Chapitre 22 - 1 Mamie


Chapitre 22 Mamie

Auoe

  Nous nous éloignâmes pour nous soustraire à la vue des autres élèves et en un tour de baguette, les parfums de la campagne ardéchoise nous titillaient déjà les narines.
  Je nous avais emmenés cette fois-ci directement chez Mamie. Elle habitait dans une ancienne ferme typique. Des géraniums étaient plantés dans des jardinières en bois vert posées sur le rebord des fenêtres. Ils étaient censés éloigner les moustiques. Je ne sais pas si ça fonctionnait, mais en tout cas c’était du plus bel effet. Leur couleur rouge contrastait avec le blanc des pierres calcaires dont était faite la vieille bâtisse, et s'harmonisait parfaitement avec les volets lavande et les petits rideaux en dentelle nacrée.
Jakie, le vieux Beauceron nous entendit le premier, il aboya et se précipita vers nous joyeusement.
  Jakob en apercevant cette boule de poils noirs se jeter vers nous recula d’un pas, mais l’air pataud et adorable de Jakie eut raison de ses craintes.
  Tiens, c’est marrant ! Jakie, Jakob, je n’avais pas encore fait le rapprochement !
  Et dire que c’était moi qui avais donné ce prénom au chien de Mamie ! À croire que j’aimais déjà cette consonance quand j’étais petite !
  Ayant entendu le chien, Mamie apparut à la porte. Mon cœur s’accéléra, et une bouffée de bonheur m’emplit. J’avais pourtant décidé de lui faire des reproches. Mais la nature était plus forte que ma rancœur, comment pourrais-je résister à son sourire, son petit chignon gris et son tablier à carreaux où j’aimais tant me réfugier lorsque j’étais malheureuse. En me voyant, elle mit ses mains sur son visage, des larmes montèrent à ses yeux et elle se précipita vers moi pour me prendre dans ses bras.
  - Ma Lylie ! Comme je suis contente.
  Je la serrai fort contre moi, la douceur de sa peau, son parfum de lavande me berçait de souvenirs d’enfance. J’avais l’impression que notre amour commun se diffusait dans cette étreinte. Il me rappela le sentiment de sérénité et de bien-être que j’avais ressenti lorsque j’avais pris ma baguette pour la première fois. La réunion de l’amour de plusieurs générations d’enchanteresses.
  - Pourquoi ne m’avais-tu rien dit Mamie ? Pourquoi m’as-tu laissée toute seule ?  
  Elle versa une larme.
  - Viens, viens t'asseoir, je vais tout te raconter, venez aussi jeune homme, je me doute que si vous êtes là, c’est que Melly tient énormément à vous, je vous permets donc d’entendre ce qui va suivre.
  Je me contentais de hocher la tête en signe d’assentiment. J’avais hâte de présenter Jakob à Mamie, mais j’étais encore plus pressée d’entendre ses explications.  Mamie s’assit sur le banc devant la maison, le soleil chauffait. Elle prit mes mains dans les siennes.
  - Depuis ta naissance, de par la date, je savais que tu allais devenir une enchanteresse de la lune rousse.
  J’allais rétorquer, elle ne me laissa pas le temps de dire quoi que ce soit.
  - Je ne pouvais pas t’enseigner quoi que ce soit ! Parfois, quand une fille, ou un garçon reçoit autant de pouvoir, il ou elle se perd, et bascule du côté noir de la magie. Dans ce cas-là, mieux vaut ne pas trop lui en avoir enseigné, les dégâts sont moins importants.
  Oui, bon, je n'en apprenais guère plus, pourtant, cette phrase me fit tiquer !
  - Un garçon ? Je croyais que seules les filles pouvaient...
  - Non ma puce, ce qui est valable pour les filles, l’est tout autant pour les garçons ! Il y a eu aussi des enchanteurs de la lune rousse, et le plus célèbre, tu le connais !
  - Harry Potter ?
  Ma grand-mère éclata de rire
  - Non, Merlin !
  Ha, tiens, ça me fait penser que je n’ai pas encore lu le livre sur les légendes arthuriennes, je crois que ça va devenir une nécessité !
  - Oui, bon, et alors ?  Admis-je un peu vexée de ma bêtise, évidemment, le mien même s’il était très connu, n’était qu’un personnage d’œuvre littéraire.
  - Il y avait quand même une possibilité de minimiser ce risque avec ça !
  Elle pointa mon pendentif du doigt.
  -  Il nous a fallu rassembler beaucoup d'énergie pour le fabriquer, ça a pris beaucoup de temps, et de recherche. Heureusement, on était plusieurs et Georges était là !
  - Georges ? Lequel ? Ton Georges, celui avec qui tu vas à l’opéra ?
  - Oui, Melly, celui qui habite en face de chez toi, Monsieur Springle !
  J’en tombai à la renverse ! Ma grand-mère sortait avec monsieur Springle ! C’est vrai que depuis toutes ces années, je ne l’avais jamais vu, son Georges ! Bizarrement, chaque fois qu’il venait je n’étais pas là ! Je commençais à comprendre.
  - Voilà pourquoi il me surveillait ! Mais pourquoi ne pas l’avoir fait toi-même ? Pourquoi n’être pas venue tout de suite ?
  - Je ne pouvais pas ! La magie de la lune rousse m'interdisait de le faire. Il m’était impossible d’intervenir avant la première pleine lune ! Soit aujourd’hui exactement, le quatre juin ; tout juste quinze jours après la fin de la lune rousse au 22 mai ! Donc, je suis partie ! Je ne me voyais pas rester ici à tourner en rond pour savoir si tout allait bien, je n’aurais rien fait de bon pour mes patients, j’aurais eu la tête trop ailleurs.
  C’est vrai que Mamie en tant que guérisseuse renommée, passait beaucoup de temps à soigner les Moris. Voilà bien une preuve de plus que tous les enchanteurs ne sont pas égoïstes !
  J’ai cru devenir folle lorsque Georges m’a parlé des problèmes que tu as eus au lac ! Il me tient bien sûr au courant de tout. Elle posa son regard sur Jakob en disant cela.
  J’étais soulagée, j’avais eu l’impression qu’elle m’avait abandonnée alors qu’en fait, elle n’y était pour rien ! Elle avait même cherché par tous les moyens à me mettre en sécurité. Cette nouvelle me fit chaud au cœur, je retrouvai ma grand-mère d’autrefois, aimante et maternelle.
  - Voici donc le fameux Jakob dont paraît-il tu ne te sépares pas une minute ?
  - Oui, c’est bien lui dis-je en rougissant.
  Elle savait donc que je passai mes nuits avec lui !
  - Bonjour Madame, dit Jak en tendant timidement la main.
  Elle la serra tout en le fixant plus intensément.
  - Mon Dieu, ces yeux, ce nez ! Tu me fais penser à quelqu’un que j’ai beaucoup aimé ! Mais, c’est impossible, comment cela se pourrait-il ? Demanda-t-elle, semblant se parler à elle-même. Ôte-moi d’un doute, comment s'appellent tes parents mon garçon, tu es bien un Sperotielli ?  
  - Pas tout à fait, je suis un Watt Madame, Esperanza et James Watt, étaient mes parents, c’est mon oncle qui s'appelle Sperotielli.
  Ma grand-mère tressaillit en entendant leur nom. Des larmes montèrent à ses yeux.
  - Mon Dieu, tu es le fils d’Esperanza ! Dit-elle en prenant Jakob dans ses bras.
  Elle semblait bouleversée.
  - Comme tu as grandi mon petit, laisse-moi te voir ! Tu lui ressembles tellement !
  Jakob me jetait des regards ahuris
  - Mais de quoi parle-t-elle ? me télépatha-t-il.

  - Je ne sais pas !
  - Mais enfin Mamie, qu’est-ce qu’il se passe ? Tu les connais ?
  - Bien sûr ! S’emporta-t-elle. Toi aussi !
 

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire