Chapitre 21 Jessica.
Jessica
Le
week-end passa bien vite. Durant tout le dimanche, Jakob et moi nous
sommes encore entraînés. Don Sperotielli profita de notre pause
déjeuner pour nous donner quelques conseils supplémentaires. Son
engouement et sa joie de nous voir progresser furent aussi
réconfortants pour moi que ses fameux gnocchis persillés à la
sauce gorgonzola et que son escalope milanaise au parmesan. Pourtant
ils ravirent mes papilles !
Outre
les sorts de combats, j'appris en plus ceux de la dissimulation :
se rendre invisible, ou faire disparaître un objet de la vue des
autres. C’était assez sympa. L’invisibilité était étrange.
Bon, il fallait bien maîtriser le truc ! Au début, il
m’arrivait de clignoter au lieu de disparaître totalement, je me
suis même une fois retrouvée toute nue, seuls mes habits avaient
disparu ! Coup de chance, je ne m'exerçais pas en pleine rue
cette fois-là ! Heureusement aussi que la dissociation ne
pouvait se faire qu’entre le corps et les fringues ! Je n'osai
imaginer l’effet que provoquerait une moitié de squelette se
baladant !
Une
fois la dextérité atteinte, c’était un régal ! La première
des choses qui m’était passée par la tête, était la fois où
Lyne avait pris Tim en photo dans les vestiaires. Si j’avais su
faire ça avant, je l’aurais probablement utilisé pour en
profiter. Évidemment, maintenant, je n’en avais pas besoin, Tim
était le dernier de mes soucis, quant à Jakob... je n’avais pas
besoin de sortilège pour le voir ainsi. Depuis, je pouvais me
promener en pleine ville sans que personne ne me voie, en prenant
garde bien sûr à ne pas me faire renverser par quelqu’un !
Ce qui n’était pas si simple lorsqu’il y avait foule, comme ce
fut le cas le soir même alors que nous nous rendions discrètement
au cinéma. Nous réussîmes non sans mal à passer tout de même
sans payer, ce qui fut un excellent entraînement.
Le
lundi, je tentais d’en profiter au lycée. Je voulais voir si l’on
parlait de moi dans mon dos. Je me rendis aux toilettes et prononçai
le sort d’invisibilité en faisant une petite spirale du doigt
au-dessus de moi.
-
Ne uel.
Je
m'apprêtai à sortir lorsque Jessica pénétra en trombe dans les
WC. Elle s’assura que personne n’était là. Se croyant seule,
elle pleura à chaudes larmes. Ma première réaction fut d’aller
la prendre dans mes bras pour la réconforter, puis je me souvins
qu’elle ne pouvait pas me voir. Me dévoiler à elle maintenant
m’obligerait à tout lui expliquer. Chose qui était impossible !
Mais
pourquoi était-elle là ? Que se passait-il pour qu’elle
prenne autant de peine à cacher son désarroi ?
J’eus
envie de lire dans ses pensées, après tout, je l’avais déjà
fait sans le vouloir lors de mon anniversaire. Je n’étais pas sûre
de réussir, bien sûr, mais ce qui me retint ne fut pas cela. Lire
dans les pensées de celle qui depuis était devenue mon amie ne me
semblait pas bien ! Je décidai donc de m’y prendre autrement.
J’entrai
dans une cabine et annulai mon invisibilité, puis sortis de celle-ci
comme si de rien était.
-
Eh, Jessica ? Dis-je sur le ton le plus étonné possible. Mais
qu’est-ce qu’il se passe ? Pourquoi tu pleures ?
La
première réaction de ma copine fut un mouvement de recul.
-
Melly ? Mais comme se fait-il ? Je croyais avoir regardé
partout !
-
Quoi ? Que veux-tu dire ?
-
Je... rien.
-
Alors, dis-moi, qu’y a-t-il ? Insistais-je
Jessica
hésita puis se lança.
-
C’est mes parents, ça ne va pas du tout entre eux en ce moment, je
crois qu’ils vont divorcer !
-
Ho, mon Dieu, je suis désolée, la plaignis-je sincèrement en la
prenant dans mes bras. Tu crois vraiment ? Ce n’est peut-être
qu’une dispute passagère, rien de plus, tu sais la vie de couple
n’est pas toujours facile et...
-
Non, je t’assure, cela fait déjà quelque temps que l'ambiance à
la maison n’est pas bonne et...
Jessica
s’arrêta là.
-
Et...
Elle
baissa la voix.
-
Mon père a trompé ma mère.
-
Ho mince, elle est au courant ?
-
Oui, elle avait des doutes depuis quelques mois, et là, hier soir,
elle est tombée sur un mail. Elle le surveillait, elle l’épiait.
Je crois même qu’elle est allée jusqu’à le suivre. Et puis il
a commis une erreur. Elle est tombée sur un mail non effacé
définitivement dans la corbeille de l’ordinateur. C’était
accablant. C’était horrible ! Ma mère était dans tous ses
états ! Ma petite sœur n'arrêtait pas de dire « mais
pourquoi maman pleure ? », « mais pourquoi elle pleure maman
Jessi ? » Et moi, que voulais-tu que je lui réponde ?
Jessica
partit dans un nouveau sanglot.
-
Je ne pouvais pas lui dire « papa est un salop qui n’aime plus
maman ! » Alors, j’ai fait diversion, je lui ai dit que maman
était fatiguée, que c’était tout.
Elle
se moucha.
-
Elles ont pleuré toute la nuit, chacune dans leur chambre. Mon père
n’est pas rentré. Ma mère lui avait téléphoné, lui disant
qu’elle savait tout, qu’elle ne voulait plus le voir à la
maison.
-
Mon dieu, je suis tellement désolée.
-
C’est un salop, pourquoi nous a-t-il fait ça ? Pourquoi ?
Me demanda-t-elle les yeux rougis par la peine.
-
Je ne sais pas. Parfois, les hommes se sentent vieillir, alors ils
ont peur. Peur que leur vie ne soit pas partie dans le sens qu’ils
voulaient. Alors, ils essaient de retrouver leur adolescence,
rejouent de la guitare, refont le sport qu’ils pratiquaient au
lycée, et... recherchent à plaire aux filles.
-
Mais pourquoi ? Il ne nous aime plus ? Nous sommes des
erreurs pour lui ?
-
Non, pas du tout, rétorquais-je apeurée par la tournure que prenait
la conversation. Je n’étais pas psychologue, je ne voulais pas lui
donner de mauvaises informations. Je pense que cela n’a rien avoir
avec vous, juste avec lui ! Et puis, tu sais, les femmes peuvent
aussi se comporter de la même manière !
-
En l'occurrence, ma mère n’a rien fait !
-
Je ne sais pas, je ne suis pas dans leur couple, mais peut-être
qu’entre eux, ce n’était plus ça.
-
Ne lui cherche pas d’excuse, ce qu’il a fait est ignoble !
S’énerva-t-elle
-
Jess, je ne l’excuse pas, j’essayais simplement de t’aider à
comprendre. Mais je ne suis probablement pas la mieux placée pour
cela. Ma connaissance des relations homme femme reste assez
théorique.
-
Peut-être devrais-tu en parler avec la psychologue du lycée, elle
pourra peut-être te guider.
-
Oui, je vais essayer, dit-elle en baissant la tête, puis d’un seul
coup l’air affolé.
-
Tu ne diras rien ? Promets-moi que ça restera entre nous !
Si Cynthia venait à l’apprendre, elle me pourrirait la vie !
J’avais déjà fait l’erreur de lui en toucher deux mots avant de
faire véritablement ta connaissance, et je suis certaine qu’elle
n'hésiterait pas à s’en servir contre moi désormais.
Je
comprenais mieux les propos tenus par Cynthia lorsque j’avais fait
pousser de la mousse dans son soutien-gorge ! Effectivement, à
cette époque, elle avait fait taire Jessica qui prenait ma défense
en la menaçant sur la situation de ses parents.
-
Bien sûr, la rassurais-je, je ne dirai rien ! tu peux compter
sur moi ! Et si je peux t'être utile en quoi que ce soit,
n'hésite pas.
Elle
me prit dans ses bras et fondit en larme.
-
Qu’est-ce qu’on va devenir ? Comment allons-nous faire ?
Et ma petite sœur, comment va-t-elle prendre les choses ? Je ne
veux pas déménager, je ne veux pas tout ça...
Ça
me crevait le cœur de la voir dans cet état.
-
Si au moins on savait exactement pourquoi ? Pensais-je tout
haut.
La
magie pourrait nous aider.
Non,
Melly, tu sais bien, pas d’amour véritable avec la magie me disait
une petite voix.
-
Bip Bip.
Jessica
venait de recevoir un SMS.
Elle
essuya ses yeux, se moucha une nouvelle fois et sortit son téléphone.
-
C’est ma mère, elle devait parler avec mon père pendant que nous
étions à l’école. Regarde, tu avais raison.
Le
SMS n’indiquait que quelques mots et un smiley qui pleure.
Crise
de la quarantaine :’(
Ben
au moins, on était fixé !
-
Écoute, lui dis-je sur un ton solennel, je te promets que je vais
essayer de faire quelque chose, je ne sais pas quoi, ni comment, mais
fais-moi confiance !
J’ignorai
pourquoi je lui tenais ces propos avec autant d’assurance, mon
instinct me le dictait sans que je ne sache pourquoi. Je m’en
étonnai moi-même.
Jessica
sécha ses larmes, et étrangement parut me croire. De toute façon,
elle n’avait pas grand-chose à perdre !
Nous
sortîmes des toilettes, les autres se doutèrent bien que quelque
chose ne tournait pas rond, les yeux bouffis et rouges de Jessica ne
passant pas inaperçus. Ils m'interrogèrent du regard. Je leur fis
signe que tout allait bien, et ils n'insistèrent pas, ce qui
m’arrangeait. Je n’aurais pas su quoi leur répondre !
Cynthia
lui jeta un regard inquisiteur lorsque nous entrâmes dans le cours
de Monsieur Flitcher, mais elle n’en dit pas plus. Il était vrai
que depuis sa rupture avec Tim, elle était devenue moins méchante
avec les plus faibles. À croire que de se faire rabaisser par toutes
les moqueries dont les garçons l’avaient affublée pendant
quelques jours l’avait un peu remise en place ! Ce n’était
pas plus mal ; cela permettait d’apaiser un peu les tensions
qu’elle pouvait faire subir à ces pauvres élèves dont je faisais
partie quelques semaines plus tôt. Pour elle, ça n’avait pas
duré, grâce à sa plastique et sa place dans les pom-pom girls,
elle restait de toute façon une fille très populaire.
Dès
que la sonnerie eut retenti, je me précipitai au-devant de Jak. Je
n’avais plus qu’une envie, me téléporter chez ma grand-mère.
Jakob
avait émis l'hypothèse de ne pas m’accompagner, supposant que je
préférerais passer un moment seule avec Mamie que je n’avais pas
vue depuis longtemps. C’est vrai que j’avais plein de choses à
lui dire, mais je ne me voyais pas laisser Jakob de côté, sa
présence m’était devenue indispensable. J’étais devenue accroc
à mon mec ! Je me précipitais dans la cour, il était là, il
m’attendait, sa seule vision fit battre un peu plus fort mon cœur.
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