Chapitre 28
Mises au point !
Stels ad spako !
Nous avions terminé la soirée tranquillement, en allant manger une pizza dans le restaurant de son oncle. Tonton Bruno, puisque c’était comme cela qu’il voulait que je l'appelle désormais, était enchanté de me recevoir sous son toit pour cette nuit. Il regorgeait de petites attentions. Comme chaque fois que je venais manger chez lui d'ailleurs ! C’était la première fois néanmoins que je passais dans la partie « commercial » du bâtiment. Les dimanches lorsqu’il m’invitait à déjeuner, nous restions dans la partie privée. Il se débrouillait toujours pour me préparer de succulents petits plats dont les ingrédients provenaient en grande partie de sa chère Italie. Il sautait pour cela d’une ville à l’autre, dénichant la moindre des spécialités, sélectionnant consciencieusement les meilleurs produits chez ses amis. Il prenait un plaisir évident à me faire goûter et découvrir tous ces plats. Mais cette fois-ci, j’avais eu droit à la table de la pizzeria. Non pas par dénégation, bien au contraire ! J’avais été intronisée auprès de ceux qui travaillaient avec lui.
Il m’avait présentée officiellement à ses employés comme la femme de Jakob, sa nièce désormais ! Le serveur aux cheveux gominés qui m’avait draguée la première fois en tombait des nues. Il ouvrait une immense bouche et ses yeux globuleux n'arrêtaient pas de partir de Jakob à moi, comme si l’information avait du mal à pénétrer au creux de son cerveau. Sylvia la serveuse rondelette m’avait embrassée, et Tonio le chef pizzaiolo qui oeuvrait comme second sous les ordres de Bruno Sperotielli, m’avait serrée contre son gros ventre en m’assurant que j’allais désormais manger les meilleures pizzas au monde. Il ne s’était pas vraiment vanté, celle que nous avions dégustée était une pure merveille. La pâte fondait finement dans la bouche, la tomate exhalait des arômes subtils. Un vrai magicien de la pizza.
« Tu ne crois pas si bien dire », m’avait répondu Tonton Bruno, avec un clin d’oeil lorsque je lui en avais fait la remarque. J’en déduisis qu’il était aussi un enchanteur.
- Et lui, il en est aussi ? Demandais-je en montrant le serveur du menton.
- Tito ? S’esclaffa Jakob, non, c’est un imbécile, il prend mon oncle pour un parrain de la mafia.
Bruno Sperotielli sourit tendrement.
- Je lui ai bien expliqué qu’il se trompait, mais bon... il refuse d’y croire. Et puis je n'insiste pas, ça lui évite de faire des bêtises. Je l’ai sorti de toutes sortes de magouilles qu’il pratiquait avant et lui interdit désormais d’y replonger. Comme il me craint, il m’obéit, et ça lui laisse quand même l’impression d’être un dur à cuir ! Rit-il de bon coeur.
Sa bonne humeur faisait plaisir à voir. Ses jolis yeux marron si semblables à ceux de Jakob, luisaient d’un contentement non feint.
Il était vrai que je ne m’étais jamais demandé ce qu’il pouvait ressentir de l'absence de son neveu. Ni d'ailleurs de ce que ressentiraient mes parents si je décidais de passer la plupart de mes nuits chez lui ! Depuis que nous sortions ensemble, Jak passait presque tout son temps avec moi, et n’avait quasiment plus recouché dans son lit. Cela devait être difficile de voir son enfant quitter le nid familial. Le mettre au monde, le voir grandir, s’inquiéter pour lui, le soigner, rire avec lui, vivre à ses côtés puis subir son absence presque du jour au lendemain par ce qu’il crée sa propre vie. C’était un point de vue que je n’avais jamais regardé. Cela devait être dur ! Et pourtant, c’était la vie ! Je me promis d’en tenir compte, et de partager un peu plus équitablement ces temps que nous passions avec nos parents.
Enfin, plus tard, car pour l’instant, je refusais de répondre aux appels de ma mère. Elle avait bien tenté de me joindre sur mon portable, mais je ne voulais pas reprendre le risque de m'énerver pour ce soir. Le philtre apaisant de la douche magique faisait encore son effet, et même si je ne comprenais pas pourquoi elle nous avait caché ses dons, ni quelle relation elle entretenait avec ce Mike, je m’en moquais. Je profitais de ma soirée romantique et ne la laisserais pas gâcher par toutes ces questions. Nous avions bien ri et bien mangé. Ce n’est que tardivement que nous allâmes nous coucher. Dans l'intimité de sa chambre, je me blottissais contre le torse chaud et musclé de Jakob, respirant son parfum, me délectant de la douceur de sa peau jusqu’au matin.
C’est le réveil qui me tira du lit et il me fallut quelques secondes pour me souvenir que je n’étais pas chez moi. J’avais dormi d’une traite. Mon sommeil avait été bon et réparateur et c’était en pleine forme que je comptais commencer cette nouvelle journée. Je me retournais vers Jak et l’embrassai amoureusement. Avant de me faufiler sous la douche.
Le grand jacuzzi avait disparu laissant place à l’habituel bac à douche à l'italienne qui agrémentait la pièce. Carrelée jusqu’au plafond de petites mosaïques bleues et turquoises elle nous donnait l’impression de s'immerger dans les eaux cristallines d’un lagon polynésien. Jakob me rejoignit. Sa seule présence à mes côtés le matin me donnait une énergie incommensurable. Il se colla contre moi. Son corps nu contre ma peau me fit vibrer de désir. Je l’embrassai langoureusement tout en frôlant de mes doigts le creux de ses reins. Des frissons de plaisir me traversèrent. Il se plaqua encore plus sur moi, mais l’heure n’était pas aux câlins.
Je l’embrassai tendrement une nouvelle fois et le repoussai doucement.
- On n’a pas le temps mon chéri, mais je t’assure que tu ne perds rien pour attendre.
Il éclata de rire.
- Je l’espère bien, répondit-il d’un air coquin.
Je tirai rapidement une serviette à moi et m’en entourai les hanches.
Je regardais mon reflet dans le miroir. Moi nue dans la salle de bain d’un homme. Dans une autre maison que la mienne. Il n’y a seulement quelques semaines cela aurait été impossible. J’avais changé. J’étais devenue plus grande, plus belle, plus rousse aussi, mais surtout plus femme. Je me sentais différente, plus mûre, plus forte aussi.
- Tu l’es Miss Parker, incontestablement, assura Jakob en m’embrassant dans le creux de l’épaule et ce n’est pas pour me déplaire.
- Pourtant Lyne...
- Laisse Lyne se calmer, elle finira bien par comprendre.
Je hochais la tête, espérant qu’il ait raison. Toute forte que j’étais, je n’étais pas invulnérable, et je commençais à me sentir nerveuse devant le programme de la journée.
Nous avions décidé que je repasserais chercher mes affaires scolaires seule par la maison avant d’aller au Lycée. D’abord, je voulais mettre les choses au point avec ma mère, ensuite, je me demandais si Lyne passerait comme tous les matins pour me prendre. Elle n’avait donné aucun signe de vie depuis notre prise de becs de la veille et cela m’étonnait de sa part. J’avais bien peur qu’elle soit véritablement fâchée.
J’embrassais une dernière fois Jakob, fis un petit cercle avec ma baguette en me concentrant sur le hall d’entrée et m’y téléportai.
- Maman, papa, c’est moi, dis-je en claquant la porte comme si je venais d’arriver.
Mon coeur battait rapidement.
- Ha ! Te voilà toi ! Ton père est déjà parti, répondit ma mère du haut de l’escalier.
Hou ! Je n’aimai pas ce ton. Il ne présageait pas d’une discussion sans heurt.
- J’aimerai bien que tu répondes la prochaine fois que je t’appelle ! Il ne me semble pas que Greenver est subi une panne de réseau hier soir !
- Non, mais...
- Et j’aurais bien aimé aussi que tu me demandes mon avis avant d’aller coucher chez ce garçon !
- Tiens, Jakob est devenu « ce garçon » maintenant !
La moutarde commençait à me monter au nez.
- Et puis Papa m’avait autorisé alors... Commençais-je sur la défensive
- Ne me coupe pas Melly, je n’ai pas fini ! J'appelle ce garçon comme je le veux ! Et puis on ne le connait finalement que depuis très peu de temps ! Que crois-tu faire, aller t’installer chez lui, dit-elle dans un rire sarcastique.
Je respirais un grand coup tentant de garder mon calme.
- Et ne souffle pas en plus ! Je ne sais pas comment tu deviens, mais je ne t’ai pas élevé comme ça. J'espère que tu as fait tes devoirs au moins, car quand je vois l’état de ta chambre, dit-elle en en ouvrant à la volée la porte. Je croyais t’avoir demandé de ranger !
Elle commençait à vraiment m'énerver.
- Mais j’allais le faire, pestais-je, et...
- Et j'espère que tu ne me caches rien en plus ajouta-t-elle l’air mauvais...
Ce furent les paroles de trop, je gravis les marches quatre à quatre comme une furie.
- En ce qui concerne les cachotteries, je te trouve bien culottée de me faire des leçons ! Lui assénais-je en plantant mes yeux dans les siens.
- Melly ! Comment oses-tu ! S’offusqua-t-elle en mettant ses poings sur ses hanches d’un air sévère.
- J’ose comme je veux, lui criais-je ! Quant à ma chambre, dis-je en sortant ma baguette de ma poche. Tu peux considérer qu’elle est rangée !
Ses yeux jetaient des éclairs. Elle allait répliquer quelque chose, mais je ne lui en laissai pas le temps. Je fulminais. Agitait ma baguette dans un petit moulinet du poignet.
- Tag e ket !
Un vent puissant et léger à la fois s’engouffra dans la pièce soulevant mes boucles rousses en passant. Les livres s’envolèrent et se rangèrent d’eux-mêmes dans ma bibliothèque pendant que mes vêtements se pliaient et allaient s’empiler dans l’armoire, organisés par couleur et par ensembles.
Je défiais ma mère du regard qui n’en revenait pas. Une main sur la bouche, la stupeur imprimée sur son visage elle alternait, posant ses yeux une fois sur moi, une fois sur ma chambre.
- Mé..Mé...Melly, tu... comment fais-tu ça ? Bafouilla-t-elle
- Sûrement de la même façon que toi lorsque tu utilises ton pendule pour rechercher des petits garçons de dix ans avec ton Miky ! Persiflais-je.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire