, ce n’était qu’une fausse alerte
de plus.
-
Je suis désolée Lylie, lui dis-je, je n’aurais pas dû te le
dire.
-
Ne dis pas de bêtises, tu le sais, je préfère savoir, ne serait-ce
que pour être sur mes gardes ! Mais je ne te cache pas que
cette nouvelle gâche un peu mon envie de me rendre au bal de fin
d’année.
Ho, bon
sang, c’est vrai que la date approchait.
-
Spike t’a demandé ?
-
Non, pas encore, j'espère qu’il le fera bientôt ! Sinon,
c’est moi qui le ferais, tant pis pour les convenances ! Et
toi ? Jak ?
Je
fis la grimace.
-
Non, il ne m’en a pas touché mots !
-
Alors je te le demande officiellement, s’exclama Jakob par
télépathie, Melly veux-tu bien m’accompagner au bal de fin
d’année ?
-
Hors de question que je te réponde de cette façon Jak ! Je
veux une vraie demande avec ta vraie voix, mais ne t’avise pas de
demander à une autre qu’à moi !
Jakob
éclata de rire dans ma tête, et je mis fin à la conversation. Je
ne voulais pas que Lyne soupçonne que je lui parlais à l’instant.
Elle aurait pu se sentir mise à l’écart
-
Il le fera sûrement, me dit Lyne.
-
Hein ? Quoi ?
Elle
se retourna vers moi, étonnée.
-
Sa demande !
-
Ha oui, excuse-moi, j’étais partie ailleurs, j’ai mal au bide,
les Anglaises ont débarqué, dis-je en faisant la grimace.
-
Ha ! OK, et tu n’as rien trouvé dans ton livre de magie pour
éviter les effets indésirables ? Me demanda-t-elle étonnée.
-
Ben... non... enfin, oui, heu... je n’ai pas regardé en fait.
Qu’est-ce
que j’étais bête, je n’y avais pas pensé. Pourtant, ma
grand-mère était guérisseuse ! Je savais bien maintenant
qu’elle tirait de la magie les bienfaits qui soulageaient ceux qui
venaient la voir ! Il devait donc bien exister une formule qui
m'arrêterait ce satané mal de ventre !
- En
même temps, j’ai pas intérêt de me louper ! Rétorquais-je,
des cheveux bleus ça peut passer, mais là, je ne voudrais pas
risquer l’éventration !
Lyne fit
la moue.
-
Effectivement, c’est peut-être un peu risqué, mais ta grand-mère
ne devait pas rentrer bientôt ?
-
Si, mais elle ne sera là que lundi.
-
Je peux te passer de l’ibuprofène en attendant si tu veux ?
-
Non, merci, c’est gentil, mais j’en ai déjà pris tout à
l’heure. Si ça ne va pas mieux cet après-midi, j'irai voir Gena,
la cousine de Jak, j’imagine qu’elle a bien dû être confrontée
à ce genre de soucis, ça reste une fille avant tout !
Lyne
ne répondit pas, J’avais la désagréable impression que cette
idée ne lui plaisait pas. Il faut dire que je passais moins de temps
avec elle désormais.
-
Tu sais, tu resteras toujours mon amie, même si je rencontre
d’autres personnes qui ont des pouvoirs comme moi et…
-
Oui, oui, ne t'inquiète pas, je sais, me dit Lyne avec un sourire
forcé. On est arrivé, ajouta-t-elle comme pour changer de
conversation. Et puis bon, ils pourront te protéger eux, lorsque le
mage noir viendra nous exterminer, grinça-t-elle en claquant la
porte.
J’en
restais sur les fesses !
-
Quoi ? mais pourquoi dis-tu ça ? Il n’est pas question
que je t’abandonne, tu le sais bien ! Non ?
Lyne
ne répondit rien, elle se précipita en avant, j’eus juste le
temps d'apercevoir des larmes qui coulaient sur ses joues.
Je
la rattrapais en courant et la saisis par les épaules.
-
Lyne...
Elle
tourna la tête vers moi, les yeux baignés de larmes. C’était la
première fois que je la voyais ainsi, si fragile.
-
Excuse-moi, ce n’est pas ce que je voulais dire, mais j’ai peur
Melly, sanglota-t-elle, peur que tu ne m’aimes plus, peur de ne
plus être assez bien pour être ta copine désormais, et peur de ce
mage noir, de ces deux brutes blondes qui nous ont agressés.
Je
la pris dans mes bras et la serrai fort.
-
Ma petite sœur, je t’aimerai toujours, je ne t'abandonnerai
jamais, comme tu ne m’as jamais abandonné. Et tu seras toujours
assez bien pour être mon amie, même si je rencontrais les
enchanteresses les plus géniales au monde, rien ne te remplacerait !
Lyne
se calma.
-
Dis, il est vraiment efficace le sort de l’oncle à Jakob hein ?
-
Oui, parfaitement efficace ! Répondit Jakob qui arrivait
derrière nous. Ne t'inquiète pas, tu es en totale sécurité.
Je
le vis prononcer un enchantement et pointer du doigt Lyne, un halo
doré l’enveloppa un instant et parut fondre en elle. Aussitôt,
elle reprit son sourire habituel.
-
Alors tout va bien, je te crois, dit-elle le cœur léger. J'espère
que Spike va me faire sa demande ce matin !
-
Tu l’as envoûtée ?
-
Juste ce qu’il faut. Je crois que désormais on devrait lui éviter
d’en savoir trop. Ça ne sert à rien de l’angoisser avec des
problèmes qui ne la concernent pas ou presque pas. Elle doit pouvoir
vivre sa vie sans s'inquiéter de nos histoires.
-
Mais... je...
Je
ne suis pas sûre que Lyne aurait apprécié ce genre de choses, mais
Jakob avait raison, Lyne n’avait pas à subir cette pression. Elle
n’était pas armée pour lutter, elle avait droit à l’ignorance.
Et de toute façon, monsieur Sperotielli veillait sur elle et sur
l’ensemble de la population de Greenver.
-
Je ne savais pas que tu savais faire ça !
-
Je ne suis pas aussi doué que monsieur Springle, je ne peux pas agir
sur les masses, mais sur une seule personne, je me débrouille.
Voilà
encore une chose qu’il me faudrait apprendre ! Décidément,
le chemin à parcourir pour devenir une enchanteresse au moins aussi
forte que Jakob était encore long !
-
Pas tant que ça Melly, pas tant que ça ! Tu sauras bientôt en
faire autant que moi, et pourtant, je vis dans la magie depuis
toujours !
-
J'espère, car Dezmarc n’attendra pas lui !
Cette
dernière remarque me fit frissonner. Lyne ne s’en aperçut pas,
elle se jetait déjà au cou de Spike qui venait de lui demander de
l'accompagner au bal de fin d’année.
-
Ha, ça me fait penser, dit Jakob en les voyant. Melly,
accepterais-tu d’être ma cavalière pour le bal de promotion ?
Lyne
qui avait entendu piétina sur place de plaisir.
-
Oui, dis-je sans plus d’entrain. Bien sûr j’étais contente d’y
aller avec Jakob, mais je ne pouvais m'empêcher de penser que je
trahissais Lyne en me faisant complice du sort que venait de lui
jeter Jakob.
Lyne me
regarda étonnée.
-
Ben, je croyais que cela te ferait plus plaisir que ça, me dit-elle.
Je
souris de travers.
-
Les anglaises, tu te rappelles.
-
Ha, oui.
Et
elle se détourna pour raconter à Jessica qui arrivait que Mike
l’avait invité.
L'ambiance
au lycée était dissipée, toutes et tous ne parlaient que du futur
bal, de leur cavalier ou cavalière, de robes et de costumes qu’ils
revêtiraient ce jour-là. Le thème de cette année était les
années folles, robe charleston et tout le toutime ! Pourtant,
il nous restait les examens de fin d’année. Pour moi, ce ne serait
qu’une formalité, il ne me manquait que quelques points au
contrôle continu, j’avais frôlé de deux doigts la note pour
n’avoir aucun examen à passer.
J’entrai
en cours sans grande conviction, toujours hantée par la crainte de
voir surgir le mage noir d’une minute à l’autre. Jakob et moi
restions en contact permanent par la pensée. Même s’il faisait
confiance aux pouvoirs de son oncle, lui aussi était sur ses gardes.
Nous
nous retrouvâmes comme prévu pour manger. Les autres riaient et
plaisantaient, mais je n’arrivais pas à m’intégrer à leur
bonne humeur. Jakob scrutait le réfectoire, et le sourire qu’il
arborait sur ses lèvres n’était qu’un rictus de façade tout
juste bon à ne rien laisser paraître. Le temps me durait que les
cours se terminent pour que je puisse passer avec lui la fin
d'après-midi à m'entraîner pour de bon aux sorts de combats.
Autant
dire que lorsque madame Greendle m’interrogea sur les propriétés
des pissenlits je ne pus lui fournir qu’une réponse évasive. Les
maths de monsieur Flitcher ne furent pas plus compréhensibles. Il y
était question de limites et de dérivées, mais elles ne firent que
planer au dessus de ma tête. La sonnerie de treize heures cinquante
retentit enfin ! Je me précipitais à la rencontre de Jakob, et
me jetais dans ses bras.
-
Quelle journée ! Je n’en pouvais plus d’attendre, enfin en
week-end ! Alors, où allons-nous ?
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