Ma mère faisait de la radiesthésie!!!!
Jakob semblait aussi surpris que moi.
Elle le prit dans ses mains, le réchauffa de ses paumes et de son souffle, puis le fit balancer entre ses doigts au-dessus des différents quartiers de Balitmore. Celui-ci tournoya un moment, ma mère semblait totalement absorbée par ce qu’elle faisait. Je tendis la main dans sa direction pour voir ce qu’il se passait dans sa tête.
- Uel Men
Des images se mirent à défiler à toute vitesse. Les rues, les avenues, un coup avec une vision de dessus, l’autre comme si je me trouvais devant les maisons. Une espèce de google street view ® en accéléré. Puis la vision de la carte posée sur le bureau, puis ça recommençait à défiler, nous entrions même dans les maisons par moment. Maman posait des questions mentales, et le pendule oscillait dans un sens ou dans un autre. « Est-il mort ? Est-il en danger ? » Puis suivant les réponses, et les flashs qui lui arrivaient, elle en posait d’autres : « Dans cette direction ? Plus près ? Plus loin ? À droite ? » Puis une série de chiffres. Ce tournis me donnait le mal de mer. Je repliai ma main, un peu nauséeuse. Ma mère ne semblait pas affectée comme je l’étais, mais un oeil sur Jak (qui n’en avait pas perdu une miette) m’apprit que je n’étais pas la seule à me sentir vaseuse. Il était blanc comme un linge.
- Ça va chéri ?
- Houa, souffla-t-il, je ne sais pas comment ta mère peut supporter une alternance d’images comme celle-ci. Encore une minute et je vomissais sur la moquette ! Space montain à côté, c’est de la gnognotte !
- Deven Street, le 1203. Ce petit malin est chez un copain, il joue aux jeux vidéos ! Scanda ma mère.
Mike fit un grand sourire et pianota sur le clavier de son ordinateur.
- Et bien voilà une bonne nouvelle ! Même s’il prend une belle engueulée, sa mère va être sacrément soulagée ! C’est aussi pour pour ces moments-là que je t’aime ma Cathy.
- Quoi, Sa Cathy ? Il aime ma mère ??? Mais il est malade ou quoi ce mec ! Je vais le...
- Melly Non, arrête !
Trop tard, les feuilles se mirent à voler comme si un courant d’air les avait emportées. Mike s’agita, apeuré, il tournait la tête dans toutes les directions pour voir d’où venait ce vent. Mais la porte et la fenêtre étaient restées bien fermées !
- Bon sang, Cath, c’est quoi ce délire ?
Ma mère fronça les sourcils, ouvrit de grands yeux étonnés et chercha du regard dans la pièce.
- Je... Je ne sais pas.
- Tu as vu quelques choses ?
- Non, je ne crois pas... enfin, ce n’est pas possible.
- Quoi ? Encore une vision de ta fille ?
Mon sang ne fit qu’un tour.
- Oui, mais là, c’était diffèrent, elle était ici ! Maintenant !
Mike parut étonné.
- Cath, je crois que tu es surmenée en ce moment. Tu devrais prendre des vacances, partir avec ton mari, te reposer un peu. Je ne sais pas comment tu fais pour tenir le coup comme ça.
- Je ne peux pas, pas en ce moment, pas avec ce qu’il se prépare !
- Mais l’on n’est sûr de rien, toi-même tu le reconnais !
- Je ne peux pas Miky, il s’agit de ma fille, ma Melly !
J’en frissonnais d’angoisse, qu’est-ce qu’il se passait ? Et puis Miky, quel exécrable surnom. Ce bonhomme n’avait pour moi plus rien de sympathique, je l’aurais volontiers pulvérisé si Jakob ne me retenait pas.
- Catherine, toutes nos équipes sont en alerte, si ce gars se pointe, on ne peut pas le louper, continua l’horrible binoclard.
- Je sais, mais quelque chose m’échappe, pourquoi je n’arrive pas à le localiser ? Et qu’est-ce que Melly vient faire là-dedans ?
- Uel Men
Je piochais à nouveau les informations dans les pensées de maman, ses souvenirs refaisaient surface au fur et à mesure qu’elle parlait avec Mike. Elle se revoyait le premier jour, bouleversée par la prémonition qu’elle venait d’avoir.
- Mike, il va arriver quelque chose à ma Fille, s’écriait-elle dans ce même bureau. Elle est en danger !
- Quoi, mais c’est impossible ! répondait celui-ci.
- Je te dis que si, il faut envoyer une patrouille de gardes forestiers au lac, je l’ai vu, un homme tout en noir, il lui veut du mal, je ne comprends pas pourquoi, mais j’en suis sûre.
Mike avait accepté de téléphoner.
Le temps s’était écoulé. Il tendait à présent une feuille à ma mère.
- Tu vois, tu t’inquiétais pour rien, les gardes ont jeté un coup d’oeil discret, tout va bien la bande de jeunes n’avait même pas d’alcool à disposition.
- Ouais, ça, c’était bien grâce à Jakob, crétin !
Ma mère lisait la feuille, mais semblait incrédule.
- Je ne comprends pas, quelque chose m’échappe. Je ne la sens plus en danger immédiat, mais une chose plus forte, plus profonde pèse sur ses épaules, une menace sourde.
Puis changement de décor à nouveau, ma mère qui s’écriait cette fois.
- Je le tiens, c’est un homme, mais je n’ai jamais vu ça ! Il m'apparaît immense !
- Tu es sûre ? Ce serait lui qui serait derrière toutes ces disparitions ?
- Oui, j’en suis sûre !
Ce souvenir passa pour laisser place à un autre.
- Tu avais raison Cath, ils étaient bien là où tu le disais. La police vient de découvrir leurs corps. Les mutilations sont terribles.
Encore plus tard
- Toujours le même homme, mais ça n’explique pas pourquoi je vois toujours ma fille et son nouveau copain mêlés à ça !
- Tu te fais trop de soucis depuis son accident. Tu as peur qu’elle grandisse trop vite, tu t’imagines trop de choses. Ça interfère sur tes pouvoirs.
- Mon Dieu, je n’avais pas imaginé que ma mère puisse s’inquiéter autant.
- Je sais, hier soir, j’étais même persuadée qu’elle était prête à faire l’amour avec ce garçon. Et pourtant, elle était bien seule au réveil.
Je regardais Jakob toute rouge. Ma mère se doutait que l’on passait nos nuits ensemble pour disparaître au matin. Et c’était vrai, aussi, plusieurs fois j’avais eu très envie de lui.
- Ho, ce n’est pas ce qui m'inquiète le plus. Continua ma mère, mais chaque fois qu’une disparition étrange intervient, je vois toujours ce même homme, et je sens toujours cette menace planer au-dessus d’eux.
- Pourtant, nos recherches n’ont rien donné. Aucun soupçon sur le garçon, il n’est pas fiché. Son oncle est clean aussi. La pizzeria marche bien, il paye ses impôts, pas problème...
J’étais sidérée.
- Ils ont fait des recherches sur toi et ta famille Jak !
Je refermais ma main coupant le contact télépathique. Ma mère continuait de discuter avec Mike, dans le présent cette fois.
- Dezmarc ! Bon sang, mais qui c’est ce gars ? Pourquoi ne suis-je arrivée qu’à avoir son nom ?
- Son nom et de sérieux soupçons d’attaques terroristes ! Corrigea Mike.
- Oui, souffla ma mère. Mais sans savoir sous quelle forme ils allaient apparaître ! Sans date, sans lieu, ça ne nous avance pas bien.
- Presque sans date, et pas sans lieu, on sait déjà que ce sera pour la côte est, et puis nous l’avons tout de même pourchassé à Charlotte ville ce week-end comme tu l’avais dit !
- Oui, mais maintenant ma mère ? Pourquoi est-ce que je la vois dans l’histoire à présent ? Ma pauvre mère perdue au fin fond de la France !
Mike sembla dépassé.
- Je ne sais pas Cathy, je ne sais pas. Tu sais bien que mon rôle se borne à être l’interface entre les forces de l’ordre et toi, pourtant je voudrais tant t’aider.
Ma mère lui sourit tendrement. Elle lui caressa la joue. Il lui prit la main.
Cette vision me tordit le ventre, je comprenais à présent ce qu’avait pu ressentir Jessica. Voir un de ses parents avoir une attention sentimentale pour quelqu’un d’autre que son conjoint officiel mettait un grand coup au moral. Pourtant, je les avais vus, elle et mon père, hier soir ! Comment pouvait-elle faire l’amour avec lui de cette façon en le trompant autant la journée ? Je n’y comprenais plus rien. J’étais au bord de la saturation. D’abord ma mère qui avait des pouvoirs de radiesthésiste médium, ou quelque chose dans le genre. Puis le fait qu’elle sache que Dezmarc prépare un mauvais coup dont je serais la victime. Puis cette relation sordide avec cet horrible Mike. Tout ça, c’était trop, je ne pouvais plus le supporter, il fallait que je parte, je ne voulais pas en voir plus. Toutes ces nouvelles si surprenantes me donnaient le tournis, la nausée.
J'empoignais le bras de Jakob et nous téléportais dans ma chambre. J’y pris une feuille et écrivis rapidement dessus « je suis chez Jakob, ne t’inquiète pas ! Melly » un petit saut par le salon pour déposer ma lettre sur la table basse et je nous téléportai enfin dans sa salle de bain. Il me fallait une de ces douches apaisantes. Maintenant, tout de suite ! Avant que je ne pète les plombs et que je ne mette la vie de tout Greenver en danger en la ravageant d’un ouragan.
- Et même un bon bain ! Sourit Jakob en faisant apparaître un immense Jakuzzi dans la pièce. Il ôta mon chemisier d’une main, me fit respirer le doux parfum de son gel douche apaisant. L’odeur grimpa dans mes narines, se faufila par mes sinus pour aller décontracter mon cerveau. La tension retomba un peu, une nouvelle inspiration, j’étais nue, lui aussi, la mousse et l’eau tiède nous attendaient déjà. Je plongeais avec délectation dans cet océan de plaisir. Nos corps ne tardèrent pas à s'emmêler, le parfum apaisant du gel douche ajoutait au plaisir de nos caresses et du contact de sa peau sur la mienne propulsa plusieurs fois de suite nos sens au paroxysme des délices.
Je n’avais jamais été aussi bien. Quel plaisir que d’aimer et d’être aimé ! Cette potion magique était miraculeuse.
En un petit tour de baguette, je fis venir des habits propres de chez moi et y réexpédier les sales. Je n’avais pas envie de rentrer chez moi. Pas envie de croiser ma mère ni de devoir lui demander des explications. Pourtant, je savais que ce serait inéluctable.
- Tu n’as qu’à dormir ici ! Proposa Jakob, mon oncle n’y verra aucun problème. Et puis ça nous changera un peu, ça fait un moment que je n’ai plus retrouvé mon lit !
- Oui, c’est une bonne idée, je ne rentrerai que demain.
J’envoyais donc un SMS à mon père pour le prévenir. Je ne voulais pas qu’il se fasse de soucis. Il ne tarda pas à me répondre.
« Pas de problème ma puce, je préviendrais maman lorsqu’elle sera rentrée. Passez une bonne nuit je t’embrasse. Panou.
- Bon sang Jak, elle n’est toujours pas rentrée, tu as vu l’heure ! Je suis sûre qu’elle est encore avec ce Mike. Je peux plus le supporter celui-là.
- Ne t’emballe pas, ma Lili, je ne suis pas sûr que ça soit ce que l’on croit. Juste avant de partir, j’ai essayé de lire dans son esprit, et ce n’est pas ça que j’y ai vu.
- Dans l’esprit de ma mère ?
- Non, dans celui de Mike !
- Ha bon ?
J’étais scotchée, c’était vrai que l’idée ne m’était pas venue de le sonder lui aussi. Je m’étais focalisée sur ma mère, oubliant sciemment le petit moche à lunette.
- Et qu’est-ce que ça a donné ?
- Ben je ne sais pas trop en fait, j’ai capté juste des bribes de pensées avant que tu nous emmenés, mais rien qui correspondait à une quelconque infidélité !
Les paroles de Jak me réconfortaient un peu, mais soulevaient du coup autant d’autres questions : qui est ce Mike ? Pourquoi ma mère et lui semblaient si proches s’ils ne couchaient pas ensemble ? Demain j’en aurai le coeur net. Je parlerai à ma mère, même si pour ça je risquais une grosse dispute.
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