Chapitre 19 Entraînement
Dreib
La
question parut embêter Jakob.
-
Ben, je n’en sais rien, nous ne pouvons plus aller en Italie,
Chiani est surveillé, et je me doute bien que tous les endroits où
vit un membre de ma famille doivent l’être aussi.
La
panique me prit. Mais qu’est-ce que j’avais pu être bête une
fois de plus ! Je ne m’étais pas souciée de ce problème
pensant stupidement que Jakob aurait une solution comme toujours. Je
réfléchissais rapidement. La plage ? Hors de question !
Beaucoup trop de personnes pourraient s’y trouver ou nous y voir !
Chez L’oncle Sperotielli ?
-
Non, il n’y a pas assez de place, me répondit Jak qui avait suivi
le fil de mes pensées.
Je
cherchais, passais en revue tous les lieux que je connaissais, les
terrains, bois, lacs où nous avions un jour pu camper, les lieux
désertiques que nous aurions pu visiter avec mes parents quand
j’étais petite. Mais aucun ne paraissait convenir, toujours trop
de touristes possibles. Mais oui ! Bien sûr, quand j’étais
petite !...
-
Chut, ne dis rien, parle-moi uniquement par télépathie, je ne veux
pas prendre le risque que l’on nous entende.
Je
me retournais précipitamment de tout côté, effrayée à l’idée
que quelqu’un puisse nous observer.
- Je
ne vois personne, tu crois que?...
- Je
ne sais pas, on ne sait jamais, quelqu’un dissimulé par un
sortilège d’invisibilité...
-
Prends ma main, cette fois, c’est moi qui t'emmène !
-
Cache ton sort Melly, il ne faut pas qu’on nous suive !
Je
hochai la tête. Dissimuler un sortilège de déplacement était une
des dernières choses que j’avais apprises à faire. Il suffisait
de modifier légèrement la formule originale en ajoutant skep
devant et il devenait impossible de trouver la trace magique laissée
par l’enchantement.
Je
me concentrai fortement sur le lieu de destination, fis un petit
cercle avec ma baguette et prononçais la formule dans ma tête
-
Skep guem
Les
bâtiments du lycée tournoyèrent un court instant pour laisser
place à un large champ de lavande. Nous étions en contre bas d’une
petite falaise de calcaire blanche. Le soleil nous chauffait la peau,
l’air embaumait le thym, le romarin sauvage et le chêne vert. Une
chèvre sauvage prise de panique à notre arrivée détala dans la
montagne.
-
Où sommes-nous ? demanda Jakob.
-
Chez moi ! En Ardèche !
J’adorais
ce paysage, je m’y sentais bien, en sécurité.
-
C’est ici que je venais chercher des herbes magiques avec ma
grand-mère quand j’étais petite, ajoutais-je émue par ce
souvenir. Je courais au milieu du pré, ramassant toutes les fleurs
que je trouvais belles pour en faire des quetous pour maman.
-
Des quoi ?
Je
m’esclaffai
-
Des quetous, c’est comme ça que j’appelais les bouquetous, c’est
le mot patois d’ici pour les bouquets, je n’arrivais pas à le
prononcer, dis-je en riant. Alors, je courais en criant « viens
mamie on va faire des quetous pour maman » et je prenais tout ce qui
me tombait sous la main, même ces fleurs de pissenlit. Tiens, madame
Greendle serait contente de savoir que j’y attachais une importance
finalement.
Jakob
s’approcha de moi, je l’avais touché avec mes souvenirs, il
m’enlaça et m’embrassa. Sa proximité fit naître une fois de
plus le désir, mais nous n’étions pas là pour ça, et puis mes
règles n’auraient pas facilité le truc.
-
Ici, je crois que nous serons tranquilles, personne ne vient par là !
Nous pourrons nous entraîner tout à notre aise. Par quoi
commençons-nous ?
Jakob
reprit son sérieux, il s’écarta de moi. Il s’assit sur un petit
rocher, prit un bâton et dessina dans le sable à ses pieds.
-
Les combats magiques, peuvent prendre plusieurs formes, la plus
dangereuse, et la plus destructrice, utiliser les éléments de la
nature : tremblements de terre, ouragans, orages dévastateurs
et les diriger contre son adversaire. Il faut une énorme force
magique pour y parvenir. Je ne crois pas que ce soit le cas pour
beaucoup d’enchanteurs, et heureusement, car les dommages
collatéraux sont à chaque fois immenses, tuant, blessant, et
ruinant des milliers de Moris. C’est une spécialité de Dezmarc.
J’en
avais des frissons dans le dos.
-
Pour l’instant, nous nous contenterons si je puis dire, du combat
au corps à corps ! C’est celui auquel tu seras, ou plutôt,
nous serons confrontés à coup sûr en premier ! Tous les
enchanteurs le pratiquent avec plus ou moins de maîtrise. Bien sûr,
il y a des sorts spécifiques, tu as déjà fait l'expérience de
l’Uper Dep avec Springle. Mais
l’on peut se servir de n’importe quel sortilège ! Faire
apparaître une flaque de boue sous les pieds de ton adversaire pour
le faire glisser, couper les barreaux d’une échelle à laquelle il
s’accroche, le ficeler avec une corde, tout peut être utile !
Je
hochais la tête, concentrée, faisant déjà le tour de ce que je
savais faire et dans quelle circonstance l’utiliser.
-
Les trois premières choses à savoir : le bouclier, pour te
protéger des sorts
Jakob
dessina un cercle de coté en criant Per
Un halo
lumineux circulaire se dressa devant lui, puis s’évanouit.
-
Le sortilège d’annulation, Streig
accompagné d’un petit triangle que tu finis par encercler et pour
finir, le sortilège de désarmement : Gab
avec un petit mouvement sec du poignet vers l’arrière, comme si
l’on ferrait un poisson.
Je
te propose une petite joute, tu m’envois des Dep, je les pare avec
les Per, puis nous inversons. OK ?
-
OK ! Dis-je en m’éloignant un peu.
Tous mes
muscles étaient tendus, je levais ma baguette
-
Dep, criais-je en pointant Jakob.
Celui-ci
eut juste le temps de déployer son bouclier, mais la force de mon
enchantement le projeta trois mètres en arrière. Il bascula et
tomba sur les fesses
-
Ho, mince Jak, je suis désolée, je ne voulais pas te faire de mal,
dis-je en me précipitant vers lui.
Il
éclata de rire.
-
OK, à moi !
Il
lança un Dep contre moi, en un quart de seconde, je brandissais mon
bras psalmodiant un Per. Un magnifique bouclier bleu-azur s’ouvrit
devant moi, repoussant sans effort le sortilège de Jakob.
-
Houa, s’exclama-t-il, c’est hallucinant, comment as-tu fait ça ?
Je
haussais les épaules.
-
Mon pendentif, Jak, c’est ce qu’il s’est passé au lac l’autre
jour, aucun des mauvais sorts que me lançaient les sorciers ne
pouvaient m'atteindre. La différence, c’est que cette fois, c’est
moi qui ai choisi délibérément de me protéger !
Jakob
et moi nous entraînâmes comme cela plusieurs heures, sautant,
rampant, courant entre les buissons, tantôt attaquant l’autre,
tantôt le repoussant. J’étais aux anges, Jakob était un
merveilleux combattant. Bien sûr il avait souvent le dessus, mais je
lui tenais tête fièrement et habilement la plupart du temps. Le
combat à la baguette était un mélange d’escrime et de tir au
pistolet.
Le
lendemain, nous y retournions de bonne heure, j’avais dit à mes
parents que je passais la journée du samedi avec Jak et que je ne
rentrerais que le soir. Ça n'emballait pas mon père qui voulait
faire une sortie en bateau en famille. Maman avait bien essayé de me
convaincre d’inviter Jakob à venir avec nous, mais j’avais
décliné l’invitation prétextant un mal de mer dû à mes règles.
Ce n’était d'ailleurs qu’à moitié faux, elles me travaillaient
encore plus aujourd’hui qu’hier !
Nous
repartîmes donc nous entraîner dans notre nouvelle cachette
française pour peaufiner mes acquis de la veille. Jak m’enseigna
en plus quelques bottes secrètes. J’avais encore un peu de mal à
les placer, parfois les sorts s’entrechoquaient, roussissant au
passage les feuilles des buissons. À la fin de la journée, quelques
égratignures me barraient le visage et les mains, j’étais
exténuée, mais heureuse. Je me sentais désormais beaucoup plus
prête à affronter mes ennemis.
-
On va peut-être s’arrêter là pour aujourd’hui, je suis crevée,
dis-je le souffle court.
Jakob
s’assit à côté de moi.
-
Oui, tu m’as épuisé ! Je suis fier de toi, tu te débrouilles
comme une chef !
Je
souris, ce compliment me fit du bien. Je le pris par la main.
-
Viens-là que je soigne toutes tes blessures, mon héros.
Lui
aussi était couvert d’égratignures. Je pointai mon index sur ses
plaies et prononçai la formule adéquate.
- Iek.
Un flux
argenté se déversa finement sur sa peau meurtrie, puis s’évapora,
la laissant sans aucune cicatrice.
-
Merci, me dit-il, à mon tour, laisse-moi te soigner, je ne me vois
pas expliquer à ton père que je te ramène dans cet état ! Il
sortirait le fusil, plaisanta-t-il.
Il fit
courir son doigt sur moi, une douce chaleur remplaçait agréablement
le picotement de mes éraflures. Puis il passa sur mon visage, je
sentais son souffle chaud sur la peau de mon cou, des frissons de
désir me parcoururent. Je l’enlaçai roulant sur lui en riant et
l’embrassai amoureusement.
-
Je t’aime mon Jak ! tu es la plus belle chose qui me soit
arrivée.
-
Moi aussi je t’aime ma Melly, et je ne laisserai personne te faire
du mal.
Le
ciel s'obscurcissait, il nous fallait repartir.
Pendant
le week end, je n’avais pas à me rendre chez Don Sperotielli pour
apprendre dans les livres, je comptais donc bien en profiter pour
revenir dès le lendemain matin pour continuer mon entraînement.
Jusqu’à présent, cela se passait bien, je n’avais même plus à
prononcer les formules de base, le simple fait d’y penser
suffisait. C’était bien pratique, et surtout plus discret !
Aïe,
voilà que mon mal de ventre me reprenait. Je l’avais oublié
celui-là ! Je fis la grimace.
-
Quelque chose ne va pas ? Me demanda Jakob inquiet.
-
Non, rien de bien méchant, tu sais... les problèmes de fille !
-
Ha ! Dit-il en haussant les sourcils, je crois bien que je ne te
serais d’aucune efficacité.
-
J’avais bien pensé à aller voir Gena, mais...
-
Oui, c’est risqué.
-
Si l’on fait vite, tu crois qu’on ne pourrait pas ? Ça me
fait vachement mal, tu sais ?! j’ai pas envie de passer ma
nuit à tourner dans mon lit.
Jakob
fit la moue, puis finit par céder.
-
On ne s’éternise pas ! Je lui envoie un message pour savoir
où elle est, on la rejoint rapidement. OK ?
-
OK.
Jakob
lui envoya un SMS
«
Salut Gena, Melly a besoin de toi, où peut-on te rejoindre
rapidement ? Jak »
La
réponse ne tarda pas : « Coucou, suis au café chez
Luidgi, rejoignez moi, je vous attends, bise Gena ».
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